Jean-Philippe Lagane: «On a franchi un palier au niveau du cyclisme mauricien»

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Jean-Philippe Lagane, vice-président de la Fédération mauricienne de cyclisme.

Jean-Philippe Lagane, vice-président de la Fédération mauricienne de cyclisme.

Jean-Philippe Lagane est satisfait du bilan du cyclisme mauricien en 2019. Evidemment le vice-président de la Fédération mauricienne de cyclisme (FMC)  reconnait qu’il aurait pu être meilleur. Notre interlocuteur a désormais toute son attention braquée sur la saison 2020 qui vient avec son lot d’objectifs et de défis il faudra d’abord bien préparer les Championnats d’Afrique  sur route qui se tiendront  sur notre sol en mars et ensuite poursuivre le travail au niveau de la formation. Trouver un nouveau Directeur technique national sera aussi une préoccupation majeure avec le départ de Michel Theze après les championnats continentaux.

La saison 2019 aura été très chargée pour le cyclisme mauricien. Quel est le bilan que vous en tirez ?
Difficile de ne pas être satisfait devant le travail accompli et les résultats réalisés en 2019. Mais comme on dit, il y a toujours matière à amélioration. Je pense aussi qu’on aurait pu étoffer un peu plus la récolte. Toutefois, pourquoi faire la fine bouche quand on regarde ce que nos coureurs ont réalisé lors des différents rendez-vous. Prenez la Team Maurice-MCB qui est en plein épanouissement et continue à gravir les échelons. On a franchi un palier important avec la remarquable volonté des jeunes qui se donnent pleinement et qui veulent rejoindre cette merveilleuse aventure entamée depuis peu. C’est définitivement de bon augure pour l’avenir du cyclisme mauricien.

Aux 10e JIOI, l’objectif était de décrocher les trois médailles d’or. Est-ce une déception de ne pas y être parvenu ?
Je répondrais par l’affirmative. Je me demande encore comment on a pu laisser échapper cette médaille d’or qui nous était promise. Malheureusement, Christopher (Lagane) n’était pas en pleine possession de ses moyens. Sinon, la situation aurait été différente. Il n’y a qu’à voir son chrono pour avoir une idée de ce qu’un Christopher des grands jours peut nous sortir. On ne peut rien changer désormais, tout en soulignant qu’un athlète reste aussi un être humain avec ses forces et ses faiblesses. Christopher est un battant et je le trouve d’ailleurs bien mieux dans sa peau maintenant. L’avenir lui appartient et il a encore de belles choses à donner au cyclisme mauricien.

La victoire a été au rendez- vous au Tour de Maurice mais pas au Tour de la Réunion en 2019. En 2020, le Tour de l’île soeur sera-t-il une priorité pour la FMC ?
Je pense que nous aurions gagné le Tour de la Réunion si la Team Maurice-MCB était au complet. En dépit de ce contretemps, l’équipe choisie s’est bien défendue avec, au bout du compte, la belle troisième place de Grégory (Lagane). Quant à l’édition 2020, je pense que nous sommes bien placés pour réaliser la passe de trois avec nos coureurs qui seront plus aguerris à l’issue de leur passage dans des clubs en France. Ils gagneront beaucoup à coup sûr. La seule question subsiste autour de leur participation qui peut coïncider avec leurs engagements sur place et tributaire également du feu vert éventuel des responsables français. Sinon, je pense que nous sommes bien partis pour vaincre une nouvelle fois en terre réunionnaise.

Le comité de la FMC a toujours affirmé que la formation est l’une de ses principales préoccupations. À ce chapitre, le bilan est-il satisfaisant ou pas ?
La FMC a fait de la formation son cheval de bataille, cet aspect étant le maillon faible depuis plusieurs années déjà. Le constat est accablant quand on voit l’incapacité des clubs à pousser les jeunes vers la pratique du vélo. Il y a des exceptions évidemment mais ce n’est pas suffisant pour constituer un réservoir de talents. La FMC a dû prendre les choses en main et trouver aussi la meilleure formule. A travers la réinsertion sociale, le processus s’est avéré payant. Nous avons aujourd’hui un bon groupe de jeunes qui apprennent les valeurs de la société tout en s’adonnant à un sport de leur choix.

Parlons justement des académies de cyclisme. Après trois ans d’existence, est-ce que leur rendement est à la satisfaction des membres de la FMC ?
La seule implémentation de cette mesure est une grosse satisfaction. Le lancement de ces académies nous a permis de repérer quelques éléments prometteurs. C’est vrai que nous aurions voulu ratisser encore plus large. N’empêche, avec le soutien de nos partenaires, nous avons pu identifier ensemble des jeunes issus des milieux défavorisés et leur offrir la chance de s’illustrer dans un domaine précis. Le résultat a été plus ou moins concluant et on compte accélérer le processus dans les années qui viennent. On ne forme pas un coureur cycliste du jour au lendemain. Il faut faire preuve de patience et je peux vous dire que ça prend au minimum six ans pour produire un bon coureur possédant les attributs d’un futur champion.

