Mémoire de l’esclavage: Trou-Chenille reprend un semblant de vie

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Le village de Trou-Chenille a été recréé grandeur nature, avec des cases associées à divers métiers.

Le village de Trou-Chenille a été recréé grandeur nature, avec des cases associées à divers métiers.

Le village du Morne n’a pas toujours été à son emplacement actuel. Coincé entre la montagne-symbole et la mer. Avant 1950, les familles étaient installées à Trou-Chenille. Un lieu-dit où se trouve aujourd’hui l’entrée qui permet d’escalader le Morne et de dominer ainsi son paysage culturel inscrit au patrimoine mondial.

Dès que l’on passe la porte d’entrée, à droite entre les arbres, on distingue des cases en paille. Il s’agit d’une reconstitution d’un ancien village d’esclaves. À la fois mémorial et attraction, ce projet du Morne Heritage Trust Fund sera inauguré le samedi 1er février, à l’occasion de la commémoration officielle du 185e anniversaire de l’abolition de l’esclavage.

Au détour de l’une des cases en paille, on voit de dos une silhouette accroupie, occupée à tresser un casier. Dans le silence environnant, il faut quelques secondes pour se rendre compte qu’il s’agit d’un mannequin grandeur nature. D’autres mannequins mettent de l’ambiance dans le village, en «piquant» un sega.

Musée de plein air

Ce projet, selon le concept paper du Morne Heritage Trust Fund est un «musée de plein air – réplique d’un ancien village au Morne». Que contiennent les cases en paille ? Chacune est associée à un métier.

Dans la case du pêcheur, on peut admirer une collection de coquillages, dont des bigorneaux et des tectecs. Le panneau explicatif – en créole et en anglais – indique que «lapes ti enn ak-tivité tradisionel pou gagn manzé». Ce qui permet d’évoquer les différentes techniques en voie de disparition : pêche à la senne, «lapes lagolet», «lapes kazié».

Le concept paper de ce musée de plein air assure que le projet est basé sur des témoignages d’anciens habitants et les résultats de fouilles archéologiques. Un jardin de plantes médicinales agrémente ce petit village.

Pour Le Morne HeritageTrust Fund, ce projet contribuera à «sensibiliser le public à l’importance culturelle de Trou-Chenille et du Morne comme symboles universels de la résistance à l’esclavage». La réplique de cet ancien village vise aussi à «renforcer l’identité créole et à apprendre aux Mauriciens le rôle de l’esclavage dans le passé de la nation». Le potentiel économique du projet est aussi mentionné.

Vers appâts

L’ancien village de Trou-Chenille était situé sur le versant sud de la montagne du Morne, en face de la mer et de l’îlot Fourneau. Selon certains témoignages, le nom de Trou-Chenille vient des vers utilisés comme appât par les pêcheurs (sini san pie). Trou-Chenille est considéré comme le «berceau de la colonie dans la région sud-ouest». Selon certains témoignages, c’est un ancien camp d’esclaves, puis un village d’anciens esclaves après 1835. Les recherches historiques montrent que le village date du XIXe siècle.

Des personnes âgées, nées et ayant grandi à Trou-Chenille, ont raconté qu’il y avait environ 20 à 30 familles réparties dans une cinquantaine de cases, avant qu’elles ne soient forcées de quitter les lieux dans les années 1950.

Le ministre de la culture du Sénégal invité d’honneur du 1er février

C’est Abdoulaye Diop, ministre de la Culture du Sénégal, qui est l’invité d’honneur des commémorations du 185e anniversaire de l’abolition de l’esclavage. Le thème choisi pour ces commémorations est «Esklavaz, maronaz kiltirel, kreolizasion».

Cette année, les commémorations auront lieu en deux temps. Direction Pointe-Canon, où se trouve le monument des esclaves, le 31 janvier. Ce jour-là, un village du marronnage sera aménagé dans la cour de l’amphithéâtre de Pointe-Canon. Sur place : des peintres et sculpteurs en action. Et une expovente de plats de la cuisine d’antan. Suivie d’un concert de sega «tipik».

Le lendemain, 1er février, la cérémonie protocolaire aura lieu au monument de la Route de l’Esclave, situé en face de la plage publique du Morne.

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