Santé: les jeunes davantage touchés par le diabète

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À Maurice, le diabète touche près de 300 000 personnes, selon la présidente de l’APSA.

À Maurice, le diabète touche près de 300 000 personnes, selon la présidente de l’APSA.

«J’étais incontrôlable. Je mangeais n’importe quoi. Je buvais beaucoup. Un soir après une fête, je me suis écroulé. Mes amis croyaient que c’était une cuite. Or, après un examen médical, on a découvert que c’était le diabète. Je n’avais alors que 20 ans.» Sunee, employé dans un centre d’appels, confie qu’en deux ans, sa vie a complètement changé. Alimentation saine, proscription d’alcool, traitement médical : les nouvelles habitudes ont vite pris le dessus pour l’aider à gérer le diabète. Avec la journée mondiale du diabète célébrée ce jeudi 14 novembre, le point sur cette maladie à Maurice.

Une maladie qui touche environ 300 000 Mauriciens, estime Audrey Hardy, présidente de l’Association pour la promotion de la santé (APSA). Une situation des plus préoccupantes d’autant que Maurice se classe parmi les pays au monde ayant le plus de personnes diabétiques de type 2. Un autre constat inquiète : le rajeunissement des diabétiques. «Le diabète touche une population de plus en plus jeunes. Et il existe malheureusement des milliers de personnes qui en souffrent mais ne le savent pas.»

D’ailleurs, le Dr Mehjabeen Beebeejaun, de la City clinic Port-Louis et Grand Bay Clinic du City Clinic Group, estime qu’une personne sur deux demeure non diagnostiquée. «Il est important que les proches des personnes diabétiques se fassent dépister afin de prévenir des complications à long terme, dont les problèmes de vue, les amputations, un dysfonctionnement des reins, des troubles cardiovasculaires, etc. Les patients mauriciens sont de plus en plus jeunes.»

De son côté, le Dr Mike Sooknundun, directeur de la Clinique du Nord, affirme que la catégorie des 20-40 ans ainsi que la population adolescente est plus vulnérable : «La prévalence du diabète et de l’état pré-diabétique est en hausse chez les adolescents.» Ce constat est également partagé par l’association T1Diams. Encadrant enfants et jeunes vivant avec le diabète de type 1, l’organisation a recensé une augmentation en termes de de personnes diagnostiquées: «À nos débuts, nous avions 75 personnes. En 2019, nous en sommes à 300. Chaque année, le taux est plus élevé», explique une représentante. À titre d’exemple, lors de la détection, le plus jeune patient était un bébé de 18 mois.

Pourquoi cette génération est-elle davantage touchée par le diabète ? Le style de vie et la sédentarité y sont liés, souligne-t-on à l’APSA : «Plus on tarde à se faire dépister ou prendre son diabète en main, plus les risques et complications augmentent», précise Audrey Hardy. Et les autres tranches d’âge ne sont pas en reste. Si les statistiques nationales ne seront disponibles qu’en 2020, le Non Communicable Diseases (NCD) survey de 2015 tirait déjà la sonnette d’alarme, avec un taux de 257 442 de Mauriciens dont 19,6 % d’hommes et 21,3 % de femmes âgés entre 20 et 74 ans. «C’est un problème de santé majeur avec des cas qui ne cessent de croître d’année en année», soutient Arshad Saroar, pharmacien. Mondialement, ajoute-t-il, 425 millions d’adultes vivaient avec le diabète en 2014, comparés à 108 millions en 1980 : «Ce rapport mondial de l’OMS sur le diabète souligne l’énorme ampleur du problème.» Ce taux devrait atteindre 522 millions d’ici 2030. Et rien qu’en 2017, le diabète a causé quatre millions de décès dans le monde.

Évaluant que 25 % des Mauriciens en sont atteints, la doctoresse indique que ce chiffre devrait monter en flèche si nous n’agissons pas: «Plus de 50 % des cas de diabète peuvent être évités.» Pour ce faire, la médecine préventive et un mode de vie sain sont vitaux.