Votre club, le Faucon Flacq SC-KFC, a dominé outrageusement la compétition la saison dernière. Certains disent que cette situation est au détriment de la progression de la petite reine locale. Qu’en pensez-vous ?
C’est la litanie qui revient sans cesse depuis ces 30 dernières années, soit depuis que j’étais moi-même coureur et sociétaire de l’UCM d’Henri Rouillard qui écrasait tout sur son passage. Avant cela, il a eu la domination du club 52x14 et pourtant la discipline a survécu  et a connu, au contraire, une bonne progression. Rien ne se fait au détriment de qui que ce soit.

La réussite du Faucon Flacq SC-KFC n’a rien de surprenante. Les dirigeants ont su cerner la situation en mettant au  point un programme bien établi. L’opération de détection a porté ses fruits et des jeunes n’ont pas mis beaucoup de temps à faire montre de leur potentiel. L’encadrement constant joue un rôle prépondérant. Le travail acharné ne trahit jamais, et si vous souhaitez vraiment quelque chose, vous trouverez le moyen de le réaliser.

Et puis, c’est la responsabilité de tout un chacun que d’œuvrer pour la bonne marche des activités de sa fédération et de son pays. Je ne critique personne ici, mais c’est tout simplement le souhait pour que d’autres clubs arrivent à adopter l’approche voulue et donnent une bonne réplique aux adversaires. C’est tout le cyclisme mauricien qui en sortira gagnant.

Il vous est aussi reproché de vouloir tout contrôler à la fédération. Comment réagissez-vous à ces attaques ?
Cela me fait de la peine quand j’y pense. Surtout après la somme d’efforts fournis pour remettre sur les bons rails notre sport fétiche. C’est vrai qu’à l’issue de l’élection de la nouvelle équipe dirigeante, Lawrence (Wong, le président de la FMC) et moi, nous avions une vision claire de ce que nous voulions entreprendre. On ne pouvait plus cautionner l’amateurisme et agir en tant que spectateurs passifs devant la tournure des  choses. Il fallait donner un nouveau souffle au cyclisme local  et je dois dire qu’on a travaillé sans cesse durant des semaines  et des semaines, quitte à négliger, des fois, la famille et les proches. Il faut faire la distinction entre un vrai passionné ayant à coeur l’avancement de la petite reine et un accapareur. Je ne suis attaché à aucun poste et je n’ai pas d’ambitions démesurées. Que voulez-vous, si je bénéficie d’une forte concentration

de coureurs répartis dans les diverses catégories et en sélection nationale ? C’est logique que je sois la plupart du temps  sollicité par les médias. J’ajoute également que j’ai rarement la langue dans la poche quand quelque chose ne va pas.

La saison 2020 approche à grands pas. Parlez- nous des projets de la Fédération mauricienne de cyclisme.
L’accomplissement de ces dernières années est révélateur certes, mais il y a encore du chemin à faire. On n’arrête pas le progrès, dit-on ! Les défis ne manquent pas en 2020.

Comme la mise sur pied d’une véritable colonie de coureurs en France, le nombre tournant autour de 7 ou plus quand cela s’avérera nécessaire. Ils logeront dans une maison louée par la fédération avec l’apport inestimable du MJS et de notre sponsor, la MCB. Ils évolueront sous les couleurs de la Team Maurice-MCB, et vivront, rouleront et s’entraîneront ensemble.

On mettra toutes les conditions dignes de celles des coureurs professionnels. Nous voulons nous doter d’un Centre d’excellence pour loger les meilleurs cadets qui sont passés chez les juniors. Il faudra s’assurer d’un encadrement rigoureux que ce soit au niveau de la préparation, de l’entraînement, la récupération ou de l’alimentation. Un système qui fonctionne bien dans des pays comme l’Erythrée et le Rwanda. Pourquoi pas chez nous ?

Le mode de financement reste à être défini en ce qui concerne ce projet. Nous disons à toutes les entreprises qui veulent nous aider, qu’elles sont les bienvenues. C’est une  étape importante qui pourrait servir d’inspiration à d’autres fédérations. La mise en place de la Team Maurice-MCB féminine reste aussi une priorité.

L’ouverture d’une académie à Rodrigues figure en bonne place dans notre liste de projets en concertation avec la commission des Sports de l’île. La construction d’un anneau cycliste est un autre projet qui nous est cher. On espère voir sa concrétisation prochainement.

