Elèves lents, en retard d’apprentissage: échecs et maths…

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Les résultats du School Certificate montrent à quel point les élèves lents sont désavantagés.

Les résultats du School Certificate montrent à quel point les élèves lents sont désavantagés.

Ils ont des problèmes d’apprentissage et peinent à s’adapter au système éducatif actuel. Comment les repérer et quels recours pour les «slow learners» ? Décryptage alors que, rappelons-le, 7 enfants sur 10, soit 13 171 des 18 689 élèves ayant pris part aux examens du SC, n’ont pu obtenir les 5 crédits requis pour monter en Lower VI (Grade 12).

«Récemment, j’ai eu un élève de Grade 4, qui fréquente une  école  privée,  qui  ne sait  même  pas écrire son nom...» Déclaration de Jena,  diplômée en psychologie qui propose des cours particuliers aux «enfants à problèmes». Celle-ci côtoie en permanence des enfants ayant des difficultés d’apprentissage. L’élève en question, elle le suit une fois par semaine, pour l’aider à améliorer son français. «Mais il va falloir tout reprendre avec lui, car à l’écrit, c’est la catastrophe totale.»

Le  cas  de  ce  garçonnet est   loin   d’être   isolé. Il  y  a  aussi  ceux  qui prendront    bientôt part  aux  examens du Primary School Achievement Certificate (PSAC) est qui ne peuvent même pas  s’exprimer,  autre  qu’en  créole. «Il y a vraiment eu une baisse de niveau dans notre système éducatif.»

Pouvoir redoubler

Pour elle, si un enfant échoue, il faut pouvoir le remettre sur le droit chemin, pendant  qu’il  est  encore  temps. «Il faut lui permettre de redoubler une classe si le besoin se fait sentir. Que ce soit en Grade 1 ou en Grade 2. Si la base n’est pas bonne, tout s’écroule, surtout pour les slow learners.» (Voir texte plus loin).

Il y a par exemple cet élève qui a  échoué  dans  presque  toutes  les matières en Grade 4. «La direction a fait comprendre aux parents qu’il est obligatoire qu’il intègre le Grade 5. Et que s’ils voulaient contester la décision, ils devraient entamer des démarches auprès du ministère de l’Éducation. Cela pouvant s’éterniser sur plusieurs mois, les parents de cet élève n’ont eu d’autre choix que d’accepter», indique Jena.

Tout   cela   démontre   que   la préparation  doit  se  faire  dès  le  pré-primaire, oui. «Les enseignants sont par la suite dépassés. Vu le nombre d’élèves par classe – 40 des fois – ils ne pourront travailler avec les enfants au cas par cas et accorder une attention particulière à ceux qui ont des difficultés...» Pour cela, une de solutions, pour que les élèves soient à la hauteur des espérances pour le School Certificate (SC), c’est de s’assurer qu’ils aient une bonne base, dès la maternelle et  le  primaire.  Il  faut  donc  cerner le  problème  le  plus tôt possible tout en leur  permettant de  s’améliorer en redoublant une classe, si besoin est.

En chiffre

Nombre d’élèves ayant obtenu cinq crédits en 2018 : 1 300 sur 15 374.

Nombre d’élèves ayant obtenu cinq crédits en 2019 : 1 341 sur 15 419.

Le sujet ou les élèves ont le moins bien travaillé en 2019 : Les mathématiques avec 3 715 élèves ayant été recalés. Le français suit ensuite avec 3 522 collégiens n’ayant pas atteint le niveau requis.

SC sans 5 credits «pa aret lavi...»

Pour tous ceux ayant échoué pour la deuxième fois, voici les options qui s’offrent à eux :

Se tourner vers les centres polytechniques. Où ils peuvent obtenir un diplôme, en  informatique,  notamment,  s’ils  intègrent  le  centre  de  Réduit,  en  tourisme s’ils optent pour celui de Montagne-Blanche ou encore en Health Services du côté du centre sis à Pamplemousses. Ils peuvent, d’ailleurs, à la longue, opter pour des études leur permettant d’empocher une licence dans ces domaines.

Se  tourner  vers  le  Lycée  polytechnique  de  Flacq,  Sir  Guy  Forget,  pour  un diplôme,  avec  une  panoplie  de  cours,  le  diplôme  étant  reconnu  dans  tous  les pays francophones. Se tourner vers les centres du Mauritius Institute of Training and Development (MITD) pour des formations techniques.

