Yamal Matabadul: «Nous transformons un SC de trois credits en diplôme avec des opportunités…»

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Yamal Matabadul, Chief Executive Officer (CEO) de Polytechnics Mauritius.

    Yamal Matabadul, Chief Executive Officer (CEO) de Polytechnics Mauritius.    

Alors que les résultats du School Certificate (SC) seront connus jeudi, quelles sont les perspectives pour ces enfants qui n’auront pas obtenu pas les cinq «credits» obligatoires ? Qu’en est-il de l’avenir des jeunes recalés ? Doivent-ils forcément s’orienter vers la menuiserie ou la plomberie ? Yamal Matabadul, CEO de Polytechnics Mauritius, répond à nos interrogations.

Comment vous préparez-vous en prévision des résultats du SC ?
À Polytechnics Mauritius, nous ciblons les étudiants détenteurs d’un School Certificate (SC), Higher School Certificate (HSC) et des personnes ayant déjà un emploi à suivre des cours d’upskilling. Ainsi, certains cours s’adressent aux étudiants ayant simplement passé le SC. C’est-à-dire ceux ayant au minimum trois credits. Les étudiants qui décrochent cinq credits peuvent s’orienter vers le nursing. En ce qui concerne les cours qui ont comme critère le HSC, uniquement deux A-levels sont requis. Quant aux professionnels, des certifications de Microsoft, Linux de Red Hat, entre autres, leur sont offertes. Actuellement, nous comptons un total de 1 055 étudiants. Parmi eux, 450 suivent une formation en nursing. Mais nous ne restons pas statiques pour autant. En mars 2020, seront introduits des diplômes en pharmacie d’une durée de trois ans, à savoir le medical imaging, le medical lab technology et le medical assistance. Parallèlement, tous les programmes incluent environ 50 % de pratique. Donc, les étudiants passent leur temps davantage à l’hôpital qu’en classe. D’ailleurs, notre plan stratégique pour 2020 à 2030 sera lancé en mars. Un plan d’action sera également élaboré avec l’Union européenne. Nous introduirons aussi 20 nouveaux programmes et ferons l’acquisition d’équipements de pointe.

Quel est le rôle des instituts polytechniques pour ceux qui n’obtiennent pas 5 credits ?
Notre but est de former les gens afin qu’ils décrochent un emploi. Pour ce faire, nous avons un foundation course d’un an en tourisme, ce qui à terme permet de faire des carrières dans la restauration, le housekeeping, le front office et être employé sur les bateaux de croisières. Ensuite, on peut enchaîner avec un certificat, un diplôme et finalement aboutir à une licence, soit à Singapour, à Maurice ou en Suisse. Ces programmes incluent six mois de stage professionnel, ce qui vous fait un an et demi de pratique, du cours de foundation au diplôme. Nous proposons également des formations en Beauty and Spa Management. C’est ça la solution polytechnique, une préparation apte pour le monde de l’emploi. La plupart des prestataires décrient le manque de main-d’oeuvre. Savez-vous qu’un spa supervisor gagne plus qu’un comptable fraîchement qualifié ?

Cette profession est-elle davantage favorisée par les femmes ?
Les hommes font aussi carrière dans ce secteur. Les possibilités sont multiples, par exemple superviseur ou administrateur de stone et wet spa et des lignes de produits. À cela s’ajoutent les perspectives d’entrepreneuriat.

Tourisme, nursing et technologie : ne vous limitez-vous pas à des filières trop classiques ?
On n’est pas en train de s’y cantonner. Les cours polytechniques sont calqués sur le travail en technologies financières, santé mentale, entre autres. Par exemple, ceux n’ayant que trois credits peuvent s’inscrire pour des diplômes en cyber sécurité et médias numériques et interactifs qui s’ouvrent sur le graphisme, la vidéo, la troisdimensions, etc. La méthode d’enseignement est taillée sur mesure pour le marché de l’emploi. Nous développons d’autres créneaux et transformons un SC de trois credits en diplôme avec des opportunités concrètes de travail. En plus, on collabore avec la Malaisie, spécialisée en Computer Science Engineering. Aussi, avec les cours de cyber sécurité, on forme des analystes, ethical hackers pour contrer le piratage et la gestion des réseaux. Des cours exclusifs d’Internet of Things et Big data s’enchaînent au niveau HSC.

Quelles filières sont les plus prisées par les étudiants ?
Le nursing a été très porteur dans le passé, à cause de la quasi-garantie d’emploi tant dans le secteur public que privé. Mais on arrive avec des spécialisations en community health avec la décentralisation des services de santé, le mid-wifery et la santé mentale que je vous mentionnais plus tôt. La formation pour travailler sur les bateaux de croisières demeure aussi très populaire.

