Journée internationale: VIH, la discrimination a la dent dure

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Des ONG, à l’instar de PILS, étaient présentes au Caudan le samedi 30 novebre pour des tests de dépistage.

Des ONG, à l’instar de PILS, étaient présentes au Caudan le samedi 30 novebre pour des tests de dépistage.

De janvier à juin 2019, 196 nouveaux cas de contamination au VIH ont été enregistrés. En dépit des traitements et préventions, ceux atteints du virus continuent à subir des préjudices. Comment Maurice gère-t-elle cette situation ? Explications à l’occasion de la Journée Internationale de la lutte contre le sida, célébrée le samedi 30 novembre.

«L’épidémie est concentrée sur les usagers de drogue. Du coup, ces derniers sont doublement stigmatisés. On leur dit toujours qu’ils méritent leur maladie ou encore qu’on ne leur a pas dit d’aller se droguer», confie Brigitte Michel, coordinatrice de l’association Aide, Infos, Liberté, Espoir et Solidarité (AILES). Cette discrimination existe non seulement dans le cadre du traitement mais touche aussi la prévention. Par exemple, dans les hôpitaux, l’attitude qu’adopteraient certains infirmiers découragerait les personnes séropositives : «Le regard, les gestuels, entre autres signes, sont discriminants. Et même lorsque les patients sont admis, souvent le personnel fait usage de la force pour les immobiliser. On a des photos où ils portent même des bleus. Ce n’est pas normal

Pourtant, insiste Rachèle Bhoyroo, chargée de communication de Prévention Information et Lutte contre le Sida (PILS), plusieurs lignes de traitements antirétroviraux sont disponibles dans les centres de santé publics. «Grâce à ces médicaments de dernière génération, les patients peuvent prendre 2 à 5 comprimés par jour, selon les cas. Une personne adhérant à son traitement et qui le suit régulièrement peut avoir une charge virale indétectable, c’est-à-dire le taux de virus dans le sang.»

En dépit de ces avancées, la stigmatisation continue à faire partie du quotidien des séropositifs: «Dès le dépistage, la façon d’agir du personnel hospitalier fait que le patient ne viendra jamais récupérer ses résultats et encore moins suivre un traitement», constate Brigitte Michel. D’ailleurs, estime le Dr. Catherine Gaud, présidente du Comité de coordination régionale de la lutte contre les infections sexuellement transmissibles et le VIH (COREVIH) océan Indien, il y aurait plus de 1 500 perdus de vue, soit des personnes séropositives qui choisissent de ne plus se faire soigner. Cela, sans doute à cause de la stigmatisation et la discrimination. «Elles vont évoluer dans la maladie et ce sera dramatique».

L’île Maurice assure

La prévention n’est pas en reste. Ainsi, parmi les plus vulnérables se trouvent les travailleuses du sexe. «Les clients ne veulent pas porter de préservatifs. Cette méthode est encore taboue», indique Brigitte Michel. Toutefois, sur le plan régional, Maurice semble assurer. «L’île est plus avancée sur la prévention, le traitement, la prise en charge et le dépistage. Les Seychelles font face à d’énormes problèmes de drogue par voie intraveineuse. 6 % de la population est dans ce cas de figure et 38 % des personnes détectées n’adhèrent pas aux traitements», souligne Rachèle Bhoyroo.

Selon PILS, à Madagascar, 35 000 personnes sont contaminées à ce jour dont 4 882 qui connaissent leur statut sérologique. 15 % sont ainsi en traitement. «Mais contrairement à La Réunion, nous avons encore de gros progrès pour une meilleure prise en charge». Un fait confirmé par le Dr Catherine Gaud. «Le top c’est La Réunion. C’est exactement comme si on était à Paris, avec des accès à des tests sophistiqués et coûteux», indique-t-elle. D’ajouter que Maurice et les Seychelles sont sans doute sur un pied d’égalité et s’en sortent mieux car tous les patients dépistés ont accès à des médecins formés et à des traitements performants.

«Toutefois, à Madagascar, cela ne se passe pas très bien. Uniquement 10 % des personnes séropositives savent qu’elles sont contaminées. Quand elles sont à Tana, elles sont bien traitées mais ailleurs, elles n’ont pas accès à des soins appropriés». Quant aux Comores, la gestion «se passe bien» comme le pays ne compterait que 60 séropositifs. À Maurice, en revanche, il y en a 5 000.

Face à ces difficultés, les organisations impliquées dans la lutte contre le sida redoublent d’efforts. PILS a défini une nouvelle stratégie pour 2019 à 2021 pour réduire les risques de nouvelles contaminations, axée sur l’importance des communautés dans cette optique. Pour Brigitte Michel, une meilleure formation du personnel soignant et des spécialistes des infections opportunistes est plus que nécessaire.