La restructuration de l’encadrement technique demeure un autre gros morceau. Il faut déjà penser à l’après-Michel Thèze. Son contrat arrive à terme après les championnats continentaux. Notre souhait est qu’il reste en tant que consultant pour quelque temps encore. Mais nous sommes conscients que le départ de Michel laissera un vide conséquent. N’est pas Michel Thèze qui veut !

Et pour clore la projection de 2020, la tenue des Championnats d’Afrique, qui requiert une organisation bien ficelée et sans faille. Un événement qui propulsera notre petite île dans le concert des grands.

Où en sont les préparatifs de l’organisation des Championnats d’Afrique sur route prévus en mars prochain sur notre sol ?
Nous avons pris un peu de retard, n’ayant pris connaissance des dates que récemment auprès de la Confédération africaine de cyclisme (CAC). Mais je ne me fais pas de soucis, vu l’équipe dont nous disposons avec, à la tête, Lawrence Wong et Hervé Flore, qui sont tous deux rompus à l’organisation de tels événements. Nous avons toujours été à la hauteur et, en toute humilité, je pense qu’on fera du bon boulot une nouvelle  fois et que Maurice aura davantage de visibilité à l’échelle internationale.

Comment la sélection mauricienne se prépare- t-elle en vue de cette échéance ?
L’entraînement a repris depuis le début de novembre pour les juniors, espoirs et élite. Les séances gagneront en intensité en janvier, avec une possibilité de stage en altitude en Afrique du Sud suivi d’une participation au Tour of Good Hope (2-6 mars). Ensuite, il y aura le championnat sur route Junior et Elite qui se déroulera sur le tracé des championnats continentaux et suivra le grand événement. Il sera intéressant de voir nos représentants en action sur leur sol alors qu’ils sont souvent confrontés à des conditions délicates ailleurs, pour ne citer que l’altitude, à titre d’exemple.

Avez-vous fait des projections pour la progression du cyclisme mauricien pour les cinq ou dix prochaines années ? Vers quels objectifs la FMC veut-elle mener la discipline qu’elle administre ?
Tout dirigeant caresse le rêve de voir sa fédération atteindre les sommets. Concernant la petite reine, j’estime que nous sommes sur la bonne voie avec des bases solides qui demandent à être renforcées davantage. Force est de constater, toutefois, que les jeunes ont à faire le difficile choix entre le boulot et la compétition à un moment donné de leur carrière. Ils sont souvent dans l’urgence de subvenir aux besoins de leurs proches. Ils relèguent ainsi le cyclisme au second plan et c’est vraiment dommage. Que faire alors ? La FMC songe à monter une équipe continentale qui offrirait aux jeunes une possibilité de carrière dans le vélo.

C’est un projet qui nécessite un investissement d’environ Rs 20  millions et nous ferons tout pour que cet objectif soit atteint.  On ne peut laisser partir les jeunes talents dont certains, à leur première année, pour les raisons citées plus haut. La situation est, pour l’heure, sous contrôle mais il faut prévenir toute désaffection. Je pense qu’il vaut mieux prévenir que guérir, et nous devons donc concentrer notre énergie pour être préparés à toute éventualité.

Vous disiez plus tôt que vous n’avez pas d’ambitions démesurées. Lawrence Wong a signifié son intention de prendre du recul après son deuxième mandat comme président de la FMC. Estce que la présidence de la fédération vous intéresse ? Histoire d’asseoir un peu plus votre autorité ?
Il n’y a aucune raison pour moi d’asseoir une autorité quelconque. Je le redis, haut et fort, aucun poste de responsabilité ne m’intéresse, encore moins la présidence. J’estime avoir donné le meilleur de moi-même jusqu’ici. Si on veut vraiment travailler pour faire bouger les choses, on n’a pas besoin d’être président ou occuper un poste important. L’esprit d’équipe doit primer et tout le monde doit apporter sa pierre à l’édifice, quel que soit son rôle au sein de la fédération.

De plus, je crois dans le partage des responsabilités et le fait de laisser la place aux autres. Pourquoi ne pas insuffler du sang neuf et des nouvelles idées – je suis partant pour cela. Mais cela ne veut pas dire que je m’éloignerais des activités de la FMC. Au contraire, j’apporterais toute mon expérience et soutien aux éventuels dirigeants.

Le mot de la fin…
Mes sincères remerciements à tous ceux et toutes celles qui ont été sur la brèche pour aider à la progression du cyclisme mauricien et l’encadrement des jeunes. À nos fidèles partenaires ayant beaucoup contribué à rehausser le niveau de la compétition et permis aux coureurs d’évoluer dans la sérénité, avec l’envoi de nos meilleurs cadets en France chaque année. Une pensée particulière aux architectes de la réussite de la Team MCB-Maurice. Et comment oublier le Faucon Flacq SC et l’incontournable parrainage de KFC ?

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