Se tourner vers les formations disponibles sous le National Skills Development Programme (NSDP). Le programme comprend formation théorique et pratique suivie d’un stage en entreprise pour une durée de 3 à 12 mois. Les frais de formation ainsi qu’une allocation mensuelle de Rs 6 000 par stagiaire sont pris en charge par le Human Resource Development Council. Pour une liste complète des formations offertes sous le NSDP, consultez le site web: www.nsdp.hrdc.mu. Les jeunes sans emploi peuvent s’inscrire sur le site web du NSDP : www.nsdp.hrdc.mu.

Il y a aussi l’école hôtelière de Sir Gaëtan Duval.

Leçons particulières vs l’envie d’enseigner

Parmi ceux qui ont réussi à obtenir les 5 credits, nombreux sont les élèves qui ont eu recours à des cours particuliers. Avec des enseignants qui leur font la classe au collège en journée... Si l’on en croit certains professionnels, des enseignants ne prennent pas le temps de suivre les élèves au cas par cas car ils consacrent leur énergie aux leçons particulières. Cela au détriment des élèves lents et qui, dans bien de cas, n’ont pas les moyens de se payer des leçons.

«Les slow learners sont perdus. Certains enseignants en font peu de cas. Il n’y a plus cette envie d’enseigner, comme avant, même s’il ne faut surtout pas mettre tout le monde dans le même panier...» estime un pédagogue.

À ce propos, Armoorgum Parsuramen explique que les leçons particulières ont  toujours  été  un «fléau» qu’il a voulu combattre lorsqu’il était ministre. «J’avais même enclenché une réforme pour les abolir car il est vrai que dans certains collèges, les enseignants qui donnent des cours particuliers ne se donnent pas à fond en classe et n’essaient pas d’aider les slow learners, qui sont souvent ceux qui n’ont pas les moyens de se payer des leçons

Toutefois une enseignante d’un collège privée explique que l’amour pour le métier aussi n’aide pas des fois car les enfants eux-mêmes, y compris les slow learners, n’ont pas la volonté d’apprendre et de faire des efforts. «Dans notre collège, nous avons essayé plusieurs formules, sans rien demander en retour. Nous avons identifié les élèves à problèmes et nous les aidons, avec le consentement de leurs parents, après les heures de classes. Mais malgré cela, ils sont plusieurs à ne pas saisir la chance qu’on leur donne. Ils favorisent autre chose que les études.» D’ajouter, que ces enseignants ont même monté des groupes sur les réseaux sociaux avec leurs élèves pour avoir des discussions lorsque ces derniers rencontrent des problèmes avec leurs devoirs.

Tenter une troisième chance dans un collège payant, est-ce une bonne idée ?

Après deux échecs, est-ce une bonne idée d’essayer d’obtenir un SC en intégrant un collège payant ? Selon Vikash Ramdonne, secrétaire de l’Union of Rectors & Deputy Rectors of State Secondary Schools, il n’y aurait aucune garantie que les résultats de l’enfant seront meilleurs. «Il a déjà essayé deux fois. Nous avons des cas où durant la première année, l’élève obtient quatre crédits et idem pour sa deuxième tentative. Ki dir ou trwaziem fwa li pa pou reamenn 4 kredi mem ?»

Pour ceux qui veulent impérativement poursuivre leurs études, les parents devront mettre la main à la poche. Au City Collège, par exemple, les frais mensuels s’élève à Rs 3 500. Sans compter les leçons particulières et les frais d’examens du SC. Car les frais sont encourus dans leur totalité par l’État seulement à la première tentative de l’élève. Par ailleurs, plusieurs choisissent l’option de faire en simultané, le Grade 12 et de prendre part aux examens du SC dans la même année, pour ne pas «perdre» un an de plus.

A-t-on besoin de 5 credits pour s’enregistrer à l’université et pour avoir un travail ?

Nombreuses sont les universités, au niveau mondial, qui ne demandent pas les 5 crédits au moment de l’inscription. Il faut simplement avoir deux «Advanced Level» au HSC. Toutefois, l’université de Maurice, elle réclame les 5 crédits. Par ailleurs, concernant les emplois, dans le secteur privé non plus, les 5 crédits ne sont pas obligatoires, dépendant du parcours suivi après. Par contre, si vous souhaitez devenir fonctionnaire, et cela dépend là aussi des postes bien entendu, en général, la «Public Service Commission» oblige les 5 crédits.

Combien ?

