Mesures sociales: le prix à payer

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Le Premier ministre saluant les syndicalistes lors de la réunion tripartite, le 6 décembre 2018, à Port-Louis.  © Rishi Etwaroo

Le Premier ministre saluant les syndicalistes lors de la réunion tripartite, le 6 décembre 2018, à Port-Louis.  © Rishi Etwaroo

La balance reste à trouver entre le bien-être des travailleurs et la réussite financière des entreprises. Car si les premiers sont doublement protégés aujourd’hui, avec une série de mesures économiques à caractère social, comme le salaire minimum, l’impôt négatif ou encore des compensations salariales importantes, il reste que l’effet de ces avancées sociales dites historiques influe négativement sur la trésorerie des entreprises.

Aujourd’hui, avec les promesses électorales annonçant une hausse du salaire minimum à Rs 9 400 dès janvier, comme mentionné dans le manifeste électoral de l’Alliance Morisien, l’introduction du Portable Retirement Gratuity Fund et une compensation salariale d’environ Rs 700 revendiquée par les syndicats, les entreprises craignent avec un alourdissement de leurs charges sociales un second coup de massue. Et ce, alors même que le nouveau cadre industriel restreint de nouveaux licenciements.

Qu’en pense Pradeep Dursun, le Chief Operating Officer (COO) de Business Mauritius ? S’il estime que dans la nouvelle posture de Maurice empruntant la voie d’une économie à revenu élevé, il y a nécessité de protéger les travailleurs en s’appuyant sur les nouveaux acquis économiques et sociaux accordés par le gouvernement de Pravind Jugnauth, il faut parallèlement rendre les entreprises pérennes en vue d’améliorer leur capacité financière à s’acquitter de ces nouvelles charges, soutient-il. «Il faut que les risques soient partagés entre les partenaires sociaux.»

Aucune flexibilité

Les opérateurs économiques reconnaissent, disentils, la portée historique de l’avènement du salaire minimum comme un outil pour réduire les inégalités économiques et sociales des travailleurs au sein des entreprises. Idem pour l’impôt négatif et le Portable Retirement Gratuity Fund, opérationnel à partir de janvier 2020, qui offre une protection additionnelle aux travailleurs en leur garantissant le transfert de leur pension jusqu’à l’âge de la retraite.

Mais là où le bât blesse, c’est que tout en protégeant les travailleurs, le gouvernement sortant, reconduit aux affaires le 7 novembre, n’offre aucune flexibilité aux entreprises pour se restructurer. «Face à ces mesures économiques qui ont certes amélioré le niveau de vie des travailleurs, les entreprises seront appelées à se restructurer pour opérer dans un nouveau cadre de travail. Bien entendu, il n’y a aucune garantie qu’il n’y aura pas de licenciement», explique un économiste.

Une analyse que Pradeep Dursun ne partage pas totalement. Il est, lui, d’avis que le nouveau Workers Right Bill est venu renforcer les droits de travailleurs en n’offrant pratiquement aucune marge de manoeuvre aux employeurs quant à la prise de décisions stratégiques et opérationnelles au niveau de leurs entreprises. «Il est devenu difficile, sinon quasiment impossible de licencier un travailleur, alors que le Portable Retirement Gratuity Fund protège tous ses acquis sociaux quand il intègre une nouvelle entreprise.»

Et le COO de Business Mauritius d’ajouter que face à ces mesures de protection en faveur de la classe des travailleurs, il s’attendait à ce que le gouvernement introduise une dose de flexibilité permettant aux opérateurs d’agir par rapport à la nouvelle donne au sein des entreprises. Or, tel n’a pas été le cas. Résultat des courses : les règles ont été davantage durcies et, par conséquent, la création d’emplois pourrait se faire au compte-gouttes.

Par ailleurs, l’alignement du salaire minimum sur la pension de vieillesse, comme annoncé par le Premier ministre, est décrié par les opérateurs économiques, qui qualifient cette décision de non-sens économique. «La pension ne peut être un critère pour calculer le nouveau salaire minimum», insiste un économiste.

Quoi qu’il en soit, les opérateurs n’ont pas d’autre choix que de mettre la main à la caisse de l’entreprise pour financer les nouvelles charges sociales. Force est de constater que si un travailleur est en poste pendant douze mois, avec les nouvelles mesures, l’employeur aura à casquer l’équivalent de quinze mois, excluant le 13e mois qui est légalement payable.

Est-ce une situation financièrement soutenable pour une entreprise ? s’interroge Business Mauritius. Qui se demande si le moment n’est pas venu de définir un nouveau contrat social avec les différents partenaires. Une nouvelle feuille de route, explique Pradeep Dursun, pour porter l’entreprise à un autre palier de son développement.

Soodesh Callichurn: «Aucune décision n’a été prise au détriment du privé…»

Sollicité par «l’express» quant aux craintes exprimées par le patronat, le ministre du Travail, du développement des ressources humaines et de la formation, Soodesh Callichurn, soutient que le secteur privé a toujours été partie prenante des discussions. «Dans le cadre du projet de loi qui préconise la création du ‘Portable Retirement Gratuity Fund’ (PRGF), un comité technique a été mis sur pied. Le privé en faisait partie. Ce n’est pas à la veille de l’entrée en vigueur du projet de loi que sa version va changer», dit-il. Le ministre ajoute que le gouvernement a pris en considération tous les «soucis» présentés par le privé lors des discussions et de préciser qu’aucune décision n’a été prise à son détriment. «Il faut bien comprendre que 90 % des travailleurs de ce pays ne reçoivent pas de ‘lump sum’. Prenons par exemple les licenciés de Tara Knitwear, si cette loi existait déjà, ces gens-là ne connaîtraient pas le même sort», laisse entendre Soodesh Callichurn. Il avance que le secteur privé doit s’adapter et évoluer selon l’île Maurice moderne. Le ministre du Travail rappelle que le taux de contribution de chaque employeur, dans le cadre du PRGF, c’est-à-dire à hauteur de 15 jours de travail par année de service, a été calculé selon la possibilité de payer des entreprises du privé.

Quid de la compensation salariale ? Soodesh Callichurn indique qu’il présidera lui-même la première réunion du comité technique demain. Aucun chiffre n’est avancé à ce stade. Idem pour la révision du montant du salaire minimum. Bien que le manifeste électoral de l’Alliance Morisien ait mis de l’avant une somme de Rs 9 400, Soodesh Callichurn souligne qu’un mécanisme est en place. «Le ‘National Wage Consultative Council’ se penchera sur toutes les données disponibles avant de se prononcer et de proposer une augmentation.»

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