Metro express: à bord de Mauricio

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Pour la première fois, Mauricio a quitté le dépôt de Richelieu avec des passagers à son bord. Élèves, sportifs mais aussi des personnes âgées qui, de manière générale, étaient contents de leur expérience à bord du métro. Parole à Yann Jhugroo-Cangy, un élève, Noemi Alphonse, la handisportive, et Parvathi Rampersad, une «dadi» de Bon-Accueil, qui a fièrement brandi son laissez-passer spécialement obtenu pour l’événement…

Yann Jhugroo-Cangy, Vice-head boy du John Kennedy college : «j’avais surtout peur des intersections»

«Cela a été une grande fierté pour moi d’avoir eu le privilège de représenter la jeunesse mais surtout mon collège pour le lancement de ce projet qui sera très utile. J’étais émerveillé ! Je suis resté bouche bée durant tout le trajet ! Au début, j’ai eu quelques appréhensions en entrant, on ne sait jamais, comme nous étions les premiers passagers ! Et j’avais peur des intersections ! Au démarrage, j’ai ressenti une petite secousse, il faut s’accrocher mais après c’était très stable. On a eu une superbe vue, cela nous a permis de voir des endroits que nous n’avions jamais vus sous cet angle et cela rajoute de la valeur. Le métro est une belle infrastructure. Mon spot préféré c’est définitivement Rose-Hill, on voit la ville d’en haut. C’est sûr que c’était une belle expérience et je compte bien reprendre le métro en famille, avec mes cinq frères et sœurs.»

Noemi Alphonse, handisportive : «les personnes en situation de handicap pas oubliées mais…»

«Ce qui m’a plu, c’est que le gouvernement n’a pas oublié les personnes en situation de handicap. J’ai trouvé cette première traversée en métro très bien. J’ai pris le métro dans plusieurs pays où je partais en compétition. La petite différence que j’ai notée, c’est que les sièges ici ne sont pas rétractables. Dans d’autres pays, les personnes en fauteuil peuvent se mettre n’importe où pourvu que les sièges soient levés. Mais je précise qu’il existe bel et bien un coin pour les personnes en fauteuil. Il doit y avoir aussi un coin pour les poussettes puisque nous avons appris qu’ils ont pensé aux cyclistes, qui peuvent prendre le métro avec leur bicyclette. Je trouve le projet très bien dans son ensemble. Mais je me pose une question : est-ce que les stations sont adaptées aux fauteuils roulants ? Par exemple, j’ai vu des ascenseurs à Rose-Hill, mais est-ce que les personnes en situation de handicap pourront se rendre jusqu’à ces stations en premier lieu ? Je ne suis pas sûre. Les trottoirs ne sont pas adaptés pour elles. Il faudrait faire un effort de ce côté-là.»

Parvathi Rampersad, «dadi» de Bon-Accueil : «get mwa enn kout, mo dan metro»

«Regardez-moi, je suis dans le métro. On m’a même donné une carte pour voyager. Je suis très contente et nous avons eu à manger. Je viens de Bon-Accueil. J’irai au durga pooja juste après.»

Insolite : Dans l’objectif de Pravind Jugnauth

Pravind Jugnauth a capturé à la fois l’intérieur du métro, où l’on voit Nayen Koomar Ballah, chef de la fonction publique, et l’extérieur.

Moment inédit, jeudi, lors du trajet du Metro Express. Tristan Bréville, fondateur du musée de la Photographie, a profité de l’occasion pour tendre un appareil photo à Pravind Jugnauth, en lui disant : «C’est un grand événement. Prémié minis éna drwa fer foto.» Ce qu’il a accepté de bonne grâce. Résultat : trois clichés pris par le Premier ministre où l’on voit surtout les photographes de presse qui l’entouraient lors de ce trajet mémorable Richelieu-Rose-Hill.

Tristan Bréville explique que son geste est en réaction face au service d’ordre entourant Pravind Jugnauth «qui mobilisait l’espace photographique, comme si nous photographes n’avions pas d’importance». Celui qui tient un appareil depuis presque 60 ans affirme : «J’ai donné de l’importance à la photographie en tendant mon appareil au Premier ministre».

Nos confrères Harry Chetty et Bouck Pillay Vythelingum.

À 74 ans, Tristan Bréville témoigne : «Cela a été difficile de faire des photos, ce jour-là. Je n’ai pas compris pourquoi. J’ai dû enjamber les barrières (fencing) et les rails pour entrer. Seulement quelques privilégiés savaient ce qui allait se passer.» Il regrette que les mêmes conditions aient prévalu lors de la récente visite du pape François.

Trains débarqués : six sur 18 au compteur

C’est à bord du «Hoëgh Tokyo» que Mauricio III et VI ont fait le voyage depuis le port Santander, en Espagne. Les deux Light Rail Vehicles ont débarqué à Port-Louis hier matin. Sur les 18 trains, Metro Express Ltd attend 12 autres pour ses opérations. La livraison de ces Light Rail Vehicles devrait prendre fin en mai 2020. Deux autres sont attendus en janvier.

L’envers du décor : Il n’y avait pas que du beau…

Il y avait du beau monde, jeudi, pour l’inauguration du Metro Express. Au terminal de Rose-Hill, beaucoup s’étaient déplacés pour voir arriver Mauricio. Pourtant, tout n’était pas beau lors de ce lancement. Nous nous sommes promenés le long du tracé pour en voir les dessous.

Horaires de travail : jusqu’à 23 heures par jour

Des journées de 8 à 17 heures, sept jours sur sept. C’est ce que les ouvriers de construction ont effectué sur le tracé du Metro Express. Sauf que la plupart du temps, ils ont enchaîné des heures supplémentaires et, parfois, jusqu’à 23 heures. Nous avons rencontré certains au terminal de Rose-Hill. Ces derniers faisaient encore des travaux pour fixer une main courante. Nous avons rencontré d’autres en revenant de RoseHill. L’un d’entre eux nous affirme avoir laissé, derrière lui, sa femme et son fils de six ans en Inde depuis un an maintenant.

«Nous sommes à Maurice mais nous n’avons jamais visité l’île. Nous sommes ici pour travailler, donc, c’est ce que nous faisons sans nous arrêter. J’ai travaillé sur d’autres chantiers de métro dans le monde. Il s’agissait de métros souterrains mais les conditions de travail ici, malgré les longues heures, sont moins dures en comparaison avec ce que nous avons connu ailleurs», soutient ce travailleur. Il se dit reconnaissant d’avoir un petit jardin à côté de son dortoir. Pour la nourriture, ce qu’il apprécie le plus, c’est le briani de poulet servi sans faute tous les dimanches. «Les autres jours, nous avions des légumes et du dhal. Nous n’avons pas vraiment goûté aux plats locaux», poursuit l’ouvrier.

À la résidence Barkly, nous rencontrons Vishal Ramjeet. Cet employé d’une usine de textile habite la région depuis sa naissance, il y a 45 ans. Il nous explique que chaque après-midi en revenant du travail, il a constaté l’avancée des travaux. «J’ai vu ces ouvriers travailler très dur ici. Je partais à l’usine et je revenais, et ils étaient toujours là.»

Le bruit

Si vous pensez que le métro passe à côté des maisons dans le plus grand des silences, détrompez-vous. Les habitants de la région, qui se sont sans doute habitués aux bruits des travaux, risquent de ne plus dormir sur leurs deux oreilles lorsque le métro passera juste à côté de chez eux. Sur Facebook, des habitants de la rue Vandermeersch n’ont pas hésité à immortaliser le passage de Mauricio à côté de leur domicile à l’aide de vidéos. Sortez les boules Quies !

Des débris… encore et toujours

De gros rouleaux vides, des barres de fer entassées, des conteneurs, des fils enroulés, des boîtes en carton et des caisses en bois. Le tout se trouve juste en dessous du tracé du métro. Et des ouvriers sont toujours à pied d’œuvre pour ranger le bazar. Hier encore, à plusieurs endroits, dont à la station Nelson Mandela à résidence Barkly, le matériel de construction et les débris étaient toujours visibles. Dans cette région, toutefois, les habitants semblent conscients de l’ampleur des travaux et trouvent normal que le désordre soit toujours visible.

Commerces à la gare Victoria : Raj Appadu : «Des employés pourront être licenciés»

Cette gérante de pharmacie, dont le commerce est situé près de la gare, a noté une baisse de sa clientèle.

Le lancement du Metro Express a provoqué une réaction de crainte chez les commerçants opérant dans les parages de la gare Victoria, à Port-Louis. Regroupés sous la bannière de l’association Front commun des commerçants, les commerçants, à travers leur porte-parole Raj Appadu, ont exprimé la nécessité pour eux de se faire entendre. C’était lors d’un point de presse tenu jeudi, au Tandoori Express, commerce se trouvant près de l’ancienne gare routière. Ils disent craindre la fermeture de leur business et le licenciement inévitable de leurs employés si les autorités ne font rien pour les aider. «Si le gouvernement n’agit pas dans les prochains jours, mardi nous tiendrons un rassemblement devant le bureau du Premier ministre», martèle Raj Appadu.

L’état de l’ancienne gare serait la cause des malheurs de ces commerçants. Raj Appadu dit avoir sollicité une réunion avec le Premier ministre, Pravind Jugnauth, suivant les travaux qui ont lieu en ce moment à la Victoria Urban Terminal. Ces travaux, qui ont débuté le 14 septembre, auraient contribué à faire diminuer le nombre de clients qui fréquentaient les différents commerces situés aux alentours: pharmacies, restaurants, tabagies et magasins, entre autres. «Les commerçants paient la taxe, le loyer, les frais de la Mauritius Revenue Authority ainsi que le Trade Fee municipal. C’est chagrinant qu’on ait fermé cette gare sans avoir consulté ces personnes», souligne-t-il.

Pour les commerçants, le risque de perdre leur gagne-pain est là. Toutefois, ce qui les perturbe pour le moment c’est le sort de leurs employés. «J’ai des employés avec 10 et 15 ans de service. Comment les mettre à la porte ? Je ne sais pas combien de temps je pourrais encore les payer. La clientèle a grandement chuté. Nous n’avons presque plus de clients. Je voudrais bien que mes employés aient une compensation du gouvernement s’ils se retrouvent sans emploi», nous confie, pour sa part, le gérant de Tandoori Express.

Suivant ces difficultés, soutenu par les commerçants, Raj Appadu a envoyé une lettre au Premier ministre, jeudi toujours, ainsi qu’aux leaders des différents partis politiquesdu pays. L’association propose un accès aux commerces qui se retrouvent isolés, l’installation d’un arrêt d’autobus près des Casernes centrales et le soutien de la police. Les commerçants souhaitent aussi obtenir une compensation.

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