Bonus et hausse des pensions font grimper la masse monétaire à Rs 43 Mds

Avec le soutien de
La masse monétaire en circulation s’élevait à Rs 39,3 milliards en décembre 2018.

La masse monétaire en circulation s’élevait à Rs 39,3 milliards en décembre 2018.

Il fallait s’y attendre. Le mois de décembre est toujours synonyme de consommation. Et qui dit consommation, dit circulation effrénée d’argent. Résultat des courses : l’explosion inévitable de la masse monétaire. Celle de ce mois est estimée à Rs 43 milliards par la Banque de Maurice (BoM).

Les observateurs économiques et autres économistes attribuent cette hausse à des facteurs conjoncturels dus au gonflement de la masse salariale en raison du paiement du 13e mois aux salariés du public et du privé. Comme celui-ci est couplé à différents bonus, une masse d’argent entre dans le circuit comme vecteur des transactions commerciales de fin d’année des principaux secteurs économiques. «Pour le mois de décembre, il faut compter additionnellement entre 2 et Rs 3 milliards. Sauf que cette année, il y a eu l’augmentation de la pension de vieillesse», affirme Azad Jeetun, économiste et ex-directeur de la défunte MEF.

En fait, la révision à la hausse de la pension de vieillesse à Rs 9 000 et le double paiement (13e mois) à partir du 2 décembre ont entraîné une injection de Rs 1,5 milliard sur le marché. En décembre 2018, la masse monétaire en circulation s’élevait à Rs 39,3 milliards. Le chiffre est retombé en 2019 pour passer à Rs 35,8 milliards en septembre et octobre derniers.

«On peut compter sur les doigts d’une main ceux qui vont s’aventurer dans la voie de l’épargne.»

Faut-il pour autant craindre des risques inflationnistes avec une telle masse monétaire en circulation ? Les dirigeants des associations des consommateurs craignent une flambée des prix de la part des commerçants. Ceux-ci profitant du pouvoir d’achat élevé des salariés et des personnes du troisième âge. Avec notamment l’introduction du salaire minimum, le paiement du 13e mois et la révision à la hausse de la pension de vieillesse. Ce qui est venu du coup alimenter le taux d’inflation qui, à 0,5 %, ne représente aucune menace pour la stabilité de prix sur les court et moyen termes.

La BoM a-t-elle pris en considération les largesses des consommateurs en cette période de fêtes pour augmenter le taux d’inflation à 1,5 % en 2020 ? Oui et non, rétorquent les spécialistes qui soutiennent que la hausse de l’inflation est peut-être attribuée aux importations dont certains items qui ont connu des majorations ces derniers mois sur le marché mondial. «De toute façon à 1,5 %, le taux d’inflation est négligeable comparé à 3,5 % en 2017 et 3,8 % en 2018. Il est toujours dans un seuil contrôlable», affirme un observateur économique.

Comme chaque année, l’injection d’une masse monétaire de cet ordre force les opérateurs financiers à proposer des plans d’épargne, les uns plus rémunérateurs que les autres afin de réduire l’excédent de liquidités sur le marché monétaire. «Il y a fort à parier que tous ces plans n’inciteraient pas les familles mauriciennes à épargner, compte tenu du taux d’intérêt historiquement bas fixé à moins de 2 % ou même plus. On peut compter sur les doigts d’une main ceux qui vont s’aventurer dans cette voie. Il y a certains qui sont conservateurs et qui opteront comme d’habitude pour des dépôts fixes», insiste Azad Jeetun.

Du coup, c’est la consommation qui sera privilégiée par de nombreuses familles qui profiteront de ce mois pour se payer quelques largesses. En attendant des lendemains difficiles…

«Les prix auront tendance à augmenter…»

Jayen Chellum, secrétaire général de l’Association des consommateurs de l’île Maurice, est d’avis qu’en cette période de fin d’année, avec l’effet inflationniste, souvent les prix des produits ne sont pas contrôlés. Par conséquent, les commerçants sont libres d’imposer leurs prix à eux.

Un avis partagé par Mosadeq Sahebdin, président de la Consumer Advocacy Platform. D’après lui, il existe une possibilité que des commerçants profitent du nouveau pouvoir d’achat des consommateurs pour gonfler les prix des articles artificiellement. «Sans jouer les devins, il est fort probable que certains produits verront leur prix augmenter dans la seconde quinzaine de décembre, la frénésie d’achat aidant», soutient-il.

En effet, que ce soit au ni- veau de l’alimentation, du textile ou encore de l’électroménager, les acheteurs risquent de débourser un peu plus que d’habitude pendant le mois de décembre. Jayen Chellum fait également ressortir que les prix fixés dépendent du taux de change, notamment du dollar. «Si le dollar s’apprécie, la roupie perdra alors de sa valeur. Donc, le coût d’importation prendra l’ascenseur et aura un effet sur le prix de vente.» En d’autres mots, les grands importateurs pourraient aussi changer la donne.

Afin de contrôler leurs dépenses, il est donc recommandé aux Mauriciens d’élaborer un budget de fin d’année et de le respecter. Cet exercice est impératif pour ne pas succomber aux tentations d’acheter de façon compulsive. Ou encore, pour ne pas céder à des «offres promotionnelles bidon». Comme présenter un produit à Rs 500, contre un prix initial de Rs 1 000, alors que cela n’a jamais été le cas.

Quant à Raj Appadu, président du Front commun des petits commerçants, il soutient que seuls les «commerçants malhonnêtes» choisiront d’augmenter leurs prix. D’ajouter que ceux qui sont dûment enregistrés ne peuvent avoir recours à de telles pratiques. «Les consommateurs qui achètent à des marchands sans permis le font à leurs propres risques», souligne-t-il.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires