Après les grosses pluies: la dure réalité des «oubliés»

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La maison de la famille Ahmad à Vallée-des-Prêtres a été également affectée par des eaux usées. À hier après-midi, lundi 6 janvier, le nettoyage se poursuivait.

  La maison de la famille Ahmad à Vallée-des-Prêtres a été également affectée par des eaux usées. À hier après-midi, lundi 6 janvier, le nettoyage se poursuivait.  

En ce début d’année, ils se retrouvent à occuper des maisons inhabitables. En cause : les averses qui se sont abattues sur l’ensemble de l’île, dimanche 5 janvier au soir. Ces habitants des faubourgs de Port-Louis disent être des éternels oubliés…

Il est 10 heures 30. Le soleil refait timidement son apparition dans la capitale. Mais pour ces familles, aucune lueur d’espoir. Leurs demeures ont été complètement inondées. À cité La-Cure-Marjolin, les habitants sont nombreux à sortir dans la rue. Jessica Momus en fait partie. Cette maman de deux enfants fait les cent pas le long du pont Marjolin à la recherche d’aide auprès d’officiers de la Special Mobile Force (SMF), venus enlever des arbres qui ont obstrué le passage de l’eau dans la rivière.

Ses yeux cernés et sa robe tachée de boue témoignent de la nuit blanche qu’elle a passée. «Nous avons été contraints, mes enfants et moi, de rester dans notre maison malgré la montée des eaux (...) Enn zour lekor ki zot pou vinn tiré», s’emporte la trentenaire.

Impossible de pénétrer l’intérieur de sa petite bicoque en tôle. De la boue qui s’est installée autour, émane une odeur nauséabonde. Une voisine, Natacha Lascarie, explique, quant à elle, que cela fait maintenant quatre ans qu’ils vivent dans de telles conditions. «Nous ne pouvons continuer ainsi. Mais nos appels à l’aide restent vains».

Détritus

La scène de désolation se poursuit à Tranquebar, où habitent des squatters. Pendant que les enfants s’assoient au bord de la rivière, les adultes débarrassent leurs cases en tôle de détritus. Corine Ravina est assise sur un rocher. Le regard dans le vide, le désespoir se lit sur son visage. Perchée sur des bouts de bois, sa maison en tôle empeste. Pour cause, des eaux usées ont envahi les lieux. «Nous n’avons pas fermé l’œil de la nuit. Les autorités n’ont pas donné de suite à nos appels. Comment vais-je faire pour vivre dans cette maison ? Je ne sais pas…»

Dans certains quartiers de Roche-Bois, la situation n’est guère différente. Depuis plus d’une quinzaine d’années, des gens habitent non loin d’un élevage de porcs. Cela, malgré l’odeur nauséabonde, et des conditions de vie exécrables. Ne sachant plus à quel saint se vouer, ces personnes veulent quitter ce lieu au plus vite. Quincy Malbrook attend toujours de rencontrer les politiciens qui lui ont vendu des rêves. «Personne ne vient nous voir. Nous sommes des oubliés de la région.» Un sentiment d’ailleurs partagé par tous ceux que nous avons rencontrés hier.

Plus de peur que de mal à Cottage

«Erezman nou pann gayn plis ki sa!» Propos de plusieurs habitants de Cottage, village du Nord, souvent touché par des inondations. Mais les averses de dimanche soir n’ont pas fait beaucoup de dégâts.

Mani Gopal, 58 ans, nous invite à visiter sa maison et celle de sa fille, à côté de la sienne. Elle s’est réveillée à 3 heures du matin hier afin de nettoyer sa demeure dont le sol ciré rouge est toujours humide. «Delo lor simé inn rant dan lakaz», dit-elle. Chez sa fille, des draps sont entassés à même le sol, en vue d’absorber l’eau qui a pénétré à l’intérieur.

La voisine de Mani Gopal, Chantale Lascarie fait elle aussi le grand nettoyage. C’est cette femme de 65 ans qui a alerté les sapeurs-pompiers, vers 21 heures, dimanche. «Très vite, des accumulations d’eau se sont formées dans la rue. Les habitants nous ont donné un coup de main», nous relate la sexagénaire, serpillère en main.

Plus loin, l’on rencontre Francine Montagne-Longue. Elle raconte qu’elle était de sortie dimanche. À son retour vers 23 heures, la route était inondée. «Heureusement c’était moins grave que ce que l’on a connu jusqu’à présent. À certaines occasions, l’eau qui avait infiltré ma maison avait endommagé mes effets personnels. J’ai dû tout jeter. Mé Bondié gran…» confie-t-elle.

Sollicité, Sunael Purgus, président du conseil de district de Pamplemousses, indique que la construction de drains est sur la bonne voie. D’ailleurs, aujourd’hui, une réunion est prévue pour faire un état de la situation concernant les trois projets à L’Amitié, Cottage et Fond-du-Sac, respectivement.

Quid des politiciens ?

