Léa Cavelier, «Quand il y a des sentiers avec des racines et des pierres sur lesquelles s’appuyer…»

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Léa Cavelier, spécialiste des trails longs.

Léa Cavelier, spécialiste des trails longs.

Depuis sa première participation à un trail à Maurice, à l’occasion du Moka Trail 2018, Léa Cavelier s’est imposée comme la locomotive dans le format long. Elle a enchaîné course après course, victoire après victoire, comme on enfile des perles sur un fil à crocheter. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, elle n’avait jamais pris part à un trail avant son escale mauricienne. Rencontre avec une force tranquille qui se dirige vers le sacre dans la Ligue de Trail 2019.

La communauté des trailers a découvert Léa Cavelier l’année dernière à l’occasion du Moka Trail. Et depuis vous n’avez cessé de donner le ton dans les sentiers de l’effort vert. Qui est Léa Cavelier ? 
Dans quelles circonstances avez-vous posé vos bagages à l’île Maurice ? Après presque dix ans à Paris, où j’ai suivi une formation Architecte-Ingénieure puis décroché un premier poste, j’avais envie de changer d’air, de retrouver un cadre de vie plus sain et fuir la fameuse routine métro-boulot-dodo qui est un véritable engrenage dans cette ville.

J’ai eu cette opportunité d’un VIE (Volontariat International en Entreprise) à Maurice, chez Transinvest. Tout s’est fait très vite mais je ne regrette vraiment pas, que ce soit d’un point de vue personnel ou professionnel. J’adore mon métier : la conduite de travaux est un domaine très varié, tant sur le terrain que dans les relations humaines. Aucune journée ne se ressemble !

Faisiez-vous de la course sur route en France ? Ou de la piste ? 
J’ai toujours beaucoup aimé la course à pied, comme un moment qu’on s’accorde et duquel on ressort l’esprit et le corps plus légers. Mon terrain de jeu a longtemps été la route puis les sentiers du Bois de Vincennes dans les dernières années, un luxe à Paris. C’est là que j’ai pris goût à la course en «pleine nature», même si cela est incomparable avec Maurice.

C’est à l’île Maurice que vous avez découvert le trail ? 
Tout à fait, et je le dois notamment à Rosemary Le Gac qui m’a initiée à cette belle pratique et qui me talonne aujourd’hui. Nous avons commencé par quelques sorties dans les gorges de Rivière-Noire, qui sont rapidement devenues notre repère d’entraînement le week-end.

Je suis vraiment ravie d’avoir découvert cette pratique ici car je crois que l’atmosphère qui y règne y est toute particulière, presque familiale. Cela a été l’occasion de très belles rencontres !

Et ça a été le coup de foudre ? 
C’est une belle manière de le nommer ! Ce que j’apprécie le plus, c’est la simplicité dans laquelle se déroule cette pratique. Déjà, le cadre ; la nature qui est quelque chose qui est là, tout autour de nous, et dont malheureusement nous nous coupons beaucoup dans notre quotidien.

L’équipement, qui ne tient finalement qu’à une bonne paire de chaussures. Et l’atmosphère, les rencontres humaines sans sophistication, juste le plaisir de partager des moments sur les sentiers.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette variante de la course à pied ? 
Je trouve que le trail a un aspect beaucoup plus ludique que la course à pied, en grande partie lié à la technicité du terrain. Quoi de plus ennuyeux qu’une route asphaltée en ligne droite — et pourtant je travaille chez Transinvest — quand il y a des sentiers avec des racines et des pierres sur lesquelles s’appuyer, des branches à éviter, des rivières à traverser… Courir sur les single-tracks, c’est un vrai bonheur !

Le trail est une très belle façon d’envisager la découverte d’un pays ou d’un territoire ? 
Je pense effectivement que c’est une belle manière de partir à la rencontre de son propre environnement. Je dois avouer que je suis étonnée parfois de découvrir que certains Mauriciens ne connaissent pas le nom de leurs montagnes, qu’ils ne sont jamais allés dans les gorges ou partis faire l’ascension du Pouce. Ce sont pourtant des endroits accessibles et qui offrent des vues magnifiques sur Maurice.

Je suis contente néanmoins de voir que dans le cadre des événements organisés, il y a une déclinaison dans les courses qui permet beaucoup de participation : chacun peut trouver la distance et le rythme qui lui conviennent. C’est encourageant !

Vous connaissez l’île Maurice aujourd’hui comme votre poche si on peut dire et Rodrigues aussi un peu. Quel regard portez-vous sur cette pratique à la croissance exponentielle qui emmène de plus en plus de Mauriciens dans les sentiers, qui les sort de leur sédentarité ? Comment expliquez-vous le succès de ce sport ? 
Je pense que les deux questions sont liées. En effet, le trail a cet avantage d’allier marche et course à pied, ce qui le rend beaucoup moins appréhendable que les courses sur petites distances type cross-country où il s’agit avant tout d’une performance. Certaines personnes peuvent le prendre comme l’occasion d’une randonnée, dans des endroits inaccessibles en temps normal car sur des terrains privés. Ils sont aussi rassurés de l’aspect organisé avec le balisage, les ravitaillements, les soins en cas d’urgence. C’est un vrai boulot pour les organisateurs, que je remercie au passage, et un vrai soulagement pour les participants !

Je pense que l’engouement pour le trail est aussi dû à une progression certaine ; en pratiquant régulièrement, on dépasse rapidement des objectifs raisonnables.

