Maisons traditionnelles: sauvons ce qui peut l’être !

Avec le soutien de
Le Réduit avec la «première véranda, de type classique gréco-romaine, utilisée dans les bâtiments publics». Les pergolas sont ajoutées par la suite.

Le Réduit avec la «première véranda, de type classique gréco-romaine, utilisée dans les bâtiments publics». Les pergolas sont ajoutées par la suite.

Du château du Réduit aux origines bretonnes aux maisons traditionnelles mauriciennes comme Eureka ou la Malmaison, aujourd’hui l’Hôtel de ville de Curepipe. C’est un large pan de l’architecture mauricienne qu’a déroulé Thierry de Commarmond, lors d’une conférence vendredi 22 novembre. Son message essentiel : sauvons ce qui peut encore l’être.

Remonter le temps. «De la maison bretonne à la maison traditionnelle mauricienne». Vendredi soir, l’architecte, Thierry de Commarmond était le neuvième conférencier de la série A table avec… au Labourdonnais Waterfront Hotel. 

Il a ponctué sa conférence-plaidoyer d’une phrase empruntée à la romancière Marcelle Lagesse : «ce patrimoine, le nôtre, que nous regardons sans le voir. Puissions-nous avoir le courage et la volonté de le protéger». 

Thierry de Commarmond qui pensait que le thème de sa conférence, «n’attirerait que des confrères et quelques étudiants en architecture» a constaté avec plaisir que la salle était comble. «Si ce sujet vous passionne, c’est que vous êtes partie prenante du combat pour la préservation de ce qu’il reste du patrimoine bâti de l’île Maurice». 

Avant le tout-béton 

Thierry de Commarmond situe les débuts de l’histoire de l’architecture résidentielle, avec l’arrivée des Français. Il s’est arrêté au début du XXe siècle. «L’arrivée de l’acier dans le bâtiment et l’invention du ciment Portland et du béton armé changent radicalement l’aspect et l’agencement de notre habitat.» 

Durant la colonisation, des maîtres d’œuvres, des artisans de la taille de la pierre à la charpenterie de marine viennent de Bretagne, plus particulièrement de la région de Saint-Malo. Viennent s’y ajouter explique le conférencier, des artisans libres tamouls de Pondichéry, alors comptoir français. Sans oublier les esclaves, «de simples manœuvres sur les chantiers», qui au contact des Bretons et des tamouls, apprennent plusieurs métiers. « Après l’abolition de l’esclavage, ce sont eux les ouvriers du bâtiment». 

Métiers menacés 

Des métiers tels la charpenterie et la taille de la pierre, le chaume, la ferronnerie, la verrerie «ont bien failli disparaître». Cela commence avec la période du «tout-béton» vers 1930. Avec l’essor de l’hôtellerie vers 1970, les architectes «réalisent que les touristes sont friands d’exotisme et d’histoire». Pour Thierry de Commarmond, ces métiers «ont été sauvés» par les hôtels. 

Le conférencier a rappelé le sort du château Mallac à Curepipe, transformé en Park Hotel puis démoli en 1974. «Personne n’a jamais compris les raisons de cette démolition. C’est d’autant plus incompréhensible que le groupe hôtelier à qui appartenait le Park Hotel, faisait construire en même temps, des hôtels de plage utilisant des matériaux anciens et des formes historiques». 

Caractéristiques de la maison bretonne 

Ce qui distingue l’architecture « vernaculaire » bretonne ce sont les murs en pierre, des toitures à deux ou quatre pentes, les façades à ouverture symétriques, les pignons qui comportent les conduits de cheminée. Il y a aussi des lucarnes en chien assis, qui servent à ventiler les combles et les rendre habitables. «Sur les gravures montrant les alentours de la Citadelle, on voit des quantités de maisons bretonnes. Les maisons bourgeoises n’étaient pas concentrées aux rues Saint Georges et Edith Cavell, mais aussi autour de l’Hôtel du gouvernement». À la différence qu’elles ne sont pas toutes en pierres mais en bois, avec une cour. «On entre d’abord dans la cour plantée de manguiers avant d’arriver à la maison. Au fond de la cour, il y avait un bâtiment à un seul niveau qui comprenait les logements des esclaves domestiques». 

La varangue 

Ce n’est pas une invention mauricienne, explique Thierry de Commarmond. Il fait référence aux Mascareignes, au sud-est des États-Unis et aux Antilles. «La véranda s’est inventée un peu partout, plus ou moins à la même époque. Des bâtisseurs se trouvant aux antipodes de la planète, ayant les mêmes origines, étant confrontés aux mêmes climats et aux situations socio-économiques similaires ont produit la même architecture, sans se consulter». 

La véranda, devient varangue, un mot qui vient d’un terme de marine à voile. La véranda court d’abord sur un seul côté du bâtiment. Avant de s’ouvrir, sur deux côtés, puis tout autour du bâtiment. 

La véranda existe avant les architectures coloniales, sous forme de patio espagnol, d’hacienda mexicaine ou de riad marocain. «Dans les châteaux mauriciens, la véranda s’ouvre sur un parc. Dans les cultures arabo-musulmanes et mauresques, le patio se referme. Les fenêtres permettent de voir sans être vu». La véranda à toiture plate existe déjà du temps des divers châteaux : Le Réduit, Labourdonnais, Bel Ombre etc. «À Maurice on appelle cela argamasse, du nom d’une méthode d’étanchéité». 

Maisons traditionnelles mauriciennes 

Le terme date de 1978 et la parution de l’ouvrage éponyme de Jean-Louis Pagès. «Jusque-là, on disait et certains disent toujours, maisons coloniales et maisons créoles. La différence entre maisons coloniales et maisons créoles c’est uniquement l’échelle. Les maisons créoles sont celles de la moyenne et petite bourgeoisie alors que les maisons coloniales sont celles de la haute bourgeoisie». La maison traditionnelle privilégie le bois. Seul le soubassement est en pierres. Apparition des couloirs, «qui existaient dans les écoles et les hôpitaux, mais pas dans les maisons où les pièces étaient en enfilade». 

La cuisine et les dépendances sont séparées de l’habitation. Les cuisines sont en général en pierres, «contrairement à l’habitation», à une petite distance de la maison pour éviter les risques de feu.

Parcours 

Thierry de Commarmond est né à Madagascar. Au rang des réalisations de l’architecte et urbaniste, il y a la piscine Serge Alfred à Beau-Bassin, l’hôtel Touessrok, le Casuarina, avec Mico Giraud. Il a également travaillé à la Development Works Corporation, mais aussi aux Seychelles, à Djibouti et en Côte d’Ivoire entre autres. Durant son mandat de président de l’association des architectes de l’île Maurice, Thierry de Commarmond a plaidé en faveur de la préservation du patrimoine, notamment pour la sauvegarde de l’ancien consulat de France à la rue Saint Georges à Port-Louis.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires