Investissements directs étrangers: plus qu’urgent de diversifier…

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Akasha, implanté à Tamarin, fait partie de l’un des derniers projets immobiliers de luxe à Maurice, qui témoignent de l’importance du secteur sur le marché.

Akasha, implanté à Tamarin, fait partie de l’un des derniers projets immobiliers de luxe à Maurice, qui témoignent de l’importance du secteur sur le marché.

Même si ce n’est pas la seule raison, le départ forcé de François Guibert à la tête de l’Economic Development Board (EDB) ne serait pas étranger à sa stratégie de sur-dépendance des investissements directs étrangers (IDE) sur l’immobilier. Pour cause : la part des IDE dans l’immobilier représente plus de 50 % des revenus récoltés ces six dernières années, soit de 2012 à 2018. Une tendance qui perdure à la lumière des dernières statistiques de la Banque de Maurice, publiées la semaine dernière. Pour le premier semestre 2019, sur un total de Rs 10,6 milliards d’IDE engrangés, il faut compter Rs 9,5 milliards comme investissements étrangers dans l’immobilier. 

Cette situation inquiète des observateurs économiques et des spécialistes de la construction, qui s’interrogent sur l’échec de l’EDB (ex-BOI) à attirer des IDE dans des secteurs productifs, à l’instar du secteur manufacturier. De 2012 à 2018, ceux-ci ont chuté lourdement, passant de Rs 1,5 milliard en 2012 à Rs 929 millions en 2018. Même constat pour les premiers six mois de 2019. Le segment «non immobilier» n’a attiré que Rs 102 millions. Les observateurs tirent la sonnette d’alarme, arguant que ce sont des investissements non productifs et insoutenables pour l’équilibre économique du pays, notamment pour en assurer les besoins de financement. «Ce sont des investissements qui génèrent plutôt la spéculation dans ce secteur et ont des effets limités sur la croissance économique et ne créent généralement pas d’emplois productifs. De plus, ils n’agissent pas sur l’appareil productif du pays», analyse un économiste qui a voulu garder l’anonymat. D’autres spécialistes tentent de relativiser cette concentration des IDE sur l’immobilier, affirmant que celui-ci relève d’un contexte particulier lié au projet gouvernemental de l’Integrated Resorts Scheme (IRS), lancé en 2001. 

Du coup, compte tenu des concessions fiscales accordées à l’époque aux promoteurs d’IRS, le gros des investissements a été orienté vers ce créneau, alors que les autres n’ont attiré que des miettes en investissements étrangers. Entretemps, ce plan a plusieurs fois changé de nom. Cette analyse ne fait pas l’unanimité chez d’autres observateurs. «On a fait que prendre des terrains pour allouer à des promoteurs qui ont construit des villas de luxe pour ensuite les vendre à des étrangers fortunés. Cela n’a généré aucune activité car ces derniers n’habitent que quelques semaines à Maurice. Pire : ce sont des investissements spéculatifs», lâche un expert financier. 

L’EDB s’en défend, en insistant qu’à l’époque, il y avait une urgence à attirer des IDE pour permettre au pays de renouer avec une croissance suffisamment forte et durable pour créer des emplois. Dès lors, il a fallu attirer des investissements d’où qu’ils viennent. Tout en sachant que ceux dans l’immobilier rapportent moins de gains en productivité et d’expertise technique comparés aux investissements dans des opérations à forte valeur ajoutée, comme le secteur manufacturier qui souffre d’un ralentissement économique à la suite d’exportations en berne. 

Le président de l’EDB, Charles Cartier, soutient, pour sa part, que dans un contexte économique mondial incertain, les industries traditionnelles ont été impactées. «La hausse du prix des carburants, la possibilité de guerres commerciales avec les États-Unis et les problèmes découlant du Brexit ont provoqué une baisse de nos exportations traditionnelles. Cependant, le développement de nouvelles activités, notamment celles liées au port franc, est venu renverser la tendance.» 

Libéré du ressortissant français, le CEO suppléant, Ken Poonoosamy, aura-t-il les mains libres pour imposer une nouvelle orientation au plan stratégique de l’EDB, celui-ci s’assurant que les sources en IDE soient autant que possible équilibrées. Le nouveau ministre des Finances, Renganaden Padayachy, n’a pas encore défini sa vision et son ambition pour l’EDB, qui opère dorénavant sous la tutelle de son ministère. Et ce, sur la base de sa stratégie de développement économique. Du pain sur la planche… pour le nouveau Grand argentier qui est attendu au tournant.

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