Astrid Descelles, le sport et le trail au-delà de la maladie

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Astrid Descelles emprunte les sentiers de trail avec sa canne.

Astrid Descelles emprunte les sentiers de trail avec sa canne.

Astrid Descelles a toujours fait beaucoup de sport. Jusqu’à ce que la maladie la contraigne à subir une opération au genou gauche en Afrique du Sud en 2005. Depuis, elle vit avec une prothèse. Mais en vraie battante, elle se considère « comme tout le monde ». Avec sa canne, dans les sentiers du trail, ou sur son vélo en salle de sport, elle s’adonne à une pratique qui l’aide à vivre mieux.

Vous êtes souvent aperçue dans les sentiers lors des épreuves de trail, parcourant à pied, à l’aide d’une canne, l’une des épreuves au programme. Racontez-nous cette part de vous qui s’accroche au sport, à cet équilibre qu’il apporte ?

J’ai toujours fait beaucoup de sport. Je jouais au foot, au badminton et au basketball, entre autres. Pour moi, le sport, c’est essentiel. Je vais en salle de sport quatre fois la semaine, c’est une façon, je pense, après le travail, de s’aérer un peu l’esprit. Avec un père et un frère qui sont accros au sport, je ne pouvais faire autrement.

Le sport vous a aidée à trouver un équilibre important après la maladie qui vous a affectée. Dans la limite, bien entendu, de ce qui peut se dire, parlez-nous de votre histoire personnelle, de la bataille que vous avez livrée pour vaincre la maladie, pour vous accrocher à la vie…

Je ne dirai pas que ce que j’ai eu comme maladie a été une épreuve. Cela a juste été une parenthèse un peu difficile de ma vie que j’ai traversée grâce à ma famille, mes amis et bien sûr les docteurs et infirmiers qui m’ont aidée. 

J’ai aussi rencontré des personnes en Afrique du Sud qui ne nous connaissaient pas et qui nous ont aussi beaucoup aidés. Je n’ai rien fait de particulier pour vaincre cette maladie, c’est arrivé naturellement. Je pense que ma force de caractère y a contribué. Je dois dire que j’ai eu de la chance d’être soignée à Cape Town où j’ai reçu d’excellents soins.

Avant la maladie, quelle était votre vie justement ? Qui est Astrid Descelles ?

Je pense qu’avant ou après, ma vie, aujourd’hui, est la même. C’est vrai qu’avant je pouvais courir, sauter, chose que je ne peux plus faire. Mais autrement, rien n’a changé. Ma famille a contribué à ce que ma vie avant et après ce qui m’est arrivée reste la même. J’ai toujours été une personne qui sait ce qu’elle veut et très souriante. Cela n’a pas changé malgré ce qui m’est arrivé.

Et puis vous apprenez que vous êtes souffrante. Que se passe-t-il alors ?

Honnêtement, cela a été tellement vite qu’on n’a pas le temps de réfléchir ou de penser à quoi que ce soit. Quand j’ai appris que j’étais souffrante, en moins d’une semaine, j’étais en Afrique du Sud et là, les choses se sont enchaînées très vite. J’ai fait quatre mois et demi en Afrique du Sud et c’est passé très vite. Aujourd’hui, comme ma mère le dit souvent, on oublie les mauvais souvenirs et on garde les bons. Car oui, malgré ce moment difficile que j’ai traversé, j’ai eu de bons moments également durant cette période.

Comment vous êtes-vous adaptée à cette situation qui s’imposait à vous ?

Grace à la rééducation, j’ai pu m’adapter assez vite à la situation et encore une fois, mon caractère y a contribué. Peu importe ce qui arrive dans la vie, rien ne m’arrête.

Comment est-ce que cela a influé sur votre vie au quotidien ? Sur votre vie de famille ? Sur vos études ? Sur la pratique d’une activité physique ?

La chose la plus difficile, suite à ce que j’ai eu, ce sont les escaliers. Je ne l’ai pas précisé plus haut, mais j’ai une prothèse au genou. Ce qui fait que je prends un peu plus de temps pour monter et descendre les escaliers. Au départ, à mon retour à Maurice, je marchais avec deux béquilles. Donc, cela ne m’a pas aidée. 

Pendant la première année, après mon retour à Maurice, je n’ai fait aucun sport, je n’avais pas encore réfléchi à ce que je pouvais faire comme sport. Quatre mois après mon retour à Maurice, je repartais à La Réunion, car au moment où j’ai découvert ma maladie, j’étais étudiante à La Réunion. Le fait d’habiter seule a fait que j’ai été autonome assez vite. J’allais faire mes courses, je faisais cuire mes repas, j’allais prendre le bus sans problème. J’ai eu de la chance d’avoir un centre de rééducation à La Réunion, pas loin de l’université, ce qui m’a beaucoup aidée. Aujourd’hui, j’ai un degré de récupération qui va au-delà des espérances des docteurs. Pour moi, une fois que j’étais repartie à La Réunion, ce qui était arrivé était derrière moi.

