Sida, paludisme, tuberculose: Macron fait le forcing pour boucler les 14 milliards

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Manifestation de l'Association Aides en marge de la réunion du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, le 9 octobre 2019 à Lyon.

Manifestation de l'Association Aides en marge de la réunion du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, le 9 octobre 2019 à Lyon.

«On n’y est pas»: Emmanuel Macron a mis la pression sur plusieurs gouvernements, jeudi, pour réunir les 14 milliards de dollars nécessaires à la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, en annonçant une hausse de 15% de la contribution française.

«Je ne laisserai personne sortir de cette pièce ou quitter Lyon tant que les 14 milliards n’auront pas été obtenus», a lancé le président depuis la tribune de la conférence de refinancement du Fonds mondial de lutte contre ces maladies, qui rassemble 700 participants depuis mercredi à Lyon.

«Tout à l’heure, nous les aurons», a assuré le chef de l’État en sonnant la mobilisation générale des contributeurs avant la clôture de la conférence jeudi.

Il a tout particulièrement sollicité le Japon, la Norvège et l’Australie, ainsi que les Emirats Arabes Unis, le Qatar et l’Arabie Saoudite, qu’il a appelés à se «réconcilier» diplomatiquement autour d’un effort financier commun en faveur du Fonds.

Le Fonds, créé en 2002, s’est fixé pour ambition d’éradiquer ces trois pandémies infectieuses à l’horizon 2030.

Pour atteindre cette somme, contre 12,2 milliards de dollars lors de la dernière conférence, un effort sensible était demandé aux pays les plus riches. Après les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne ou le Canada, la France, historiquement le deuxième contributeur, a annoncé par la voix de M. Macron une hausse de 15% de sa contribution.

Celle-ci, stable à 1,08 milliard d’euros depuis 2010, devrait donc augmenter de 162 millions d’euros, soit 177,8 millions de dollars au taux de change actuel.

De quoi décevoir les ONG. Un collectif de 12 organisations de la société civile, dont Aides, Oxfam, Solidarité sida ou Sidaction, avait réclamé une hausse «d’au moins 25%» pour la France, soit 270 millions, comme l’Allemagne l’a fait par exemple, ou le Canada en accueillant la dernière conférence en 2016.

«La pression que le président a mise sur les autres pays, c’est excellent», estime Florence Thune, directrice générale de Sidaction. «Mais avec une hausse de 15%, il fait le minimum syndical», a-t-elle déclaré à l’AFP.

«Des pays ont augmenté leur contribution ce (jeudi) matin, comme la Norvège, l’Irlande ou la Suisse, mais ça ne va pas suffire», a déploré Friederike Röder, directrice de l’ONG One France.

«Relâchement»

«La France n’a aucun mérite d’accueillir cette conférence à Lyon car personne n’en voulait (...) Dans beaucoup de pays qui donnaient historiquement, la morsure est moins présente. Il y avait le risque d’un relâchement», a souligné M. Macron.

«Les trois à cinq années qui viennent vont décider si nous gagnons ou pas. Si nous ne gagnons pas ces batailles, nous pouvons tout perdre», a-t-il ajouté.

Depuis la création du Fonds, 32 millions de vies ont été sauvées. Mais «nous n’avons pas le droit de ne pas avancer plus», au risque de voir les trois grandes pandémies repartir à la hausse, a fait valoir M. Macron, face à sept présidents africains, des diplomates et des scientifiques.

«Dans un contexte d’effondrement de notre système de santé, le Fonds a permis à une partie de notre population d’être soignée», a souligné le président de la République centrafricaine, Faustin-Archange Touadéra.

M. Macron a multiplié les coups de téléphone pour tenter de boucler le budget, alors que la force du dollar rend l’effort plus difficile. Il manquait à la mi-journée environ 300 millions de dollars pour tenir l’objectif, a-t-on souligné de source proche des organisateurs.

Amanda Dushime, 18 ans, une Burundaise née avec le VIH, avait mis d’entrée les participants devant leurs reponsabilités. «Notre vie a de la valeur, vous ne devez jamais l’oublier», a lancé cette ambassadrice du réseau «Grandir ensemble» (soutenu par l’ONG Sidaction).

Actuellement, les trois maladies font près de trois millions de morts par an, dont 1,6 million pour la tuberculose en 2017 et plus de 435.000 pour le paludisme. En 2018, près de 38 millions de personnes vivaient avec le VIH et le nombre d’infections, de l’ordre de 1,7 million, «reste inacceptable», selon le Fonds.

Dans les pays où il investit, le Fonds indique que 18,9 millions de personnes étaient sous traitement antirétroviral contre le VIH en 2018 et que 5,3 millions étaient testées et traitées pour une tuberculose, 131 millions de moustiquaires ayant par ailleurs été distribuées pour protéger les familles du paludisme.

Le Fonds est aussi financée par des donateurs privés. M. Macron a salué la contribution du milliardaire américain Bill Gates, le premier d’entre eux qui a relevé de 600 à 700 millions de dollars l’apport de sa fondation pour les trois prochaines années, ainsi que l’engagement du chanteur Bono. Tous deux sont présents à Lyon.

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