Cinq credits ou pas, beaucoup se demandent s’ils auront tout de même un certificat de SC. avec moins que 5 crédits. Il faut savoir que Cambridge octroie le fameux certificat à ceux qui en obtenu 3 au minimum. Ceux qui en ont moins que décrochent eux, un General Certificate of Secondary Education (GCSE).

Promotion automatique : là où le bât blesse

Selon les syndicats, dans l’Education Act, il est clair que de Grade 1 à 8, aucun élève ne redouble aucune classe, cela même s’il échoue. Ce dernier est promu automatiquement, jusqu’en Grade 9, soit pour les examens du National Certificate of Education (NCE). «Si là l’enfant échoue, il devra redoubler sa classe de Grade 9 (Form III).»

Cependant, les anciens, se rappellent qu’il y a plusieurs années de cela, tel n’était pas le cas. «Kan ti pe fel, ti pe refer. Mem standard 2-3, pa ti pe les monté», indique-t-on.

Pour quelques anciens ministres de l’Éducation, la décision de passer aux 5 credits n’est pas favorable aux slow learners. Vasant Bunwaree, qui en 2011 avait fait baisser à 3 le nombre de  credits  permettant  d’accéder  en  Lower VI,  avoue  que l’une  des  raisons  pour  laquelle  il  avait  pris  cette  décision, c’était justement pour les élèves qui sont «lents» dans leur apprentissage puisse avoir leur chance. «Avoir 3 crédits ne veut pas dire que l’on est idiot. Tous les enfants n’assimilent pas les choses de la même façon, au même rythme. Nombreux sont ceux qui ne peuvent se payer des leçons particulières, d’autres ont des problèmes à la maison, dans leur vie, j’avais pris tout cela en compte lorsque j’avais pris cette décision», souligne l’ancien ministre.

 Il indique que les 5 crédits que l’on exige des élèves qui en ont eu 3 ou 4, les empêche d’aller de l’avant alors qu’ils ont tout de même réussi.

Il y a également ceux qui n’ont pas réussi après deux tentatives, qui doivent stopper leur parcours scolaire et qui voient leurs rêves partir en fumée.

«J’ai parlé à des professionnels, certains élèves qui ont obtenu 3 crédits ont fait mieux que ceux qui en ont eu 5, à l’université. Les 3 crédits donnaient la chance à l’enfant de faire mieux petit à petit et d’accomplir ses rêves. Maintenant, ils sont bloqués entre redoubler ou pour certains choisir un métier qu’ils ne souhaitaient pas faire en se tournant vers des écoles polytechniques. J’ai l’impression que cette décision concernant les 5 crédits a été prise pour remplir ces écoles polytechniques  qui  ont  été  construites  sans  prendre  en considération l’envie et les désirs des jeunes Mauriciens !»D’ajouter que les frustrations que cela cause peuvent être très graves pour la jeunesse.

Politique déséquilibrée

Armoorgum  Parsuramen  abonde  dans  le  même  sens. Ministre de l’Éducation de 1983 à 1995, il explique que pour  parvenir  à  la  réussite  éducative  d’un  enfant,  il  y  a plusieurs acteurs qui doivent jouer leur rôle. Il doit y avoir une responsabilité de la part de l’enfant lui-même, des parents, des professeurs ainsi que du gouvernement.

Et selon lui, il n’y a rien de concret qui a été fait de la part du gouvernement pour préparer les enfants, les professeurs et tout le système depuis que la ministre de l’Éducation a annoncé, en 2017, le critère des 5 crédits. «Est-ce que l’on a trouvé une solution pour les slow learners ? A-t-on évolué dans notre système éducatif et essayé de trouver une formule pour tout le monde ? Non. Cela n’a pas été le cas. Certaines écoles n’ont même pas identifié les élèves, qui n’ont pas les mêmes performances, pour les accompagner. C’est une décision qui a été prise sans approche planifiée et ce n’est pas une politique équilibrée

Armoorgum Parsuramen ajoute qu’au lieu d’être sur la défensive, le ministère devrait analyser la situation et accepter qu’il y a un problème dans le système éducatif. «Lorsque j’étais ministre, quand le taux de réussite n’était pas bon, je demandais un rapport de Cambridge pour voir les failles et j’ai même fait en sorte que des éducateurs de Cambridge viennent proposer des ‘trainings’ aux enseignants pour aider à rehausser le niveau. Je pense que le gouvernement se doit de convoquer tout le monde afin de mettre le doigt sur les failles, la performance et définir la responsabilité tout le monde

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