Vincent Degert: «La violence n’est pas une forme d’expression»

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Vincent Degert, ambassadeur de l’Union européenne à Maurice.

Vincent Degert, ambassadeur de l’Union européenne à Maurice.

L’Union européenne s’est engagée à lutter contre la violence domestique dans différents pays, dont Maurice. Son ambassadeur parle de la campagne «Rise and Shine» qui a débuté depuis environ un an en collaboration avec «l'express». D'autres actions sont prévues, dont une table ronde le 23 novembre.

Parlez-nous de «Rise and Shine» ?
L’initiative Rise and Shine a pour objet de travailler plus positivement sur la question des droits humains. On le fait à Maurice avec nos partenaires et les acteurs de terrain. On a sélectionné une dizaine d’ambassadeurs de bonne volonté ; des experts dans leur domaine, qui peuvent témoigner de leur expérience pour stimuler le débat dans la société mauricienne et le faire avancer. La campagne, lancée il y a environ un an, vise à parler des droits de l’homme. 

La priorité de l’Union européenne (UE) est au niveau mondial puisqu’on a nous-même vécu la guerre mondiale. Du coup, face à ce drame, on a créé l’UE au nom de la solidarité avant tout. On parle souvent du marché économique mais le fondement essentiel de l’UE est quand même les valeurs fondamentales.

Quels sont le rôle de l’UE et le vôtre dans cette démarche ?
Notre rôle est de stimuler les goodwill ambassadors, quoi qu’ils soient déjà très dynamiques et très engagés. On travaille de manière concertée et coordonnée sur différents fronts et actions concrètes pour la population fragile et vulnérable. Il y a plusieurs thématiques et il faut des porteurs de ces messages au grand public afin de susciter l’adhésion et la participation de la société en plus des débats. On a mis sur la table un demi-milliard d’euros pour développer des programmes dans nos États membres mais aussi en Asie, en Afrique et en Amérique latine pour essayer de combattre ce fléau.

Quelles sont vos impressions sur la violence domestique à Maurice ? 
Honnêtement, j’ai été un peu interpellé en arrivant ici le 9 septembre dernier. Malheureusement, une semaine après la visite du pape, on a retrouvé dans les journaux plus d’un féminicide dans la même semaine. On a eu plus de cinq cas depuis septembre. C’est un wake-up call pour la société mauricienne ! C’est normal d’avoir des désaccords, mais cela ne doit pas se traduire par des actes de violence. La femme n’est pas l’objet ni la possession de qui que ce soit. Souvent, nous disons que c’est la pauvreté qui en est la cause ; elle peut être un facteur d’aggravation mais la violence domestique traverse toutes les couches de la société. De même pour la communauté, on ne peut stigmatiser l’une ou l’autre.

Qu’en est-il des chiffres ? 
50 % de l’humanité aujourd’hui est constituée de femmes et une femme sur trois dans le monde se dit victime de violence domestique. Il faut impérativement essayer d’apporter une réponse à ce fléau mondial. On a observé un classement par l’institut de Genève des zones les plus affectées et des chiffres par population. Mais ça ne surprend personne de voir la Syrie en tête de liste des pays avec 128 femmes tuées l’année dernière. En deuxième position, se trouve le Salvador avec 99 % de féminicide, suivi du Venezuela, en Amérique latine. Avant de parler des lois, il faut parler où se situe Maurice. Pour les pays européens comme la France, on est à 1,6 femmes pour 100 000 personnes. Maurice est exactement le double de la France avec 3,2 femmes par tranche de 100 00 habitants. La situation est alarmante.

Qu’en est-il du système mauricien sur la question ?
Effectivement, il faut revoir aussi le système d’aujourd’hui tel que le code pénal qui doit reconnaître le crime d’abord car il y a souvent des excuses de crime passionnel, alors que c’est un crime comme un autre. Il faut rebaptiser l’acte de féminicide pour dire que c’est un crime inacceptable. Il faut une réflexion pénale et de l’égalité des genres sur la question. Il faut évidemment faire appliquer la loi et voir si les différents services sociaux ou autres pour ces problèmes sont adéquats.

C’est important d’avoir des actions à travers les différents ministères aussi pour pouvoir avoir l’ensemble de la chaîne ; passer à l’action avec les bons moyens et les bonnes solutions. Il faut agir vis-à-vis des autorités, du gouvernement pour susciter des initiatives et aussi pour la partie législative, par exemple, inclure des femmes au Parlement pour les questions comme le gender bill. Il faut vérifier s’il y a suffisamment de shelters. Et des shelters d’urgence, surtout dans des circonstances tragiques. Il faut mettre en place ce genre d’outils. La justice est là où le citoyen va pour défendre ses droits quand ceux-ci sont enfreints. Il faut l’intervention et la mobilisation de chacun des acteurs.

Et quel est le rôle de la société ?
Il y a aussi la responsabilité des différents acteurs comme la famille et les voisins. Puis celle de la police : comment elle réagit, avec quelle rapidité et si elle est à l’écoute des femmes, entre autres. Nous avons des policières dans presque tous les commissariats pour faciliter le dialogue. C’est difficile pour une femme de porter plainte ou de demander une protection. Il faut donc un accueil, une capacité d’écoute pour voir quel type de solutions mettre en place.

Souvent cet aspect de la violence n’est pas un évènement unique. C’est une aggravation à partir du temps où on le constate. Il faut donc une réactivité des services de police et de la justice. Il y a différentes formules, le protection order entre autres, à la disposition du juge pour assurer une forme de protection à la femme qui risque sa vie.

Que prévoyez-vous pour la Journée internationale de la violence domestique ? 
Avant le 25 novembre, qui est la Journée internationale de la violence contre les femmes, on organise une marche silencieuse le 23 novembre pour interpeller le public. Il faut une étape de réflexion, de débats et d’analyses car la situation est préoccupante.

Nous avons également prévu un dialogue sur la question avec des experts mauriciens qui ont analysé la situation et qui peuvent évoquer la réflexion, apporter des solutions pragmatiques qu’ils préconisent et se mobiliser. Car, si on veut apporter des solutions aux problèmes, on ne doit pas s’arrêter au niveau de la réflexion mais passer à l’action sur plusieurs niveaux ; à commencer par la prévention, l’éducation des garçons surtout car c’est souvent l’homme qui est violent ; une sensibilisation sur la nonviolence car la violence n’est pas une forme d’expression. Nous prévoyons également la participation des acteurs gouvernementaux et de la justice qui peuvent apporter leur soutien pour combattre efficacement ce fléau.

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