La recherche médicale continue représente égale- ment une solution ainsi que des traitements plus efficaces sur le marché, suggère Mike Sooknundun. Au même titre que l’inculcation des habitudes alimentaires saines auprès des parents et enfants par les enseignants. Selon le Dr Mehjabeen Beebeejaun, l’éducation doit aussi se focaliser sur l’importance d’un indice de masse corporelle optimal et l’encadrement d’un diététicien : «Lors du diagnostic, cela peut aider le patient à comprendre le concept de sucres cachés. Par exemple, une plus grande portion de pain blanc a une plus forte incidence sur la glycémie, comparée à une petite assiette de riz basmati», soutient-elle.

Témoignage : Bernard, 67 ans, amputé

«De janvier à juin 2019, je suis resté à l’hôpital. J’ai été amputé des cinq doigts du pied droit. Ce n’est pas facile», déclare Bernard, 67 ans, diabétique. En 1994, il ressent un malaise alors qu’il est au travail. Ancien pompier, il se rend à l’hôpital. Des traces de diabète sont détectées. Les médecins lui conseillent juste de faire attention. Cela dit, après quelque temps, la maladie empire. Sa condition physique change. Il fait un diagnostic au privé et en découvre la gravité : «Ma circulation n’était pas bonne. Mes reins et mes jambes étaient aussi affectés.» Quelque temps plus tard, au bout d’une demi-journée de marche, il constate des enflures aux pieds. Une petite blessure s’amplifie graduellement, le conduisant alors à l’hôpital. Après l’admission et l’amputation, Bernard se réadapte graduellement : «Le contrôle de la maladie est continu. Je dois prendre des précautions. Maintenant, je recommence à marcher.»

Comprendre l’état prédiabétique

Selon le Dr Mike Sooknundun, une personne est prédiabétique lorsque son taux de glycémie à jeun se situe entre 5,6 à 7,0 mmol/L. Hélas, il n’y a pas de signes avant-coureurs indiquant cette prédisposition au diabète. Cela dit, un test approfondi (HbA1C) peut être effectué au moins une fois annuellement. Environ 20 % des Mauriciens sont prédiabétiques, soutient le médecin. De son côté, Arshad Saroar, pharmacien, explique que l’hérédité constitue un des facteurs de risque chez les prédiabétiques. Pour améliorer cet état, il faut consommer des aliments moins riches et favoriser une activité physique d’environ 30 minutes par jour et perdre du poids, ajoute le médecin.

Glucomètres et médicaments sans sucre : quelle efficacité ?

Ils sont incontournables dans les pharmacies. Mais sont-ils pour autant fiables ? Par exemple, les sirops pour la toux dépourvus de sucre ne présentent aucune différence comparés aux versions traditionnelles, estime Arshad Saroar : «L’efficacité est identique.» D’ailleurs, la majorité des comprimés sont sans sucre. Cet additif est présent pour masquer le mauvais goût des substances chimiques, précise-t-il. Quant aux glucomètres, ils sont tout aussi fiables, soutient le pharmacien : «En déposant une goutte de sang sur la bandelette du glucomètre, le résultat apparaît en quelques secondes.» Une solution efficace qui permet un meilleur contrôle de la glycémie.

Journée mondiale: le plein d’activités

Comme la Journée mondiale est axée sur la famille et le diabète, un dépistage gratuit de la glycémie, la tension artérielle et le tour de taille est prévu par l’APSA, ce samedi 16 novembre. Celui-ci se tiendra de 10 à 17 heures à La City Trianon. Des conseils seront aussi prodigués par les professionnels de santé ainsi que des animations pour les enfants. De son côté, T1Diams organisera un roadshow de Quatre-Bornes à Bagatelle, le 23 novembre, de 10 heures à 11 h 30. Ensuite, pour marquer sa quête annuelle qui débute le 1er décembre, un zumbathon sera organisé au collège St Mary’s, à Rose-Hill. Plusieurs cours sont prévus de 10 à 15 heures pour le public. Les participants peuvent avoir plus d’informations sur la page Facebook de l’association.

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