A Paris, les chauffeurs de bus non grévistes «à bout de nerfs»

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«Les collègues sont à bout de nerfs, c'est des insultes tous les jours», témoigne, mâchoires serrées, un jeune conducteur de bus parisien, non gréviste, après six semaines d'hostilités de la part de collègues en grève contre la réforme des retraites vivement contestée en France.

«Les collègues sont à bout de nerfs, c'est des insultes tous les jours», témoigne, mâchoires serrées, un jeune conducteur de bus parisien, non gréviste, après six semaines d'hostilités de la part de collègues en grève contre la réforme des retraites vivement contestée en France.

«Les collègues sont à bout de nerfs, c'est des insultes tous les jours», témoigne, mâchoires serrées, un jeune conducteur de bus parisien, non gréviste, après six semaines d'hostilités de la part de collègues en grève contre la réforme des retraites vivement contestée en France.

«Pour survivre dans cette période-là, quand on est non gréviste, il ne faut parler à personne, à aucun collègue et traîner le moins possible au dépôt», résume-t-il, souhaitant garder son anonymat dans un climat très tendu avec les grévistes.

Avec deux ans d'ancienneté et une récente titularisation à la RATP, société qui gère le métro parisien, il a refusé de faire grève «pour emmerder les syndicats». Il dit cependant que, sur le fond, il ne soutient pas la réforme des retraites voulue par le gouvernement et qui entend supprimer les régimes spéciaux permettant notamment aux conducteurs du métro parisien de partir plus tôt en retraite.

«Un syndicaliste est passé aux mains. J'ai réussi à le calmer. Ca a été signalé à la direction», affirme ce chauffeur, traité de «briseur de grève».

Au dépôt de bus Pleyel de Saint-Denis, l'un des principaux de la RATP en région parisienne, une barrière mobile matérialise ces deux clans hostiles qui se font face depuis 41 jours et le début de la grève. 

Comme depuis le début du mouvement, un piquet de grève a été installé par des conducteurs, rejoints par une  vingtaine d'étudiants syndiqués, à l'extérieur de la barrière, mardi à l'aube. 

Un braséro est alimenté par une pile de sapins de Noël récupérés dans les bureaux «de la direction». Un thermos de café circule et une sono crache dans la nuit noire des chansons d'Aerosmith, pour galvaniser les troupes. 

«On n'en veut pas aux collègues qui travaillent, ici on n'insulte personne», assure un gréviste du dépôt, d'où partent chaque jour 700 bus, en temps normal . «A peine une cinquantaine» actuellement, dit le gréviste. 

Une vingtaine de policiers interviendront vers 05H30, après une heure de blocage, pour les déloger dans le calme, permettant à une vingtaine de bus de sortir. 

«Prêts à s'entretuer»

Dans le dépôt, des cadres de la RATP sont venus soutenir le personnel roulant. Également munis de thermos de café et vêtus de gilets orange, ils gratifient chaque chauffeur d'un «merci» appuyé, d'un «bon courage» ou d'une poignée de main. 

«Des agents d'encadrement sont mis à la disposition des employés qui le souhaitent», pour les protéger d'éventuelles intimidations, confirme à l'AFP un des responsables envoyés en renfort.

Plusieurs scènes d'intimidations de non grévistes ont fait le tour des réseaux sociaux en décembre. Comme les bousculade, huées et insultes dont a été victime une conductrice, contrainte de prendre son service sous la protection d'agents de la RATP. 

Dans la banlieue, un conducteur de bus a été filmé en train de se faire traiter de «pédé» par des agents, au moment de sortir du dépôt. Le syndicat CGT, en pointe de la contestation contre le projet de réforme des retraites, a condamné ces débordements. La RATP a saisi la justice et ouvert une procédure interne qui peut aller «jusqu'à la révocation», a indiqué à l'AFP une porte-parole de la régie parisienne. 

Mais, selon le conducteur de bus victime des insultes, qui lui aussi souhaite conserver l'anonymat, le plus difficile à gérer, ce ne sont pas les pressions des collègues mais les usagers.

«Les gens sont prêts à s'entretuer pour monter dans un bus. Ils en viennent aux mains. J'ai vu un homme donner un coup de tête à un autre pour le faire sortir», dit-il choqué.

«Je ne peux rien faire. Si je fais descendre tout le monde pour appeler la sécurité ou la police, c'est moi qui vais me faire lyncher. Donc je les laisse s'entretuer».

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