Rhoy Ramlackhan: «Il y a clairement eu une hausse conséquente de l’offre résidentielle ciblant les étrangers»

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Rhoy Ramlackhan, Executive Director d’Elevante Investments Limited.

Rhoy Ramlackhan, Executive Director d’Elevante Investments Limited.

Si d’autres secteurs de notre économie montrent des signes de faiblesse, tel n’est pas le cas pour l’immobilier avec l’investissement qui reste sûr et rentable.

Comment  se présente aujourd’hui  le secteur immobilier ?
Nous avons enregistré environ 17 503 transactions liées à l’immobilier en 2018 dont environ 12 815 entre janvier et septembre 2018. Les données disponibles montrent une progression de 2,5 % pour la période de janvier à septembre 2019 par rapport à la même période en 2018.  Nous prévoyons que cette tendance continuera en 2020. 

Dans le secteur résidentiel, nous  constatons  une  forte  progression au niveau des transactions locales qui compense une stagnation des ventes de biens destinées aux étrangers. 

De quelle région parle-t-on ? 
Ébène et sa cybercité demeurent le moteur du marché de l’immobilier commercial à Maurice, bien que nous notions une augmentation des développements de bureaux en zone rurale. 

Le marché de bureaux à Port-Louis a connu quelques signes de redressement, mais reste plombé par un volume relativement important de locaux vacants et vieillissants. 

A contrario, les forts taux d’occupation à Ébène restent stables, malgré une augmentation notable de l’offre de bureaux. Cela est en partie dû au transfert de locaux vers de nouveaux bâtiments dont la qualité se rapproche davantage des nouvelles exigences des sociétés. Toutefois, il est important de noter que les sociétés déjà bien implantées sur le territoire ainsi que les nouveaux entrants tendent à occuper de plus en plus de bureaux. Il y a une volonté explicite de la part des développeurs privés d’attirer de nouveaux entrants sur ce segment du marché immobilier, ce qui nous assure une croissance durable même au-delà de 2020. 

Nous prévoyons aussi une forte hausse du développement industriel dans la zone située au nord de Port-Louis avec les nouvelles infrastructures liant cette zone au port et au centre du pays.

Les Français et les Sud-africains représentent un pourcentage important des acheteurs de biens immobiliers. Y a-t-il eu émergence de nouveaux marchés ?
En 2018, les Français et les Sud-africains représentaient 63 % des acheteurs immobiliers étrangers alors qu’en 2016 ils représentaient 73 % des acheteurs. Dans les nouveaux marchés qui émergent, nous pouvons noter l’augmentation du poids des Malgaches qui représentaient 1,5 % des acheteurs étrangers en 2016 contre 4 % en 2018. À noter également la présence importante d’acheteurs anglais, suisses et belges.

Un peu partout dans le pays, en particulier dans le Nord, il y a de plus en plus de projets résidentiels qui sortent de terre. L’offre ne risque-t-elle pas de dépasser la demande ?
Il y a clairement eu une hausse conséquente de l’offre résidentielle ayant pour cible des acheteurs étrangers fortunés. Ces développements, particulièrement visibles au nord comme à l’ouest, ne font pour lemoment pas partie du segment immobilier le plus liquide en termes de vente ou de loyer. 

Si on regarde les projets destinés aux locaux, nous notons des développements plus intéressants d’un point de vue de viabilité financière.

Il y a pas mal de critiques indiquant que les investis-sements dans ce secteur ne sont pas productifs et surtout qu’il n’y a pas vraiment de création d’emplois. Qu’en pensez-vous ?
Nous pensons que tout investissement est basé sur un plan d’affaires défini à l’avance. Certains se font dans un objectif de court terme, alors que d’autres sont plutôt sur le long terme. 

Nos secteurs traditionnels, dont le textile, sont en difficulté. Ce qui n’est pas le cas pour l’immobilier qui génère le gros des investissements directs étrangers ?
Historiquement, et c’est le cas un peu partout dans le monde, l’investissement immobilier est considéré comme sûr et rentable soit à court ou à long terme.

Le Budget  2019 est venu avec des mesures fortes en vue de booster le secteur de l’immobilier. Quel bilan dressez-vous quelques mois plus tard?
En se basant sur les statistiques, nous voyons qu’il y a une progression notable, et nous encouragerons au plus vite la mise en place dans le court terme de Real Estate Investment Trusts pour booster encore plus la croissance dans ce secteur.

Si l’offre est disponible, il n’empêche que cela reste très difficile pour un jeune d’acquérir une maison ou un appartement à Maurice. Comment peut-on renverser la donne? 
Nous notons qu’il y a actuellement une volonté de faciliter ce type d’acquisition pour les jeunes notamment  à  travers  les  prêts  à faible taux.

La spéculation foncière avec des prix exorbitants pour les terrains peut devenir une contrainte sur le long terme?
Nous ne pouvons pas vraiment parler de spéculation. Il s’agit là d’un trait propre à l’investissement immobilier et ce n’est pas le cas uniquement à Maurice. L’offre immobilière répond toujours à une certaine demande, ce qui peut justifier en partie les prix pratiqués.

Il y a de plus  en  plus d’agences immobilières,  or, pratiquement  tout  peut  se faire en ligne de nos jours. Est-ce un métier voué à disparaître ?
Nous avons en effet à Maurice un bon nombre d’agences immobilières, et ce chiffre tend à croître depuis quelques années. S’il est vrai qu’on peut aujourd’hui passer par internet ou son smartphone pour effectuer des recherches immobilières, il est prématuré à mon sens de parler de disparition de ce métier. Comme tous les autres métiers affectés par l’essor des nouvelles technologies, l’agent immobilier cherche à s’adapter et à demeurer la référence dans son cœur de métier.

Nous avons aujourd’hui des offres qualitatives de la part des professionnels de l’immobilier pour faciliter les recherches en ligne et pour faciliter la gestion de leurs biens pour les propriétaires. Ces offres en ligne font que pour un particulier comme pour un professionnel, il demeure indispensable de passer par ces agences pour avoir les meilleures offres possibles. En fait, il faut se dire que l’agence immobilière, telle que nous l’avons connue il y a dix ans, n’est plus la même que celle d’aujourd’hui. Elle n’a pas disparu, elle a simplement évolué pour tenir compte des récents changements structurels.

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