Jonathan Ramasamy: une grande expérience du monde pétrolier

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Jonathan Ramasamy, «General Manager» de la State Trading Corporation.

Jonathan Ramasamy, «General Manager» de la State Trading Corporation.

Il ne devrait pas avoir trop de mal à cerner les dossiers de la STC car ce natif de Surinam, aîné de trois enfants, est non seulement un crack en mathématiques mais a aussi longtemps travaillé dans le monde pétrolier. Depuis son cycle primaire à la Robert Edward Hart Government School jusqu’à ses études secondaires au Swami Vivekananda SSS, Jonathan Ramasamy obtient d’excellentes notes en mathématiques. Si bien que quand ce quadragénaire à la coupe branchée pense à son avenir, celui-ci lui semble tout tracé en tant qu’enseignant de mathématiques.

D’ailleurs lorsqu’il complète sa Form VI, il obtient son admission à l’université de Maurice (UoM) pour étudier en single honours les mathématiques et décrocher un Bachelor of Science en la matière. Il l’obtient avec la mention First Class Honours. Il est persuadé qu’il va décrocher un emploi d’enseignant mais dans sa promotion, une seule diplômée est recrutée comme telle.

Si bien que Jonathan Ramasamy fait des demandes de bourses auprès de plusieurs universités étrangères pour faire une maîtrise en mathématiques. Il accepte celle que lui offre l’université de Cranfield, en Grande-Bretagne, car il est très intéressé à se spécialiser en Operations Research, une des plus récentes branches des mathématiques reposant sur l’optimisation des ressources. Il est surpris d’apprendre, alors qu’il est à l’étranger, que presque tous les étudiants diplômés de sa promotion à l’UoM ont été recrutés comme enseignants. Sa maîtrise obtenue, il décline une proposition de bourse pour faire son doctorat afin de regagner Maurice car sa famille lui manque.

De retour au pays, Jonathan Ramasamy va galérer pendant un an et demi, obtenant des emplois de remplacement de trois mois par-ci, par-là, notamment au collège St-Joseph. Il ne se prend pas trop la tête car il est convaincu que «whatever happens in life, happens for a reason». Pour s’occuper, et surtout pour transmettre ses connaissances en mathématiques, il donne dans le village de Surinam des leçons particulières aux élèves qui le lui demandent et la gratuité est souvent de mise, en particulier pour les familles modestes.

Jonathan Ramasamy sort la tête hors de l’eau lorsqu’il obtient un emploi d’analyste auprès de la firme Gamma Civic. Son rôle est d’étudier les ventes hebdomadairement et de faire des recommandations pour aider la direction à prendre des décisions éclairées. Il devient un expert dans l’utilisation du logiciel de bureautique Microsoft Excel. Quelques jours après que sa direction lui ait offert une promotion, il obtient un télégramme du ministère de l’Éducation l’informant qu’il est recruté comme enseignant.

Son coeur ne balance plus et il décline l’offre du ministère. Est-ce parce que son salaire à Gamma Civic est plus important que celui qu’il aurait obtenu comme enseignant ? «Non, l’argent n’a jamais dicté ma vie. Ce n’est pas mon moteur. L’argent est quelque chose qui part et qui vient et je ne me laisse pas abattre.»

La routine de son travail à Gamma Civic finit toutefois par avoir raison de ses objectifs. Si bien que lorsqu’il tombe sur un avis de recrutement de Galana Petroleum qui cherche un Oil Operator avec comme qualifications demandées, un diplôme en mathématique ou en science, il se dit que cela peut être intéressant. Mais il range l’avis dans un tiroir. Un matin, il retombe sur l’avis en question et réalise que la date butoir pour acte de candidature est ce jour-là. On est en mai 2001. Il s’empresse d’envoyer sa candidature. Peu après, il est convoqué par Galana Petroleum pour une interview.

Le jour dit, il rencontre le General Manager, le Britannique Paul Bramley, qui lui apprend que la société recherche non seulement un Oil Operator mais aussi un Economic Analyst. On lui offre la possibilité de choisir de postuler pour l’un ou l’autre emploi. Mais Jonathan Ramasamy s’en tient au poste d’Oil Operator, qu’il obtient d’ailleurs. Son rôle est de traiter de toutes les opérations des bateaux et des produits pour l’acheminement du pétrole entre les raffineries et les commanditaires de l’océan Indien – soit Maurice, les Seychelles, Madagascar entre autres –, de s’occuper de toutes les formalités de douane et de gérer les stocks. Un de ses clients est d’ailleurs la STC. «C’est là que j’ai découvert le monde du trading du pétrole qui est très dynamique et sensible car tu n’as pas droit à l’erreur.»