En chiffres

196 nouvelles contaminations ont été détectées de janvier à juin 2019. Selon l’association Prévention Information et Lutte contre le Sida (PILS), ces détails émanant du ministère de la Santé sont inquiétants. En 2018, ce même chiffre était de 382. Par contre, en 2017, 368 nouvelles détections ont été effectives contre 319 en 2016 et 262 en 2015. Par ailleurs, 155 personnes sont mortes du sida l’année dernière. En 2017 et 2016, le nombre de décès était de 124. En 2015, 105 décès ont été enregistrés contre 21 en 2005 selon le rapport des Health Statistics.

Catherine Gaud: «Se dépister, c’est se sauver la vie» 

Catherine Gaud, présidente du Comité de coordination régionale de la lutte contre les infections sexuellement transmissibles et le VIH (COREVIH) océan Indien.

Comment les traitements ont-ils évolué à Maurice ?
Les premiers traitements consistaient d’environ 16 comprimés à prendre par jour. Il fallait les avaler toutes les 4 heures. À présent, on est passé à 4 - 5 comprimés par jour. Aujourd’hui, c’est entre 1 à 3. Ils sont plus puissants que les comprimés précédents, avec moins d’effets secondaires comme la diarrhée, les vomissements, troubles neurologiques, psychiatriquesentre autres. Maintenant il n’y a pratiquement plus d’effets secondaires.

Quels sont les problèmes y relatifs?
Globalement, on a tous les soins à Maurice et du moment qu’on les suit, tout va bien. En revanche, le problème est l’accès aux traitements. Déjà, il faut se faire dépister. Beaucoup de patients le font très tardivement à Maurice.

Et ce, en dépit de toutes les informations sur le VIH ?
Certains en sont conscients et d’autres non. Parmi les personnes précaires : les usagers de drogues, ceux qui vivent dans la rue, qui s’adonnent à la prostitution ou qui connaissent une situation sociale très difficile. Il n’y a pas de recours facile au dépistage, soit quand les gens n’en ont pas connaissance ou n’y voient pas d’intérêt. Ces personnes pensent que leur vie est déjà gâchée et que cela fait partie de la fatalité. Donc, pourquoi se faire dépister pour poursuivre la vie qu’ils détestent ? Pourtant, se dépister: c’est se sauver la vie. Le VIH est une maladie infectieuse mais aussi sociale et sociétale. Son traitement va bien au-delà des médicaments. Pour bien se traiter, il faut avoir un toit, de quoi manger et ne pas être seul.

Et les autres difficultés ?
La difficulté, c’est de rester dans le soin. D’avoir des consultations et des examens régulièrement. Mais cet aspect connaît une amélioration. Maurice a fait des efforts pour décentraliser les consultations. Auparavant, tout était concentré à Port-Louis alors que maintenant il est possible de se faire traiter dans plusieurs hôpitaux, dispensaires, etc. Cela permet à plus de gens d’aller vers les soins. En sachant que certains connus dans leur localité préféreront aller dans une autre région pour rester anonyme dans la salle d’attente. Ils ont cette liber- té. L’autre problème est le manque de services spécialisés dans les hôpitaux. Il faut être spécialisé et formé pour prendre en charge des personnes très malades dont la vie est en jeu. À Maurice, malheureusement, ce n’est pas encore le cas. Le gouvernement est d’accord pour qu’on y travaille et a pris des mesures qui seront bientôt mises en place pour améliorer ce point crucial, qui est encore une grosse problématique.

Quelle est l’efficacité de la Prophylaxie Pré-Exposition (PrEP), le nouveau traitement préventif ?
Elle est très efficace et est réservée aux gens à risque, par exemple ceux qui comptent des partenaires multiples. À Maurice, une quarantaine de personnes sont sous PrEP. La posologie est un comprimé par jour avec deux antirétroviraux, très diffusé dans le monde. Des millions de personnes la prennent. Le VIH est une maladie contaminante et non contagieuse. Tous les gens traités ne sont plus des sources de contamination. Leurs partenaires ne sont plus contaminés non plus. Dans des villes telles que Paris, San Francisco, New York et dans des pays d’Afrique tels que le Burundi, le nombre de nouvelles contaminations a chuté considérablement.

À quand d’autres nouveaux traitements ?
Des essais pour des médicaments préventifs sont en cours, notamment des antirétroviraux injectables. On pourrait faire une injection mensuelle ou tous les trois mois et de ne plus prendre de médicament par voie buccale. Mais ça, c’est pour l’avenir.

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