Nathalie Galey: Le fruit d’une colère positive

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Nathalie Galey, initiatrice de la campagne Larout li pa enn poubel.

Nathalie Galey, initiatrice de la campagne Larout li pa enn poubel.

Tout ou presque a été dit sur la campagne d’affiches «Larout li pa enn poubel» figurant sur les 90 panneaux d’affichage géants à travers l’île depuis le 7 janvier. Ils y seront pour encore une semaine. Mais on sait bien peu de choses sur son initiatrice, Nathalie Galey. Plutôt que de pointer un doigt accusateur, cette jeune femme a choisi la sensibilisation positive. Et ça a l’air de marcher.

Nathalie Galey vit à Maurice avec son mari, Jean-Charles, et ses deux garçons Swan et Nino depuis maintenant 12 ans. Ces Bretons, amoureux de kitesurf et qui ont un besoin vital de vivre au bord de l’eau, se sont installés au Morne et y ont ouvert une école de kitesurf, une boutique et une agence, qui organise des voyages de kite-surf à Madagascar, en Indonésie, pour ne citer que ces destinations-là.

Tous les deux jours , cette jeune femme sportive marche et court à Trou-Chenille en compagnie de ses chiens Argos et Chiwok. Et elle fait des nerfs concentrés devant les bouteilles en plastique, sachets de chips éventrés, mégots et paquets de cigarettes vides, qui ont été balancés dans les buissons. Furieuse, elle passe son temps à les ramasser pour les mettre à la poubelle. La situation dégénère à grande vitesse avec l’ouverture de la montagne Le Morne au public et son décret comme site du patrimoine de l’Unesco. Nathalie Galey passe son temps à râler, tout en ramassant ces déchets. Jusqu’au jour où elle se rend compte que cette colère qu’elle emmagasine l’épuise et elle relativise en se disant que si en France, elle a été sensibilisée à la préservation de l’environnement dès son jeune âge, tel n’est pas le cas à Maurice. «En dix ans, la consommation a explosé. D’un seul coup, les Mauriciens se sont retrouvés avec des milliers de produits, sans avoir été sensibilisés à leur gestion», dit-elle

«Il faudra essayer de consommer moins de plastique: avec l’utilisation de gourdes par exemple.»

Elle se dit que plutôt que de pester, il vaut mieux agir. Elle entraîne un groupe de kiters de Chamonix en France à sa suite et un jour d’août 2019, ils nettoient un tronçon de route, du Kite Lagoon jusqu’à l’entrée de la montagne Le Morne, soit environ 800 mètres. Avec ce qu’ils ramassent comme ordures, «surtout des canettes de bière vides, des takes away, des mégots et des paquets de cigarettes vides» jetés sans doute par des marcheurs, des pique-niqueurs, voire des pêcheurs, ils remplissent une benne de camion pick-up, plus deux autres bennes encore quelques jours plus tard pour finir le nettoyage du chemin.

Pour éviter une récidive, elle contacte le Chantier Naval de Port-Louis avec qui elle travaille et leur demande s’ils peuvent lui fournir des barils vides. Elle en obtient 12 que le chantier a déjà découpés et n’a plus qu’à les peindre et y inscrire Pa zet saleté partou. Ser vi poubel, accompagné d’un smiley pour rendre le message plus positif. Elle les installe le long du chemin de Trou-Chenille. «Le fait de poser des poubelles a fait que la situation s’améliore», précise-t-elle. Sauf qu’au début de décembre dernier, elle remarque des ordures jetées à un mètre des poubelles et ça cogite dans sa tête.

«Je me suis demandé pourquoi le message ne passait pas. En France, les citoyens ont eu la chance d’avoir été sensibilisés, du moins ma génération. Je conserve en tête une image: celle d’avoir été pêcher avec mon père alors que j’avais environ sept ans et de l’avoir vu jeter un papier d’aluminium à la mer. Je n’ai rien dit mais j’étais choquée. Lorsque nous avons été éduqués, nous avons à notre tour éduqué nos parents. Je n’ai pas arrêté de me demander comment faire passer ce message de ne pas salir l’environnement avec des ordures.»

Et là, plutôt que de vouloir pointer du doigt et blâmer, elle se dit qu’un message positif aura plus d’impact. Elle contacte Havinash, un graphiste qui a sa propre société, Neptune Creative, et lui demande de concevoir un autocollant montrant un automobiliste barré d’un trait rouge, qui jette une bouteille d’eau vide, un sachet de chips, un mégot et un paquet de cigarette par la fenêtre de sa voiture. Elle en commande une centaine à ses frais et se dit que c’est sa petite contribution à la préservation de l’environnement.