Le trail est aussi une belle aventure humaine. Votre parenthèse professionnelle mauricienne aurait-elle été la même sans cette pratique sportive à dimensions multiples ? 
Je dois avouer que le trail a animé en grande partie mon expérience de Maurice. Ce fut l’occasion de faire la rencontre de nombreuses personnes qui sont aujourd’hui de véritables amis, de découvrir un microcosme où les gens restent passionnés et humbles.

«J’ai pour habitude de ne jamais courir avec de montre ou d’indication de distance ; je vis ma course aux sensations.» 

En octobre 2018, quand vous participez pour la première fois au Moka Trail, avez-vous trouvé le rythme d’emblée ? 
Cette première expérience a été une vraie surprise ; je ne m’attendais pas du tout à ce podium. J’ai appréhendé ma course sans objectif, je l’ai vécue comme une découverte, la première d’une longue série. Ce n’est qu’à la fin, dans les derniers mètres, que j’ai compris que j’étais en bonne position et j’ai vécu alors la sensation d’adrénaline à la ligne d’arrivée, sous les encouragements toujours très appréciés.

Comment avez-vous adapté vos entraînements depuis aux exigences du trail ? 
Malheureusement, j’ai un travail relativement prenant et mes horaires ne me permettent pas de m’entraîner techniquement autant que souhaité dans la semaine. Néanmoins, je varie les plaisirs entre natation, tennis, yoga et course à pied sur la plage.

Je dois avouer que je fuis pour l’instant tout ce qui est fractionné, cardio ou autres entraînements qui «mettent dans le rouge»… même s’il va sûrement falloir l’envisager.

Que vous a apporté le trail ? Avant tout, le trail relève, selon moi, d’un bon équilibre entre le mental et le physique. Il s’agit vraiment de savoir gérer le relais entre le cerveau et les jambes ; parfois on dé- connecte et celles-ci avancent toutes seules ; parfois elles ne répondent plus et il faut aller puiser l’énergie là-haut.

J’ai pour habitude de ne jamais courir avec de montre ou d’indication de distance ; je vis ma course aux sensations. Tant que je peux courir, je cours ; tant que je peux grimper, je grimpe.

J’ai aussi conscience de la chance d’avoir un corps qui répond positivement aux sollicitations et cela est un vrai cadeau.

Au-delà du trail avez-vous pris goût au défi également ? 
Ce qui est beau dans la pratique du trail, c’est qu’avant tout la compétition se fait avec soi-même. Cela génère une solidarité qu’on retrouve dans peu de pratiques individuelles et c’est quelque chose que j’apprécie. Le défi, c’est de terminer une course de X kilomètres et de se dire que la prochaine sera de X+1 puis X+2, etc.

Êtes-vous tentée par un défi tel que la Diagonale des Fous, l’UTMB ou le Trail des Templiers ? 
Forcément, la réponse est oui ! On a toujours envie de pousser ses limites pour voir ce que le corps et l’esprit sont capables de faire.

D’avoir suivi la petite équipe mauricienne cette année sur les différentes courses du Grand Raid m’a donné la curiosité de tenter l’expérience : un Bourbon avec les Sévetian pour 2020 ? Une Diagonale des Fous avec Giovanni Hope pour 2021 ? Cela serait un bel objectif, mais il va falloir s’entraîner !

Dans quelques semaines maintenant, vous serez sacrée championne de la Ligue de Trail 2019 dans le format long. Que représente ce titre pour vous ? 
Je n’aime pas trop me prononcer avant l’instant T. Comme lors de chacune des courses auxquelles je participe, je me dis que rien n’est jamais acquis avant l’arrivée. Ce qui est certain : j’en serais honorée !

Quand s’achèvera votre parenthèse professionnelle mauricienne ? 
Officiellement, ma mission s’achève fin février 2020. Officieusement, je me vois bien rester encore quelque temps à Maurice ; même si l’île ne fait que 60 km de long, je suis sûre qu’il reste encore des parcours inexplorés, des défis à relever et des rencontres à faire.

Quand vous remettrez le cap sur la France emmènerez-vous dans vos bagages la passion pour le trail et les sentiers ? 
Cela est certain ; désormais, pour choisir un point d’atterris- sage, un environnement naturel où cette pratique est possible sera un critère décisif. J’avoue que je suis curieuse de repartir appréhender les paysages et les montagnes en France à travers cette pratique, et de découvrir la communauté de traileurs à côté de laquelle j’ai pu passer avant mon arrivée ici.

En tout cas, je tiens à remercier chaque personne qui organise, accueille, participe, encourage ou immortalise, pour faire de chaque trail un moment unique et privilégié.


Portrait

De l’arrière-pays niçois aux sentiers mauriciens

Léa Cavelier, 27 ans, est d’origine française. Elle a grandi dans l’arrière-pays niçois, « une très belle région, un peu comme Maurice, entre mer et montagnes ».

Son frère et elle ont pris goût au sport – peut-être même un peu trop – grâce à une éducation reçue de leurs parents et qui accordait quasiment autant d’importance au sport qu’à la réussite dans les études. « Nous avons conservé cet équilibre dans notre vie d’adulte », confie-t-elle. 

Plus jeune, Léa Cavelier s’est essayée à différentes pratiques sportives, individuelles ou collectives, mais la course à pied a toujours été une constante. Toutefois, elle n’avait jamais fait de la compétition. Son palmarès était inexistant avant son arrivée à Maurice en 2018 dans le cadre d’un Volontariat International en Entreprise.

La deuxième ou première passion de Léa Cavelier après le sport, c’est bien manger. « Tout est une question d’équilibre ! » assure-t-elle. Elle aime aussi les temps calmes : la sieste, la lecture ou la peinture. Ils sont nécessaires pour calmer un tempérament un tant soit peu hyperactif.

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