Eric Lacroix: «La pratique du trail est en parfaite adéquation avec les valeurs réelles du développement durable»

Avec le soutien de
Eric Lacroix traverse le village de Graviers lors de la huitième édition du Marathon de l’Eden qui faisait encore 44 km en 2017.

Eric Lacroix traverse le village de Graviers lors de la huitième édition du Marathon de l’Eden qui faisait encore 44 km en 2017. 

Il a participé à sa création en 2008 et suivi son évolution de manière active en demeurant le principal consultant des organisateurs rodriguais. C’est en témoin privilégié qu’Eric Lacroix, directeur du service des sports de l’Université de La Réunion, trailer et entraîneur, parle dans l’entretien qui suit du dixième Trail de Rodrigues prévu le 3 novembre prochain. Une manifestation sportive qui est devenue la vitrine de la plus petite des trois îles des Mascareignes et élevé la simplicité et l’authenticité au rang de valeurs à préserver.

En 2008, quand Philippe la Hausse de Lalouvière et Yan de Maroussem lancent l’idée d’un trail à Rodrigues, quelle fut votre première réaction ? L’idée vous avait-elle séduit, vous le passionné de trail et de course en montagne ?
L’idée de pouvoir proposer la découverte d’une nouvelle destination m’a bien évidemment séduit, étant donné le contexte de l’époque qui était de développer la pratique du trail dans l’océan Indien. Il faut bien comprendre que dans nos régions insulaires, il est important de s’ouvrir aux mondes. Aussi, et à mon avis, la pratique du trail est en parfaite adéquation avec les valeurs réelles du développement durable que sont la découverte de notre patrimoine, le partage de notre passion commune par les échanges, et enfin l’attrait touristique et événementiel.

Connaissiez-vous l’île Rodrigues à l’époque ?
Je ne connaissais pas Rodrigues, mais j’en avais entendu parler. Plutôt en bien d’ailleurs. On me vantait les aspects écologiques et le calme de l’île. Mais aussi la nourriture bio, étant donné la simplicité des aliments, comme manger du poisson frais péché par exemple.

Pensiez-vous qu’une île dont le point culminant ne fait que 398 mètres (Ndlr : le Mont Limon) pouvait abriter un trail avec toutes ses caractéristiques en termes de dénivelés et d’exigences sur le plan de l’effort soutenu ?
J’ai été surpris quand j’ai reconnu les sentiers avec Arnaud Meunier, organisateur aux côtés d’Aurèle André, de constater que ce petit caillou posé sur la mer au milieu d’un lagon immense pouvait abriter des sentiers aussi divers que difficiles. Le trail, dans sa définition originelle, n’est pas obligatoirement mêlée à la haute montagne. En fait, c’est une déformation médiatique fortement due aux grandes épreuves telles que l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) ou le Grand Raid qui nous montrent en permanence des images de montagne avec des dénivelés souvent impressionnants. Mais l’idée de l’esprit originel du trail est bien de permettre, dans une compétition, de découvrir les sentiers qui traversent des régions, des paysages, tout cela avec une certaine autonomie dans son alimentation et le transport de son matériel. Je peux donc vous dire que sur ce dernier point, le Trail de Rodrigues n’a rien à envier à certaines grandes épreuves, notamment le 50 km qui traverse l’île avec des passages parfois très techniques, sous une chaleur étouffante. Mais quel bonheur de découvrir que sur certains tronçons on se sent comme au paradis.

Comment a évolué le Trail de Rodrigues durant ces dix dernières ?
Il est certain qu’au bout de ces dix années, le Trail de Rodrigues a acquis de la maturité. L’enjeu très fort a été, dès la deuxième année, que les Rodriguais puissent s’accaparer la totalité de l’organisation. Nous avons bien sûr contribué en continu à donner des idées sur la logistique, le parcours, les invités. Mais très vite un comité d’organisation s’est mis en place avec l’association Rod Trail et l’événement s’est donc bien étoffé, avec la communication, via un site web, et diverses distances proposées. L’équipe d’organisation actuelle peut s’enorgueillir d’une magnifique épreuve avec plus de 1 200 coureurs sur les quatre courses. Pour rappel, en 2008, il y avait une course unique de 34 km avec environ 50 coureurs.