Comme elle n’a pas le droit de faire du financement communautaire sur Facebook, elle crée trois différents groupes sur WhatsApp et parle de ce projet de campagne de sensibilisation à grande échelle. La mayonnaise prend en 48 heures et une magnifique énergie de la part des citoyens en ressort. À un moment, ils sont contactés par des compagnies engagées dans la préservation de l’environnement, qui veulent financer la totalité de la campagne et qu’en échange leur logo apparaisse sur l’affiche. Sébastien Rousset et elle en discutent et vu que les citoyens sont déjà enthousiasmés par la campagne et que la cagnotte augmente rapidement, ils préfèrent que l’initiative demeure citoyenne. Le directeur de Flower Ad Ltd communique sur les groupes WhatsApp en indiquant qu’avec Rs 100 000, ils peuvent couvrir 90 panneaux au lieu de 60. Les citoyens répondent positivement et encouragent pour monter jusqu’aux Rs 100 000. Et deux heures plus tard, elle obtient la totalité de la somme requise. C’est ainsi que naît la campagne Larout li pa enn poubel. Sa page Facebook affiche plus de 5 500 adhérents en quinze jours et tous les commentaires vis-à-vis de cette initiative citoyenne sont positifs.

Elle est convaincue que ces panneaux d’affichages et ces autocollants ne laisseront pas insensibles les enfants qui les verront et que le message entrera dans leur inconscient. Au cours de son jogging matinal, elle parle aux gens qu’elle croise. Il lui arrive d’instaurer un dialogue avec des groupes de pique-niqueurs, quand elle repasse plus tard tous leurs déchets sont mis dans les poubelles. Et même si celles-ci débordent et qu’ils ont posé leurs déchets à côté, c’est bien entreposé et pas jeté n’importe comment.

Mais le combat de Nathalie Galey est loin d’être terminé car la mer rapporte aussi son lot de bouteilles en plastique vides. Il y a également les déchets alimentaires comme des emballages de fast-foods de poulet, bien connus à Maurice. Consciente du fait que des restaurants drive-inconcernent les voitures, elle les contacte par mél pour qu’ils prennent des autocollants et les apposent sur leur drive-in. KFC répond positivement à son appel. Certains hôtels notamment ceux du groupe Beachcomber en font autant. Elle aurait souhaité que tous les hôtels de la région participent à cette campagne en sensibilisant leur personnel à la préservation de l’environnement et au nettoyage. Elle a d’ailleurs commandé 1 500 autres autocollants que Neptune Creative lui facture avec une belle remise, «c’est la contribution d’Havinash à la campagne», précise-t-elle, sans avoir encore trouvé les sous pour les payer. Mais elle est confiante dans le financement communautaire.

Comme elle s’est embarquée dans une sorte de mission de sensibilisation positive, elle compte envoyer un mél à toutes les compagnies mauriciennes possédant des camions et des flottes de voitures pour leur proposer d’apposer un autocollant sur leurs véhicules. Et en avril-mai prochains, Sébastien Rousset, qui aujourd’hui l’accompagne acti-vement sur cette initiative, et elle comptent embrayer avec une autre campagne où les messages seront Laplaz li pas enn poubel et Lanatir li pa enn poubelle.

Avec le concours de 28 organisations non gouvernementales engagées dans la préservation de l’environnement, ils envisagent aussi de former des équipes de jeunes qui se rendraient sur les plages le week-end pour sensibiliser les pique-niqueurs et les baigneurs au respect de l’environnement, à celui de la mer et de la nature. Elle est ravie qu’une école primaire confessionnelle de Port-Louis l’ait contactée pour qu’elle vienne expliquer sa campagne aux enfants. Elle aurait souhaité pouvoir le faire dans toutes les écoles primaires et secondaires publiques et privées de l’île.

La prochaine étape, estime-t-elle, c’est revoir la façon dont la population dans son ensemble consomme. «Il nous faudra revoir notre façon de consommer. Il faudra essayer de consommer moins de plastique: avec l’utilisation de gourdes par exemple, ne plus acheter de produits en sachets plastiques individuels. De cuisiner soi-même ses gâteaux, de faire ses propres yaourts, etc. On sera obligé de passer par là, surtout une petite île comme Maurice. Mais il faudra procéder par étapes.» Elle est satisfaite de voir des initiatives collectives citoyennes autres que la leur se mettre en place. «Il y a des gens qui perdent confiance. Or, il faut garder confiance car des mesures appropriées se mettent en place progressivement. Il faut toujours voir le verre plutôt à moitié plein qu’à moitié vide...» Plus patriote, tu meurs...

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