Devant 13 cercueils de retour du Mali, la France en deuil

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Un soldat français devant les cercueils des 13 militaires de la Force Barkahne morts dans un accident d'hélicoptère, à Gao (Mali), le 27 novembre 2019 (photo du Sirpa, Service d'information et de relations publiques des armées).

Un soldat français devant les cercueils des 13 militaires de la Force Barkahne morts dans un accident d'hélicoptère, à Gao (Mali), le 27 novembre 2019 (photo du Sirpa, Service d'information et de relations publiques des armées).

Treize cercueils drapés de bleu-blanc-rouge: la France est confrontée lundi à une funeste image de son engagement au Sahel, à l’occasion d’un hommage national aux soldats morts il y a une semaine jour pour jour au Mali.

Des centaines de personnes se pressaient sur le pont Alexandre III, à Paris, pour assister au passage des 13 corps, en route vers l’Hôtel des Invalides, où Emmanuel Macron doit présider à partir de 15h00 locales une cérémonie.

Militaires, anciens combattants avec leur drapeau, gendarmes, sapeurs-pompiers mais aussi anonymes se pressaient de chaque côté du pont, par un temps froid et sec et un soleil radieux, en attendant le défilé des dépouilles des treize militaires tués dans la collision de deux hélicoptères lors d’une opération de combat, dans le nord-est du Mali, et dont les corps ont été rapatriés dimanche.

Margot Louvet, 23 ans, venue de Gap (sud-est), arbore sur son tee-shirt la photo officielle, sur fond bleu blanc rouge, de son meilleur ami décédé, Antoine Serre, 22 ans, du régiment de chasseurs de la ville.

«C’était une perle, le plus gentil, le plus généreux», déclare-t-elle à l’AFP en réprimant des sanglots. «Être ici, c’est une façon de faire le deuil, de réaliser qu’il ne rentrera pas».

Ce lourd bilan humain a fait l’effet d’un électrochoc en France, dont l’armée n’avait pas subi de telles pertes depuis l’attentat contre le QG français Drakkar à Beyrouth en 1983, qui avait fait 58 morts.

Leur mort a également relancé les questions autour de l’engagement français au Sahel, où la situation sécuritaire ne cesse de s’aggraver, même si seul le parti de gauche radicale La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon réclame ouvertement le retour des troupes.

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta assistera aux côtés du gouvernement français et des familles des soldats à cet hommage organisé dans la cour d’honneur de l’Hôtel des Invalides, à Paris, qui accueille depuis le XVIIe siècle vétérans et blessés de guerre et abrite le tombeau de Napoléon.

Eloge funèbre

Le président Macron prononcera un éloge funèbre avant de remettre la Légion d’honneur, à titre posthume, à chacun de ces 13 soldats «morts pour la France», devant quelque 2.500 personnes, dignitaires comme anonymes. Un écran géant retransmettra l’hommage sur l’esplanade.

Leurs hélicoptères sont entrés en collision alors qu’ils appuyaient des commandos parachutistes qui avaient repéré des pick-up suspects dans la zone frontalière avec le Niger et le Burkina Faso, une région servant de repaire à des groupes jihadistes affiliés à l’Etat islamique (EI) ou Al-Qaïda. Aucun des occupants n’a survécu.

Les 13 soldats tués, tous officiers et sous-officiers, servaient au 5e régiment d’hélicoptères de combat (5e RHC), au 4e régiment de chasseurs (4e RCH), au 93e régiment d’artillerie de montagne (93e RAM) et à la Légion étrangère.

L’opération française Barkhane mobilise 4.500 hommes dans la bande sahélo-saharienne, une étendue vaste comme l’Europe, pour lutter contre les groupes armés. Mais, après six ans de présence ininterrompue, et 41 morts côté français, l’horizon est de plus en plus plombé.

Les violences jihadistes persistent dans le nord du Mali et se sont propagées au centre du pays ainsi qu’au Burkina et au Niger voisins. Les pertes sont de plus en plus lourdes pour les armées locales, débordées.

Réexamen de la stratégie

Emmanuel Macron a annoncé jeudi vouloir réexaminer la stratégie des forces antijihadistes françaises au Sahel, dans un contexte sécuritaire explosif, et appelé les Européens à s’engager plus à leur côté.

«Le contexte que nous sommes en train de vivre au Sahel nous conduit aujourd’hui à regarder toutes les options stratégiques», a lancé le chef de l’Etat.

Le combat de la France au Sahel «relève du temps long», a fait valoir dimanche la ministre des Armées Florence Parly dans un entretien au Journal du Dimanche. Mais responsables et experts conviennent qu’il n’y aura pas d’issue à ce conflit par la seule force des armes et sans action politique, alors que se propagent le jihadisme et les violences qui ont déjà fait des milliers de morts.

De son côté, le président malien a appelé samedi ses compatriotes à ne pas «mordre la main» de ceux qui leur viennent en aide, dont la France, face aux expressions d’hostilité à la présence de forces étrangères dans le pays.

A la veille de l’hommage, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner et son secrétaire d’Etat Laurent Nuñez ont salué «trois héros du quotidien qui ont donné leur vie pour protéger les Français».

En France, une polémique a par ailleurs éclaté après la publication par l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo de dessins parodiques sur leur mort. Les croquis ont suscité la «profonde indignation» du chef d’état-major de l’armée de Terre française, Thierry Burkhard.

Le directeur de Charlie Hebdo, Riss, lui-même blessé en janvier 2015 lors de l’attentat contre son journal, a défendu «l’esprit satirique» de l’hebdomadaire tout en reconnaissant «l’importance du travail (des) soldats français pour lutter contre le terrorisme».

Dans la nuit de dimanche à lundi, trois membres d’une équipe de la Sécurité civile partie au secours des habitants touchés par les intempéries sur la Côte d’Azur ont eux aussi trouvé la mort dans un accident d’hélicoptère près de Marseille.

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