Blakkayo: «Ne jetez pas mes paroles à la poubelle»

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Blakkayo, chanteur.

Blakkayo, chanteur.

Blakkayo nous a fait parvenir cette semaine - les fans reconnaîtront le vocabulaire - un «mesaz inportan». Il est en studio pour travailler son album qui sortira en avril prochain. Attendu depuis 11 ans, cet album, produit par Jorez Box, sera certainement un des événements musicaux de l’année. Le chanteur que nous rencontrons pieds nus, en studio, n’a pas changé. Timide face aux journalistes, terre à terre, et tellement profond et impertinent dans son regard sur la société.

C’est à travers un courriel que vous nous avez appris que travaillez sérieusement sur un album qui sortira en avril. Vous êtes sérieux là ?
(Il sourit). Il est grand temps. Le dernier remonte à 11 ans.

Durant ces 11 dernières années, combien de fois les fans vous ont-ils demandé «à quand le prochain album ?»
On me le demande tout le temps, tous les jours, plusieurs fois par jour. Faites le compte.

Cela vous dérange ?
Disons que ça me rappelle constamment que cela fait longtemps que je n’ai pas sorti d’album. C’est une petite piqûre de rappel. En même temps, cela me fait extrêmement plaisir puisque cela démontre qu’il y a une attente et que les gens veulent de cet album.

11 ans, c’est effectivement long. Qu’avez-vous fait durant tout ce temps ?
Plein de choses. Plein de concerts. Plein de tournées en Europe et ailleurs. J’ai travaillé avec des jeunes comme KAZ BAD entre-autres. Il y a eu le grand retour d’OSB.

À un moment je dois avouer que je me suis dit (il prend un air nonchalant), c’est bon, ça va. J’ai fait trois albums, je ne vais pas en faire un quatrième. Mais vu le nombre de fans qui me l’ont constamment demandé, ça a été une incroyable motivation. Si vous me rencontrez en studio aujourd’hui, c’est grâce à ça.

Votre regard impertinent sur la société, c’est votre marque de fabrique. Depuis votre album Love N Respect en 2009, elle a changé cette société ?
Oui. Beaucoup. En 2009 il n’y avait, par exemple, pas de drogue synthétique. Ce truc-là c’est un drame qui se joue tous les jours devant nous. Il y a les influences des jeunes. Certains sont entrés dans une certaine «envie de ne rien faire» alors qu’ils ont tous les outils et toute la technologie pour être des créatifs. Donc, la société a changé. Certains progrès, certains reculs. Attendez l’album et vous entendrez mon opinion.

En parlant des jeunes, ce sont eux qui, l’année dernière, ont dominé les charts musicaux avec JSB Morning Game et Madii (Zoli), et à un degré moindre Marco Rebet (Number One). Pas question de passer la main ? C’est le moment de récupérer votre place ?
Non, ça ne marche pas comme ça. Je suis très heureux que les jeunes réussissent dans la musique. Cet univers doit être un partage. Il y a de la place pour tous et l’avenir appartient aux jeunes. Qu’ils soient créatifs, c’est tout ce que je leur souhaite.

Votre succès se mesure un peu sur YouTube. 2,4 millions de vues pour le live «Kot to pé alé». Mais c’est une vidéo pirate. Vous êtes généreux…
(Il comprend le sarcasme et sourit). Écoutez, je ne m’en souciais pas jusqu’à ce qu’on m’explique que l’utilisateur qui a mis en ligne cette vidéo l’a monétisée. Donc, il est payé et moi ça me fait un manque à gagner. Ça m’a agacé et puis je me suis dit passons. On va laisser ça là vu le nombre de vues et pour le plaisir des fans. Pour le prochain album par contre nous utiliserons les technologies numériques pour empêcher cela.

Vos chansons sont toujours fondées sur des paroles profondes, des conseils pertinents. Vous pensez que les gens les mettent en pratique ou est-ce que c’est juste une musique agréable à écouter, danser et faire la fête ?
Je dirais que 40 % comprennent et mettent en pratique. Les autres 60 % ne font que danser et ne comprennent pas les messages. Je fais ce que je peux. J’influence la société à ma façon. On ne peut pas changer le monde.

Un «mesaz importan» aux 60 % ?
Écoutez les paroles. Ne jetez pas mes conseils à la poubelle pour garder juste ma musique. C’est vrai, il est important de s’amuser, de danser, de décompresser dans ce monde stressant. Mais comprendre les paroles est tout aussi important. Je ne prétends pas être un grand donneur de leçons, surtout pas. Mais c’est absurde, et je n’atteins pas mon but si ma musique ne sert qu’à faire la fête et que la méchanceté des hommes perdure.

Vous savez que vous étiez très présents lors de la campagne électorale ?
Moi ? Ou pé badiné.

Vous n’avez pas vu qu’une de vos chansons était partagée à longueur de journée sur les réseaux sociaux ? On la jouait presque excessivement dans les pubs, les soirées etc.
Je vois. Vous me parlez d’Enn Sel. (NdlR, les paroles disent «kifer nou pé bizin al voté, kan pran kont zot pé gét zot prop lintéré.») C’est vrai que je l’ai beaucoup entendue et vue sur les réseaux sociaux durant cette période. Je ne sais pas si ça a compté dans les résultats. Mais ce n’est pas le but. Chacun fait son choix. Moi je demande juste à celui qui dirige le pays, d’être le Premier ministre de tous les Mauriciens et «fer travay-la seryé ek bien»

Vous avez voté?
Non. Je n’ai jamais voté de ma vie. Peut-être la prochaine fois. Je ne me suis jamais enregistré. Je ne suis donc pas allé voter, je n’allais pas trouver mon nom, c’est sûr. Ceux qui pensaient être enregistrés n’ont pas vu leur nom. Maintenant, imaginez si j’avais cherché le mien. (Il éclate de rire)…

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