National Development Strategy: outil de décision nécessaire

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À Beau-Vallon, on élimine des arbres centenaires pour faire place à un centre commercial.

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La National Development Strategy 2005 arrive au terme en 2020. Un dossier vieux de 14 ans. Les organisations environnementales s’enquièrent du processus de consultations des parties prenantes et de la tenue d’une évaluation stratégique, qui devraient se dérouler dans le cadre d’une révision.

Les effets du changement climatique mis en évidence par les inondations récurrentes de plusieurs régions du pays montrent clairement que la vulnérabilité du pays aux risques systémiques est fortement amplifiée, ce qui devrait rappeler qu’un Strategic Environmental Assessment (SEA) n’est pas un obstacle administratif mais un outil précieux dans un processus décisionnel sain. 

De ce fait, Adi Teelock, membre de Platform Moris Lanvironnman, insiste que la révision de ce rapport nécessite un Sustainability Assessment. «C’est primordial car c’est le moyen pour tester si le plan ou la stratégie proposée tiennent la route ou pas.» D’autre part, «il ne peut y avoir de révision sérieuse de la National Development Strategy (NDS) sans participation de la société civile au début même de l’exercice», déclare-t-elle.

Pour préparer la «National Development Strategy 2005», des organisations non gouvernementales avaient été invitées à participer à des consultations. Comme la NDS est le premier, en ordre d’importance, des documents de planification spatiale et a donc un rôle clé dans l’aménagement du territoire, il est essentiel que les effets du changement climatique soient pris en compte dans sa planification et la revue de la NDS est l’occasion de le faire, selon l’organisation. 

Pour revenir au dossier actuel, «la politique de développement foncier et de l’hôtellerie balnéaire telle qu’elle est conduite actuellement, est-elle compatible avec les réponses aux défis du changement climatique ?», se demande Adi Teelock. Jusqu’ici, ce sont les grands propriétaires fonciers, y compris l’État, qui structurent les territoires alors qu’il faudrait prendre en compte un certain nombre de paramètres sur le plan national pour s’assurer, d’une part, que les besoins de l’ensemble de la population soient satisfaits et, d’autre part, pour ne pas compromettre notre capacité à faire face aux effets du changement climatique.

Par conséquent plusieurs points doivent être revus, compte tenu des défis que posent les effets du changement climatique : une certaine marge de sécurité alimentaire, l’indépendance énergétique, un système de drainage des eaux pluviales régional, la gestion intégrée de la zone côtière, le reboisement d’axes stratégiques, entre autres, cite notre interlocutrice. En outre, elle soutient qu’il faut faire en sorte de protéger les terres agricoles pour de bonnes récoltes, un système de drainage des eaux pluviales régional pour considérablement réduire les risques d’inondation ; jusqu’ici, on s’est contenté de construire des drains sans se soucier où va l’eau drainée après. 

Elle ajoute que «la mise en œuvre des recommandations du projet Mainstreaming Biodiversity into the Management of the Coastal Zone of the Republic of Mauritius et le reboisement d’axes stratégiques pour protéger la biodiversité, entre autres, à travers la mise en œuvre de la Protected Area Network Expansion Strategy» doivent être considérés.

La mise en œuvre de nombreux projets a eu des répercussions environnementales. Plusieurs développements comme Ébène Cyber City et les grands centres commerciaux, tel celui de Bagatelle, n’avaient pas été des options envisagées dans la National Development Strategy existante.

Adi Teelock conclut que la NDS n’est pas prescriptive, c’est-à-dire qu’elle n’impose rien ; ne faudrait-il pas revenir à un plan où sont identifiés des espaces/zones non-constructibles, se demande-t-elle. Elle cite deux exemples récents. «Comment a-t-on permis que le petit bois à Arsenal allait faire place, entre autres, à un centre de réhabilitation et que le bois de Wooton allait accueillir des constructions, dont un grand abattoir central ? D’où viendront les animaux/carcasses destinés à l’abattoir ? Et dans les deux cas cela implique la destruction d’une partie des 20-25 % de bois et forêts existants. Ces constructions ne pouvaient-elles pas se faire ailleurs ?»

Et nos rivières ?

Au dire de Kheswar Beeharry Panray, Chief Executive Officer de l’Organisation pour la protection et la conservation de l’environnement, le rapport de la NDS contient de belles initiatives mais le plus important c’est de les mettre en pratique. «Malgré toutes ces mentions, il y a plusieurs projets qui ont été effectués sur des wetlands ou alors ces derniers sont abandonnés à l’illegal dumping alors que Maurice a signé en 2001 la Ramsar Convention, le protocole sur les marécages.»

Il rappelle que les wetlands font partie des poumons de l’océan car ils sont l’endroit où les organismes vont se croiser. Comme défini selon la Ramsar Convention, les zones humides sont des zones de marais, de tourbières ou d’eaux, naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, dont l’eau est statique ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des eaux marines dont la profondeur à marée basse ne dépasse pas six mètres. Ce dossier a 14 ans déjà, tellement de choses ont changé et le raisonnement est toujours le même, dit-il. En outre, nos rivières sont négligées alors qu’elles contiennent plusieurs espèces endémiques. Il faudrait de nouvelles lois pour protéger nos rivières. Les anciennes lois ne répondent plus à la situation actuelle.

Plusieurs personnes pompent l’eau illégalement pour l’irrigation, ou y lavent leurs contenants d’herbicides, d’insecticides, font de la plantation, ce qui peut être néfaste aux organismes vivant dans les rivières. Celles-ci étant petites, comparativement à d’autres à l’étranger, leur écosystème est très fragile. 

Pour lui également, «le rapport doit impérativement contenir des mesures dans le contexte du changement climatique ‘to mitigate climate change’. Nous ne pouvons empêcher le développement mais il faut qu’il soit durable», souligne-t-il.

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