L’objectif était d’en faire un rendez-vous annuel, une référence, et en même temps une vitrine pour Rodrigues, île à l’authenticité intacte. A-t-il été atteint selon vous ?
Tout à fait. Le terme authenticité est par ailleurs bien adapté à l’île Rodrigues. C’est ce que l’on entend souvent de la bouche des Réunionnais quand ils parlent de cette île comme « La Réunion lontan… ». Aussi, et il faut le souligner, ce séjour fait désormais partie intégrante de nombreux amoureux de l’île Rodrigues qui y viennent chaque année, comme par exemple les personnels et étudiants de l’Université de La Réunion, ou les nombreux coureurs et invités réunionnais, mauriciens, métropolitains, sud-africains, qui en font un événement majeur de leur calendrier. On vient à l’île Rodrigues pour la gentillesse de ses habitants, pour y trouver le calme et la sérénité et enfin pour la beauté du parcours qui nous transcende à chaque fois. Si on parle de vitrine, ce qu’on vient rechercher ici c’est avant tout la simplicité qui fait, à mon avis, parfois défaut sur certaines épreuves de trail.

Que représentent dix ans dans l’histoire d’un événement sportif ?
Tout simplement de l’expérience et de la maturité, et la preuve qu’elle a su s’adapter pour perdurer.

D’autres dimensions sont venues se greffer sur la dimension purement sportive : le Trail de Rodrigues a une incidence positive sur le tourisme et l’économie rodriguaise…
C’est évident. Je parlais plus haut de développement durable, et dans ce sens le Trail de Rodrigues possède ces vertus. Il est devenu un événement majeur annuel dans le paysage rodriguais et a permis de faire découvrir à de nombreux coureurs les aspects touristiques de l’île. La preuve évidente étant de voir certains participants revenir sur l’île avec leur famille à d’autres périodes que celui du trail.

En votre qualité de professeur agrégé d’éducation physique et directeur du service des sports de l’Université de La Réunion, vous avez développé un partenariat avec le Trail de Rodrigues. Tous les ans, un groupe d’étudiants en SUAPS fait le déplacement, participe à l’une des courses et prend part à une opération nettoyage. Comment se porte ce partenariat ? Quel est son apport dans le parcours académique de ces étudiants ?
En effet, et pratiquement dès le début de cette aventure, l’Université de La Réunion s’est attachée à cet événement. L’idée est de pouvoir mobiliser des étudiants et des personnels autour d’un projet. Et ce projet de trail permet d’aller au-delà des aspects purement sportifs car il sensibilise les jeunes à l’organisation d’un séjour, d’un événement. Mais il permet également de mettre en place des actions comme le nettoyage de certaines îles, les rencontres avec les jeunes Rodriguais. À une époque où l’on valorise davantage le parcours des étudiants avec les compétences transversales - « les softs skills » -, ce projet est une véritable aubaine et il a du sens. 

Le magazine Nature Trail prépare, pour la troisième année consécutive, son édition hors-série en offrant une sélection des plus beaux trails au monde. Le Trail de Rodrigues en fait partie. Est-ce une preuve de plus, s’il en fallait, que l’événement lancé en 2008 avait, en germes, tous les ingrédients pour un succès grandissant ?
Les coureurs de trail souhaitent s’évader de plus en plus, que ce soit sous formes de défis ou de voyages. La médiatisation du Trail de Rodrigues correspond tout à fait à cette demande. L’enjeu étant que ce n’est plus le trail le plus difficile et le plus exigeant qui deviendrait le plus médiatique, mais bien celui permettant de faire de belles rencontres, de se retrouver sur une pratique originelle, et décontextualisée des événements « surpeuplés et hyper-compétitifs ».

Comment voyez-vous l’avenir du Trail de Rodrigues ? Comment garantir sa pérennité et son succès ?
L’avenir du Trail de Rodrigues dépendra avant tout de ses organisateurs et de ses pratiquants. Mais il est à mon avis essentiel qu’ils puissent garder le cap sur l’authenticité de l’événement et ne pas surfer sur la vague médiatique de la surenchère du « toujours plus long et toujours plus dur ».

L’organisation de nombre d’événements devient machinale au bout d’un certain nombre d’années au point de perdre de leur originalité et de leur charme. Comment éviter cela justement et faire en sorte que le Trail de Rodrigues demeure un rendez-vous annuel unique et authentique ?
Il est sans doute important de garder le caractère exceptionnel de cet événement. Dans ce sens, il serait souhaitable que les collectivités puissent toujours aider l’organisation à pouvoir inviter des athlètes de renom et des journalistes du monde entier car ce sont eux les véritables ambassadeurs de l’authenticité de cet « Eden du Trail ».

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires