Élections et contestations: magouilles ou paranoïa ?

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Incidents, interrogations et rumeurs sont légion après que les urnes ont rendu leur verdict suivant les élections générales du 7 novembre. La Commission électorale se retrouve ainsi avec plusieurs dossiers brûlants sur les bras. De même que le CCID, qui enquête sur deux cas (NdlR, à hier soir) où des bulletins de vote auraient été retrouvés en dehors des centres de vote.

Jeudi, c’est l’élu Rouge Shakeel Mohamed qui a remis l’un desdits bulletins – que lui a fait parvenir un «anonyme» qui avait «très peur» – à la Commission électorale. Il s’agirait d’un bulletin utilisé dans la circonscription n°3 (Port-Louis-Maritime–Port-Louis-Est). Vendredi, c’était au tour de Toussaint Ninchley Matombé, plus connu sous son nom de scène Ras Ninnin, d’en faire de même avec un bulletin cette fois issu du n°4 (Port-Louis-Nord–Montagne-Longue), et qu’on lui aurait fait parvenir lundi, souligne le chef de file du Parti Kreol Morisien.

Shakeel Mohamed s’est entretenu avec le commissaire électoral, Irfan Rahman, de même qu’avec un officier de l’Electoral Supervisory Commission (ESC), vendredi. Ces derniers lui ont expliqué le processus en détail et ensemble ils ont étudié la Representation of the People Act et la Constitution de Maurice. Le l’élu rouge est d’avis que le commissaire électoral s’est assuré que tout soit fait dans les règles de l’art. Mais… en ce qui concerne les fonctionnaires chargés de l’enregistrement des électeurs et les 15 000 qui ont travaillé le jour du scrutin et du dépouillement, rien ne peut assurer que certains n’ont pas agi comme agent politique, affirme l’élu du PTr.

«Le plus gros problème, c’est de savoir si oui ou non le travail d’enregistrement a été fait comme il se doit.» Selon ses dires, le commissaire électoral et l’ESC se demandent s’il ne faut pas demander un ordre de la Cour suprême pour que toutes les urnes soient rouvertes et ainsi confirmer s’il manque des bulletins. Pour appel, le panel d’avocats du Parti travailliste étudie en ce moment la possibilité de contester ces élections.

Ras Ninnin explique pour sa part qu’il ne divulguera aucune information au sujet qu’on lui a fait parvenir dans sa boîte aux lettres, sur conseil de ses avocats. «Il a déjà fait sa part des choses après avoir alerté la Commission électorale», fait-on comprendre. Toutefois, selon le communiqué de celle-ci, Toussaint Ninchley Matombé avait reçu le bulletin lundi dernier dans sa boîte aux lettres. Pourquoi avoir attendu vendredi pour alerter les autorités, dans ce cas ? Nous n’en saurons pas plus.

En attendant, avant même l’épisode des «bulletins errants», Irfan Rahman a reçu une vague de doléances de centaines de personnes dont les noms ne figuraient pas sur le registre électoral, le jour même du vote. Résultat des courses : une pétition en ligne ayant récolté plus de 100 000 signatures et la naissance d’un «groupe de soutien» pour ceux qui se sentent lésés après qu’ils n’ont pu accomplir leur devoir civique.

Autre fait «dénoncé» et qui soulève plusieurs questions : le nombre de votants. De 2010 à 2014, il y a eu une «augmentation» de 61 176 électeurs sur le registre électoral. Mais entre 2014 et 2019, il n’y a eu que 4 744 électeurs de plus dont les noms ont été ajoutés au registre. «Kouma sa? Ageing population?» se demandent d’aucuns.

Et puis, il y a également les «cafouillages» survenus dans certaines circonscriptions. Comme au n°18 (Belle-Rose– Quatre-Bornes). Dans une des salles de classe, au moment de compiler le nombre de voix en faveur de Xavier-Luc Duval, les fonctionnaires ont énoncé le chiffre de 120 alors qu’en réalité, il s’agissait de 220. C’est un counting agent bleu, placé dans les salles de classe, qui en a fait la remarque. Le leader du PMSD a alors, tablette en mains, fait le tour des salles pour s’assurer qu’une telle erreur ne se reproduise pas, d’autant plus que l’écart entre lui et Kavy Ramano, candidat orange, était minime.