Il se frotte au propriétaire de Galana Petroleum, Iqbal Rahim, basé à Dubaï, où il se rend souvent, et celui-ci lui prédit qu’il sera un jour un General Manager. Jonathan Ramasamy est loin de se douter qu’Iqbal Rahim a vu juste. Il a parfois dix pétroliers à gérer mensuellement avec toutes les complications qui peuvent surgir à des heures indues parfois. «Je prenais tout à coeur comme si que c’était ma boîte et je faisais en sorte qu’elle marche. De toutes les façons, ma philosophie est qu’il faut qu’il y ait une win-win situation ou à défaut une lose-win situation car si je suis d’accord de perdre, je ne conçois pas que mon partenaire perde.»

Il se plie aux exigences de ses fournisseurs, y compris celles de la STC de Maurice, car «je suis très patriote. Je veux que la boîte qui m’emploie gagne mais aussi Maurice». Au bout de deux ans, Galana Petroleum le nomme Trainee Trader et là, il s’embarque dans les négociations pures et dures et voyage énormément dans les pays du Golf, ceux des Émirats arabes unis, en Afrique de l’Est, dans les pays de l’océan Indien.

En 2006, Galana Petroleum l’appelle à Dubaï et il est nommé Trading Manager. Lui et son équipe font tous les deals pour la boîte. Là encore, c’est énormément de déplacements vers les pays de l’océan Indien, l’Afrique de l’Est, Singapour. Jonathan Ramasamy apprend ainsi à se familiariser au monde pétrolier. Une fois qu’on est familier à ce monde, précise-t-il, tout se joue sur le relationnel surtout. «Le pétrole est un domaine où l’on peut conclure un deal de 30 millions de dollars américains par téléphone en raison des relations que l’on a tissées et, ensuite, obtenir les documents y relatifs. Ces contrats se jouent beaucoup sur les contacts, sur la connaissance de quelle boîte obtient quel contrat et à quel moment.»

Sa famille et surtout l’amour de sa vie, Reena, qu’il épouse par la suite, lui manquent. Il croit son rêve de retour possible lorsqu’un étranger qui est dans le domaine pétrolier lui propose d’ouvrir une société à Maurice. Il revient au pays, mais son futur employeur se ravise et modifie ses plans. Jonathan Ramasamy se retrouve dans la panade, surtout qu’il a pris des engagements financiers sous forme d’emprunts à rembourser, l’un pour terminer sa maison à Trianon et l’autre pour l’achat d’un appartement à Dubaï.

Il épouse Reena en 2010 et celle-ci lui donne des jumelles, Kyarah et Ketsya, qui ont aujourd’hui huit ans. Ses obligations financières l’obligent à repartir avec sa famille à Dubaï et à prendre de l’emploi comme Trader pour la State Oil Company d’Azerbaijan et sa zone de responsabilité est l’océan Indien et l’Afrique de l’Est. À force de voyager et de négocier, il finit par se lasser et a le mal du pays. En 2013, Megh Pillay, qui est alors directeur de la STC, le recrute après un appel à candidatures en tant que consultant ponctuel, vu sa longue expérience du monde pétrolier et des produits en découlant. Un contrat reconduit par les successeurs de Megh Pillay.

Jonathan Ramasamy regagne Maurice en décembre 2015 et essaie de monter une boîte avec un ami. Mais celle-ci ne décolle pas comme il l’espère. C’est le coeur gros qu’il doit reprendre un emploi à Dubaï, cette fois comme Trading Manager pour l’ALSAA Petroleum, compagnie familiale très conviviale. Dans son contrat, il demande à pouvoir revenir à Maurice pour une dizaine de jours par mois. «Dès que j’ai terminé le remboursement de mes emprunts, j’ai décidé de regagner Maurice», relate-t-il.

Il planifie son avenir et se dit qu’au lieu de faire du Physical Petrol Trading qui demande à ce qu’il soit sur place à Dubaï, il peut proposer ses services en tant que Paper Trader à partir de Maurice et effectuer l’analyse des produits pétroliers et de toutes les commodités sur les marchés boursiers internationaux. Une société pétrolière à Dubaï accepte ses conditions.

Il aurait continué à agir comme PaperTrader pour le compte de cette compagnie s’il n’avait pas été contacté deux semaines après les élections générales par le secrétaire permanent du ministère du Commerce et de la protection des consommateurs avec une proposition d’emploi en tant que General Manager de la STC.

«Au début, j’ai hésité. Mais après, je me suis dit pourquoi pas car je connaissais la STC et j’ai estimé que je pouvais continuer le bon travail commencé. Je suis convaincu que la STC a un rôle encore plus important à jouer.» Cela ne le dérange pas d’être considéré comme un nominé politique. «Je suis en train de faire mon boulot. Étant patriote, je veux aider Maurice à progresser. Avec la bonne équipe en place, on peut y arriver.»

La seule chose qui lui manque de Dubaï, dit ce grand amateur de courses de vitesse, de gym, de photographie et de jardinage pour le déstresser, est son coiffeur…

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