Joe Lesjongard envisage un projet d’aménagement et de faire construire des drains

Sollicité pour une réaction, le ministre du Tourisme, Joe Lesjongard affirme que le nécessaire sera fait pour les habitants de Marjolin. «Nous avons construit un pont afin d’améliorer la situation», dit-il. «Toutefois nous ne devons pas oublier que leurs maisons sont situées sur la berge d’une rivière». En sus, afin de soulager les habitants de ce problème d’inondation, Joe Lesjongard mentionne qu’un projet d’aménagement s’avérerait utile. Par rapport à Vallée-des-Prêtres, le parlementaire souligne que des «drains ouverts» devraient se faire prochainement. «Ils se trouveront sur les versants de la montagne soit derrière les habitations et éviteront que l’eau de pluie n’inonde leurs domiciles

Aurore Perraud : «On m’a appelée pour me demander de l’aide»

L’ex-députée bleue de la circonscription no 4, battue lors des dernières législatives, avance avoir reçu des appels à l’aide de ses anciens mandants. Tout en déplorant le fait que les autorités ne sont pas venues aider certains habitants, Aurore Perraud ajoute que ce scénario n’a pas beaucoup évolué. «C’était pareil quand j’étais députée. On passait des coups de fil mais l’aide ne venait presque jamais…»

Shakeel Mohamed se dit interpellé

C’est un Shakeel Mohamed «inquiet» que nous avons eu au téléphone hier. En vacances à l’étranger, le député du PTr affirme être quand même resté en contact avec des habitants de la circonscription no 3 dans la nuit de dimanche. «On m’a mis au courant de la situation des habitants de Roche-Bois. Il est vraiment triste que les autorités n’aient pas été présentes pour les secourir

Osman Mahomed : «Mo pé gété ki mo kapav fer dan mo koté»

Le député rouge de la circonscription no 2, s’est rendu à Tranquebar hier. C’est avec «surprise et choc» qu’il a appris que les autorités auraient ignoré les appels d’aide des squatters. Ayant pris des numéros de contacts de plusieurs familles, Osman Mahommed affirme qu’il se rendra à nouveau sur place pour «gété ki mo kapav fer dan mo koté

Longue nuit pour des pompiers et la SMF

La nuit de dimanche à lundi a été longue pour les soldats de la Special Mobile Force (SMF) et les pompiers.

Plusieurs personnes piégées par la montée des eaux

Des gens se sont retrouvés en difficulté à Tranquebar, Trianon et Balaclava. À Roche-Bois, une femme et trois enfants ont été secourus par la SMF. Les policiers sont aussi venus en aide à une famille bloquée dans sa voiture, à Balaclava. Et avec l’aide des pompiers, ils ont aussi pu évacuer une personne piégée sur la route de Terre-Rouge-Verdun.

Huit sorties pour la SMF

Les soldats de la SMF ont fait huit sorties au cours de la nuit. Ils ont été appelés à nettoyer deux rivières obstruées et à démolir un mur qui empêchait l’eau de circuler à Bois-Rouge.

69 interventions des pompiers

Vingt et une maisons ont été inondées dans diverses régions de l’île, notamment à Plaine-des-Papayes, Triolet et Bambous. Les pompiers sont intervenus et ont secouru, entre autres, deux personnes malades. Ils ont également été à l’œuvre pour canaliser l’eau qui avait envahi plusieurs routes.

Des mères révoltées à Roche-Bois

Des mères de famille habitant Roche-Bois ont laissé éclater leur colère hier.

Les averses dimanche étaient la goutte de trop. C’est ce que martèlent plusieurs mamans rencontrées au centre communautaire de Roche-Bois hier. Certaines ont passé la nuit de dimanche à lundi en ce lieu alors que d’autres ont choisi de rester chez elles. Elles sont toutes venues chercher une allocation financière, quitte à ne pas reprendre le boulot. Mais au grand dam de Rose Marie Jean Baptiste, la police ne veut pas enregistrer ses doléances, ni d’effectuer une visite de sa maison, selon le protocole qui permet de toucher une compensation. «Ce n’est pas la première fois que nous venons nous faire dédommager», se lamente-t-elle.

Cette résidente du «quartier Shell» a peur que la rivière qui longe sa modeste résidence ne déborde. «Nous n’avons pas pu prendre le risque de venir au centre alors que les pluies s’abattaient dimanche soir. Nous sommes arrivés vers les 4 heures 30 du matin.» D’ajouter que ses denrées alimentaires ont été détruites. Quant à Isabelle Armoogum, une voisine, elle a été conduite au centre par des officiers de police. «Lors du récent cyclone, nous avons été emmenés ici.» Cette dernière espère qu’elle va obtenir une maison un jour.

59 sinistrés dans les centres de refuge

59 personnes se sont retrouvées dans les deux centres communautaires mis à la disposition du public lors de fortes averses. 51 d’entre elles, soit 23 adultes et 28 enfants se sont rendus au centre de Roche-Bois et 8 sinistrés, quatre adultes et quatre enfants, dans celui de Vallée-des-Prêtres. Du côté du ministère de l’Intégration sociale, de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale, on indique que des démarches ont déjà été enclenchées pour que ces victimes puissent toucher leurs compensations financières dès aujourd’hui. Chacune obtiendra de Rs188, somme revue à la hausse à partir du 1er janvier 2020. Avant, les sinistrés obtenaient Rs182. Selon le protocole, ils doivent se rendre à la police pour faire une déclaration en ce sens. Cette dernière procèdera à un constat avant que ces familles puissent obtenir leurs indemnisations.

Vallée-des-Prêtres : le calvaire continue

Le cauchemar de la famille Ahmad à Vallée-des-Prêtres s’est encore une fois avéré. Dimanche, le patriarche, Naushad Ahmad, a passé toute la soirée à extirper l’eau de sa maison. «Cela fait plus de quinze ans que les drains sont bouchés», souligne ce dernier. Par conséquent, pendant les grosses averses, les eaux usées remontent à la surface. Salon, cuisine, salle de bains… Rien n’y a échappé. «Nous devrons attendre que le temps s’améliore pour pouvoir nettoyer. C’est insupportable. Nous avons fait appel à plusieurs reprises pour qu’on vienne nous aider», explique la mère de Naushad Ahmad, Ruksana Ahmad.

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