Au n°18 toujours, quelques jours après les élections, la rumeur cette fois voulait qu’une «urne» ait été découverte au Pavillon, à quelques pas du centre de vote Marie Marot. Or, sur des images reçues, les urnes toutes noires ne correspondent pas à celles utilisées pour le vote. En fait, les urnes noires contenaient, selon nos informations, du «stationnery». «Sa les sa sirplas, lerla landemin lapolis vinn sersé», affirme un agent présent sur place ce jour-là. Pour info, trois jours avant le scrutin, les bulletins de vote sont mis sous scellés dans les «boîtes noires» appelées «ballot boxes». Celles-ci sont acheminées ensuite vers les postes de police, sous forte escorte policière, notamment.

Ailleurs, autre polémique. Au n°10 (Montagne-Blanche–Grande-Rivière-Sud-Est), où le leader des Rouges, Navin Ramgoolam, était candidat, les partisans du camp adverse ont eu accès à l’enceinte du centre de dépouillement avant même que l’exercice ne prenne fin. Ce qui a largement perturbé le bon déroulement du «counting».

Qui plus est, un des agents de l’Alliance Morisien, qui est nommé aujourd’hui à un poste important au sein du gouvernement et qui avait été repéré la veille, soit le jour du vote, en train de faire du canvassing à Trou-D’eau-Douce, avait été prié par la police de quitter les lieux. Mais il aurait tout de même trouvé le moyen d’interdire à Navin Ramgoolam de rencontrer le Returning Officer à son retour dans l’enceinte du centre de dépouillement aux petites heures du matin, samedi. Selon certaines sources, ce sera un des points mis en avant par l’ancien Premier ministre pour contester la légalité des législatives…

Retour sur Facebook. Où des posts font allusion à «des urnes contenant des bulletins de vote qui ont été retrouvées dans un champ de cannes à Beau-Vallon». Sauf que jusqu’ici, aucune preuve n’est venue étayer ces thèses et hypothèses. «Si dimounn ti trouvé, zot ti bizin vinn donn enn déklaration. Lapolis pa pou al vérifié sak post ki dimounn pe meté lor Facebook!» ironise-t-on du côté des forces de l’ordre.

Sur les réseaux sociaux encore et toujours, sont apparues cette fois depuis jeudi les images d’urnes – bien transparentes celles-là et bien scellées – où l’on voit des bulletins de vote, semble-t-il, mieux rangés que la chambre d’un adolescent paresseux. Si lesdites images ont été partagées par certains politiciens, qui se demandent qui a bien pu «y mettre si bon ordre alors qu’elles sont fermées», d’autres médias et politiciens indiquent qu’il s’agit en fait de «wall chart sheets», utilisées pour le décompte des voix…

L’explication ? Elle est venue hier du Returning Officer au n°5, Me Medaven Armoogum, qui se trouvait aux côtés du commissaire électoral lors d’une conférence de presse. «J’avais demandé aux fonctionnaires de bien ranger les bulletins dans les urnes de sorte à ce que ces derniers prennent le moins d’espace possible. Le but était d’économiser sur le nombre de boîtes car la salle devant contenir toutes les urnes était petite.»

Oui mais comment ranger des bulletins dans une urne scellée ? «Nou’nn pran enn lareg nou’nn dress li…»

Les caméras utilisées…

Suite aux plaintes enregistrées au sujet des bulletins de vote qui auraient été retrouvées dans la nature, les autorités expliquent qu’en premier lieu, les images des caméras installées dans le cadre du projet Safe City seront visionnées pour explorer toutes les pistes possibles. Shakeel Mohamed et Ras Ninnin seront à nouveau entendus si besoin est.

Qui plus est, les services de renseignement ont également «à l’œil» le «dénonciateur» qui aurait mis le bulletin, qu’il aurait retrouvé à proximité du centre Idrice Goomany, au député rouge…

Paul Bérenger : «Drol…bien drol!»

Le commissaire électoral Irfan Rahman a toujours sa confiance. Paul Bérenger estime tout de même que les élections générales de novembre 2019 n’ont pas été «free and fair». C’est ce qu’il a déclaré lors de sa rencontre avec la presse, hier, à l’issue du comité central des mauves, à l’hôtel Hennessy Park, à Ébène.

Le leader du MMM faisait notamment référence à la somme d’argent utilisée par les différents partis politiques durant cette campagne. Paul Bérenger estime que certains ont eu plus de moyens que d’autres. «Ce n’est jamais arrivé qu’un parti ait remporté les élections et qu’il y ait un ‘mood’ aussi bizarre dans le pays. Personne n’est en fête ! Drol… bien drol!» En ce qui concerne la contestation éventuelle des élections par le Parti travailliste, Paul Bérenger a simplement affirmé qu’au niveau du MMM, la situation est suivie de près pour voir s’il faut – ou pas – se tourner vers la Cour suprême.

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