Vashil Jasgray: «Plusieurs ONG travaillent pour le bien de Rivière Noire»

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Vashil Jasgray, Project Manager au sein du Kolektif Rivier Nwar.

Vashil Jasgray, Project Manager au sein du Kolektif Rivier Nwar.

Comment mesurez-vous la pauvreté dans le village de Rivière Noire ? 
Le village de Rivière Noire a une histoire d’esclaves et a toujours été marginalisé. Dans les années 90, le tourisme s’est développé mais les habitants du village ont été délaissés. Le catchment area du Kolektif Rivier Nwar (KRN) s’étend de Tamarin à Case Noyale et compte 11 zones de pauvreté dans une région où il n’y a que cinq villages, à savoir Case Noyale, Les Salines, Tamarin, Rivière Noire et le début du Morne. C’est ce qui ressort d’un rapport sur le logement, commandité par le KRN à Maya de Salle-Essoo.

Dans ce rapport, la consultante a également noté qu’il y a 636 familles qui rencontrent des problèmes d’habitations et qui doivent être relogées.

Le taux de réussite à l’examen du Primary School Achievement Certificate (PSAC) stagne à 42 % depuis cinq ans. Les élèves de Rivière Noire ne sont pas en mesure d’intégrer le système éducatif en raison de leur situation familiale. Ils quittent l’école très tôt et commencent à travailler ou finissent comme enfants de rue. Plusieurs d’entre eux tombent dans la drogue et d’autres fléaux.

Quelle est la raison de cette pauvreté ? 
Le village de Rivière Noire a toujours été marginalisé et le développement n’a pas gagné les poches de pauvreté. Il y a plusieurs raisons à cela. La première raison est historique et seuls les esclaves colonisaient à l’époque la région occidentale. Cependant, le développement touristique en cours dans la région n’a été qu’un développement en surface et non un développement interne car les familles pauvres et leurs habitations sont restées les mêmes. Il y a des maisons qui sont surpeuplées et c’est dû au prix des terres, qui a flambé. Cette situation ne permet pas à ces familles d’acheter un terrain et d’y faire construire leur propre maison. Les enfants ne sont pas en mesure d’étudier correctement ou n’ont pas la possibilité de poursuivre leurs études. Ceux qui n’ont pas réussi leur éducation essaient de trouver un travail à la mer. Comme les possibilités d’emploi ne sont pas nombreuses dans la région, les habitants gagnent leur vie en pratiquant des activités touristiques et de pêche, ce qui les empêche de migrer vers une autre région.

La drogue gagne toujours du terrain auprès des jeunes et il y a un nombre important de grossesses adolescentes car les filles n’ont personne pour s’occuper d’elles. Toutes ces raisons font que le cercle vicieux de la pauvreté est maintenu et empêche les habitants du village de s’en libérer. La mentalité patriarcale est toujours très présente. Les femmes ne sont pas autorisées à prendre des décisions et sont victimes de violence domestique.

Y a-t-il des points positifs ? 
Il en existe. Les belles plages, les paysages et les attractions touristiques sont un atout majeur. Beaucoup de gens gagnent leur vie grâce aux activités touristiques et beaucoup de gens travaillent avec les jeunes. Il y a beaucoup d’artistes à la culture atypique et beaucoup d’athlètes professionnels dans la région. De nombreuses organisations non gouvernementales travaillent pour le bien du village. Elles et KRN ont le même objectif qui est de responsabiliser les habitants de la région.

Quels sont les projets que vous avez réalisés ? 
Nous avons quatre pro- jets en cours. À commencer par le programme d’aide à l’entreprenariat féminin (WEAP). Ce projet consiste à former des femmes pour qu’elles deviennent entrepreneures. Nous avons actuellement 24 femmes en formation. Il y a également un projet de développement communautaire à Les Salines. Nous travaillons avec des enfants et un éducateur leur donne des cours de rattrapage, nous proposons un ergothérapeute, un psychologue pour les personnes âgées et les enfants, un orthophoniste et un coach sportif qui travaille avec des jeunes. Toutes ces activités ont lieu dans un conteneur remis à neuf à Les Salines.

Le troisième projet c’est Musik Dan La Po et on apprend aux enfants à jouer des instruments tels que le ravanne et la maravanne. Ils apprennent maintenant la théorie de la musique et participent à divers concours. Les professeurs de musique donnent aux enfants les outils nécessaires pour qu’ils composent des chansons et conçoivent des chorégraphies.

Le quatrième projet est un atelier d’écriture et de lecture (soutien à l’éducation spéciale pour les élèves vulnérables), pour les enfants, qui ne peuvent pas être intégrés au niveau éducatif et ont besoin d’apprendre différemment.

Quels sont les futurs plans de KRN ? 
Nous avons mis sur pied un atelier de créativité. Ce projet va générer des revenus car un professeur va enseigner aux enfants comment fabriquer la ravanne et un professeur d’art leur apprendra des techniques de peinture sur ravannes. Celles-ci seront mises en vente aux touristes de passage alors que d’autres étrangers pourraient commander leurs ravannes sur mesure.

Bio Express 

Vashil Jasgray a rejoint le Kolektif Rivier Nwar depuis le mois d’avril en tant que responsable de projets. Il s’occupe également de l’administration. Avant cela, il a travaillé pendant cinq ans à la National Empowerment Foundation en tant que travailleur social, superviseur de cas et chargé de projets communautaires. Après quoi, il a été coordonnateur de programme au Conseil national des Femmes pendant un an. Il a ensuite eu une exposition régionale pendant six mois au sein de l’organisation Unité pour le développement à Masvingo, au Zimbabwe. Il a aussi agi comme chef de projets au sein du Mauritius Council for Social Service et a été actif en tant que responsable à T1 Diams.

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