N’est-il pas judicieux de former ceux ayant passé le SC davantage à la technicité comme à Singapour où, pour chaque ingénieur formé, on produit aussi 30 techniciens ?
L’ingénierie est un bon exemple. On prône d’ailleurs le modèle singapourien. Par exemple, plusieurs formations spécialisées en ingénierie sont prévues avec l’introduction du métro à Maurice. Dans deux mois, le diplôme en rail engineering sera une réalité. Certes, nous formerons des technologists en collaboration avec des partenaires affiliés avec l’International Engineering Alliance. Le changement climatique, les énergies renouvelables, la production engineering ou encore la logistique figurent également au centre de nos préoccupations. Tout comme les technologies financières, notamment le smart payment.

Qu’en est-il des enfants ayant échoué la Grade 9 ?
En général, ces élèves vont se diriger vers le MITD, qui dispose de pédagogues et d’équipements requis pour continuer leur programme. Avec la réforme éducative, on se focalise sur la spécialisation. Nous, on s’occupe des high skills, tout en passant par les bridging programmes.

Mais ces élèves en échec scolaire sont-ils forcément voués à atterrir en plomberie ou électricité ?
Pour moi, au lieu de voir l’échec, je perçois leurs multiples intelligences. Certaines personnes s’adaptent davantage au côté pratique. Avec trois credits, on ne doit pas s’appesantir sur l’impossibilité de faire le HSC. Plutôt, on fera de cet enfant un professionnel tel qu’un analyste en cyber sécurité. Les possibilités sont nombreuses. Par conséquent, nous préparons un bridging programme. Ainsi, après la Grade 9, les enfants n’auront plus à basculer en menuiserie, plomberie, bien qu’il existe une grande demande à ce niveau. Mais faire son propre «choix» est très important. On va intégrer des formations en Arts and Crafts et des filières techniques, scientifiques avec des ouvertures vers la construction, la santé, la technologie, entre autres. Parallèlement, un étudiant à l’aise en linguistique ne sera plus limité au professorat. En revanche, il pourra se diriger vers d’autres perspectives comme la traduction, l’événementiel ou le tourisme culturel. C’est un gros travail qui deviendra soutenable après sa mise en place. Il est temps de récompenser ces multiples intelligences. Changeons cette perception qu’avec trois credits, l’avenir est restreint pour un enfant. Les universités elles-mêmes sont en train de devenir des polytechniques, d’où l’accent sur la vocation pratique.

Comment adapter ces programmes aux plus jeunes recalés ?
Définitivement, dans ce cas, la pédagogie doit être différente. Si je donne un calcul sophistiqué à un enfant, il ne pourra pas le faire sauf s’il est guidé. Bien sûr, il existe plusieurs types d’encadrement. Voilà pourquoi nous travaillons sur ce fameux bridging programme. Déjà, les étudiants sont des mineurs et ont travaillé sur toutes sortes de modules au secondaire. Intégrer une nouvelle filière peut s’avérer difficile. Cela demande du temps, mais aussi une juxtaposition des core, non-core et soft skills. La discipline est d’ailleurs cruciale. À ce propos, si on commence les cours à 8 h 30, on ferme les portes à 8 h 45. Si vous arrivez après, vous retournez chez vous. De plus, l’industrie fait partie intégrante de nos formations. Par exemple, on travaille avec l’Association des manufacturiers mauriciens et d’autres organisations. C’est impossible que cela ne soit pas en adéquation avec le monde du travail.

Qu’en est-il de l’accessibilité à ces formations ?
Nos étudiants ont au minimum 16 ans. Côté critères, les cours technologiques nécessitent un credit en mathématiques sur les trois obtenus. Pour les cours de Beauty and Spa et le foundation course, un pass au SC est requis. Un institut polytechnique doit se consacrer à la communauté et aux actions. On doit vaincre cette stigmatisation selon laquelle l’académique doit primer sur le pré-professionnel. Souvenons-nous des multiples intelligences. One shoe does not fit all!

Toutes les formations annoncées se fontelles dans la pratique ou certaines ne trouvent pas preneurs ?
Ça commence à changer. Quand on a débuté deux ans plus tôt, on nous disait de faire le big data, mais sans stage concret dans les entreprises, on ne pouvait rien lancer. Depuis, on collabore avec l’Inde, ce qui permet aux enfants de s’y rendre pour travailler dans des firmes renommées. Nous sommes des développeurs de solutions. Parallèlement, avec l’Union européenne, nous mettons en place un real competency based model of learning. Divers curricula vont être élaborés dont l’intelligence artificielle, la robotique, la dental assistance, le cardiac and critical care et l’oncologie à partir de septembre 2020. Les cours de tourisme incluront bientôt l’événementiel, les guides touristiques pour l’aspect culturel, les opérations liées au golf, le paysagisme, les variations culinaires, entre autres.

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