Le soutien familial a-t-il été important dans ces moments-là ?

Oui, absolument, cela a été important. Mes parents et mon frère, ainsi que les autres membres de ma famille, m’ont apporté leur soutien durant ces moments-là. 

Ce soutien vous a-t-il permis de faire face à l’adversité ? Comment se manifeste-t-il dans votre vie de tous les jours ?

Honnêtement, le meilleur soutien de la part de mes parents a été de me laisser reprendre mes études assez rapidement après mon retour à Maurice. Cela m’a permis de laisser derrière tous les mauvais souvenirs et de juste reprendre ma vie comme tout le monde. Justement, ma famille me traite comme tout le monde. Oui, j’ai une prothèse, mais je suis comme tout le monde.

Quand avez-vous réalisé que le sport vous permettait de vous sentir mieux, de vivre mieux ?

Le sport a toujours eu une grande place dans ma famille. Je pense que quand j’ai commencé à jouer au badminton, j’avais 3 ans. C’était une évidence que le sport m’aiderait à vivre mieux.

Depuis quand pratiquez-vous la marche dans les sentiers ?

Mon premier trail, c’était en 2014, celui de Ferney. A ce moment-là, le trail de 4 km était réservé aux enfants. J’ai envoyé un mail aux organisateurs pour expliquer ma situation et ils ont accepté d’ouvrir cette course aux adultes. Amélie Audibert, qui s’occupait du Trail de Ferney, a contribué à ce que je fasse mon premier trail.

Pourquoi avoir choisi le trail en particulier ?
Mon père et mon frère en faisaient, je me suis dit : « Pourquoi pas ? » Le trail, je pense que c’est un dépassement de soi, c’est quelque chose qui me va complètement. Mon docteur m’a dit un jour qu’à chaque fois que je finis un trail, pour moi, c’est une victoire de la vie.

Y a-t-il une randonnée qui vous plaît plus que d’autres ?
Il n’y a pas une randonnée qui me plaît plus qu’une autre. Il y a plutôt certaines que j’aime moins. Par exemple, le Trail de Mare Longue est le plus dur pour moi. Je le trouve plus dur que le 15 km du Royal Raid.

On décrit souvent la communauté des trailers comme une grande famille. Avez-vous trouvé en son sein un peu de cette fraternité qui apporte du baume au cœur, qui revigore ?

Il est tout à fait juste d’appeler la communauté des trailers une famille. Vous croisez les gens du trail pendant le parcours et ils ont toujours un mot d’encouragement. Cela fait plaisir à voir. Ils sont solidaires entre eux, toujours à s’enquérir si j’ai besoin d’aide ou pas. Malheureusement, des fois dans les trails grand public, il y a quelques anti-sportifs qui, comme je les traverse, courent afin de me distancer. Mais je trouve cela flatteur, car je me dis : « Pour me distancer, moi, avec ma canne, ils doivent courir. »

A quel rythme pratiquez-vous la marche ? Pendant combien d’heures par semaine ?

Je ne pratique pas assez de marche, je dois l’admettre. J’en fais une heure en moyenne. Je fais du vélo en salle de sport, environ deux heures et demie.

Quels sont les bienfaits que vous retirez de la marche ?

Quand j’ai fait le Royal Raid 15 km, pour moi, c’était un énorme challenge, c’est comme un trailer qui va faire pour la première fois le Trail des Mascareignes.C’était la première fois que je faisais un trail de 15 km, car en général, je ne dépasse pas les 10 km.Ce sentiment de dépassement de soi et de satisfaction, lorsqu’on a fini un trail, est plus que suffisant pour m’encourager à continuer le trail.

Conseilleriez-vous aux Mauriciens en général d’adopter une telle pratique ? De faire des efforts pour améliorer leur qualité de vie ?

Oui, absolument, je trouve que les gens à Maurice mangent trop gras, trop sucré et trop salé. Malheureusement, les gens font un travail de bureau, sont assis toute la journée et ne bougent pas assez. Le trail ne demande pas beaucoup d’investissement. On découvre des endroits et des paysages de Maurice qu’on ne connaissait pas.

La saison de trail s’est achevée début décembre ? Vous offrez-vous aussi quelques jours de vacances en attendant de retrouver les sentiers en janvier ?

Oui, mon genou a effectivement besoin de vacances, mais je continue malgré tout à aller en salle de sport, car on peut prendre très vite du poids pendant les fêtes. Après une année d’effort, il faut bien un peu de réconfort et de repos. 

Informatique, sport et… shopping

Astrid Descelles, célibataire, est chef de projet et développeur informatique dans une société informatique. Ses loisirs sont tous placés sous le signe du sport. Viennent s’y greffer la lecture et le shopping. « Je dois admettre, honteusement, le shopping, car me suivre quand je fais du shopping, c’est faire un mini-trail, je marche tellement », souligne Astrid Descelles.

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