Vassen Kauppaymuthoo: «Une masse d’eau chaude océanique menace notre région»

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Vassen Kauppaymuthoo, océanographe et ingénieur en environnement.

Vassen Kauppaymuthoo, océanographe et ingénieur en environnement.

Quand on parle de phénomène climatique centré sur l’océan Indien, comment Maurice est-il concerné ? 
Les scientifiques reconnaissent aujourd’hui les impacts majeurs des conditions océaniques sur le climat notamment l’Indian Ocean Dipole. Ce dernier se caractérise par une stratification des couches supérieures de l’océan, avec la formation d’une masse d’eau chaude qui est concentrée sur une zone de l’océan Indien. Comme l’indique la carte climatique du 28 novembre, notre région, et le Sud-Ouest de l’océan Indien en particulier, présente des anomalies positives importantes (eau plus chaude couleur orange) alors que la partie est de l’océan Indien présente des anomalies négatives (eau plus froide couleur bleue). Maurice est donc directement concerné par ce phénomène qui influence la température de l’eau de mer en surface dans notre région.

Pouvez-vous expliquer ce phénomène ainsi que l’impact qu’il peut avoir sur Maurice ? 
Quand le dipôle est positif, ce qui est le cas actuellement, la masse d’eau chaude se trouve dans notre région, ce qui entraîne une évaporation importante et cause des pluies diluviennes en Afrique et dans notre région, un vent général vers l’ouest et une remontée d’eau froide dans la zone est de l’océan Indien. On doit ainsi s’attendre à beaucoup d’évaporation, donc d’humidité dans notre atmosphère, avec des pluies importantes, et éventuellement des cyclones plus puissants et plus fréquents cette année.

Pouvez-vous citer quelques exemples pour démontrer cette théorie ? 
En effet, on peut déjà constater les déluges importants en Afrique de l’Est au Kenya, en Tanzanie, en Somalie, au Soudan du Sud et en Éthiopie qui ont causé des glissements de terrain importants et cause la mort de plus de 52 personnes. Ce phénomène est appelé à s’accentuer et à affecter notre pays dans les jours et semaines à venir avec très probablement des phénomènes cycloniques plus puissants, des pluies torrentielles et des inondations.

Ce phénomène a-t-il un rapport avec le réchauffement climatique, selon vous ? Le réchauffement climatique lié aux activités humaines a introduit dans l’atmosphère une quantité importante de chaleur qui s’est accumulée dans l’eau des océans mais aussi dans l’humidité de l’air. Ce phénomène ajoute ainsi de l’énergie dans l’atmosphère, ce qui exacerbe les phénomènes climatiques, donc la force des cyclones, et cause la formation de pluies torrentielles.

Le fait que les océans aient accumulé autant d’énergie a tendance à augmenter la force des dipôles océaniques (les différences de température entre les zones des océans) ainsi que la formation de vastes zones d’eau chaude qui se déplacent avec les courants et les vents et qui sont comparables aux canicules de température que l’on connaît au niveau de l’atmosphère. Le changement climatique peut ainsi influencer la formation de ces dipôles et exacerber ces phénomènes océaniques et climatiques : le changement climatique déstabilise les systèmes globaux océaniques et atmosphériques.

Nous sommes en décembre et on sait qu’en cette période (décembre à mars) des pluies dévastatrices causent des inondations. La situation va-t-elle s’aggraver ? 
Je pense que la masse d’eau chaude océanique qui est dans notre région et qui est comparable à une canicule va amener beaucoup d’humidité, d’évaporations et ainsi des pluies torrentielles dans les semaines à venir. Je pense aussi que cette masse d’eau chaude va être propice à la formation de phénomènes cycloniques puissants dans notre région. Cependant, je pense que les jours à venir représenteront un challenge pour notre pays par rapport aux impacts du changement climatique qui ne pourront qu’augmenter avec le temps.

Maurice est-il prêt pour affronter ce phénomène ? 
Maurice est en train de construire sa résilience par rapport au changement climatique, et des études ont été effectuées par le ministère de l’Environnement avec beaucoup d’engagement de la part de toutes les parties prenantes, y compris la Climate Change Division et le ICZM Division du ministère, le secteur privé et les ONG. Cependant, le temps presse, et je pense qu’il faudra donner l’importance et les priorités qui se doivent par rapport aux mesures à prendre pour faire face à ce défi pour nous permettre de continuer à progresser.

Un phénomène climatique influence la température de l’eau de mer en surface dans notre région.

Qu’en est-il de mettre en place des projets concrets ? 
Pour cela, des moyens financiers très importants devront être mis en place pour conscientiser, éduquer, former, et faire fonctionner le centre de coordination et de réponse par rapport aux catastrophes naturelles, renforcer notre système de drains, revoir nos constructions qui n’ont passé le test cyclonique depuis le cyclone Dina en 2002, mais aussi protéger notre environnement qui agit naturellement comme barrière protectrice contre les désastres naturels à travers les arbres, les récifs, les zones humides (wetlands) afin que nous puissions affronter, en tant que nation, sereinement et efficacement, les défis posés par le changement climatique et ses effets. Maurice se situe comme le dixième pays le plus exposé aux catastrophes naturelles et il faudra être prêt quand le moment viendra.

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