Micki Pistorius: «On devient tueur en série par un concours de circonstances»

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Micki Pistorius, profileuse scientifique, docteure en psychologie et écrivaine sud-africaine.

Micki Pistorius, profileuse scientifique, docteure en psychologie et écrivaine sud-africaine.

Micki Pistorius, psychologue, vit à Maurice depuis peu. Elle va s’associer à sa consœur Corine Faustin-Thérèse et au Dr Satish Boolell, médecin légiste. Ils vont concevoir ensemble un cours universitaire basé sur leur expertise respective.

Après huit ans dans le journalisme, vous avez étudié la psychologie à l’université de Pretoria et obtenu cinq diplômes et un doctorat pour une thèse axée sur les tueurs en série. Pourquoi ce type de tueurs ?
Lorsque je complétais ma thèse de psychologie sur les troubles de la personnalité limite, un des projets de mon professeur et directeur de thèse portait sur les tueurs en série. Ce sujet m’a intéressée. À l’époque, j’étudiais Sigmund Freud et j’ai commencé à lier ce qu’il disait sur les différentes phases du développement de l’enfant à certaines caractéristiques des tueurs en série. J’ai vu que cela correspondait. C’est ce qui m’a poussée à axer ma thèse sur ces derniers.

Parlez-nous de ces correspondances.
Freud définit la première phase du développement de l’enfant par celle orale, soit l’allaitement maternel et le contact de la bouche du bébé avec le sein maternel. Si, sur une scène de crime, la victime a eu les seins tranchés, cela indique que l’assassin n’a pas été allaité au sein. Chez les enfants de deux à quatre ans, Freud parle de la phase anale, étape où l’enfant apprend à faire ses besoins sur le pot. C’est une phase de perfectionnisme, de propreté, de netteté. Lorsqu’il y a un traumatisme à cette étape, cela se traduira par la précision sur une scène de crime. Lorsqu’une scène de crime est très propre, je sais que quelque chose a mal tourné durant la phase anale de l’assassin.

Plusieurs personnes n’ont pas été nourries au sein maternel. Cela ne fait pas d’elles des tueurs en série ?
Tout le monde a quelque chose qui ne va pas à un moment de sa vie. Mais cela dépend de ses parents, de l’environnement familial et d’une attitude positive. Une personne qui fait une fixation sur la phase anale sera quelqu’un de méthodique, de précis, comme un comptable. Freud estime que ces phases de développement nous façonnent. Par exemple, entre l’âge de quatre et six ans, c’est l’étape œdipienne. Le petit garçon et la petite fille prennent conscience qu’ils n’ont pas les mêmes organes génitaux. C’est la phase sexuelle. À un moment, le petit garçon sera amoureux de sa mère et aura peur que son père ne lui coupe le zizi. Lorsque je vois une scène de crime où une femme a les jambes écartées et que l’assassin lui a inséré un objet dans le vagin, je fais toute de suite le lien avec la phase œdipienne.

Y a-t-il un facteur génétique qui joue chez les tueurs en série ?
Non, on ne naît pas avec des gènes de tueur en série. C’est une série de circonstances qui font qu’on le devienne.

Combien de tueurs en série ont été recensés en Afrique du Sud ?
Entre 1994 et l’an 2000, on a avancé le chiffre de 35 tueurs en série. On disait alors que l’Afrique du Sud se classait deuxième pays au monde en la matière. Je ne me fie pas aux statistiques car tous les pays ne rapportent pas tous les cas.

La phase de développement s’étalant de 0 à 6 ans est donc cruciale ?
Elle l’est. Entre six et 12 ans, les enfants sont scolarisés et ne sont pas très sexualisés. Ils apprennent à partager, à se comporter correctement en groupe, à commencer à manifester de l’affection envers les autres, à développer leur conscience. Un enfant ne sait pas se défendre. Il fera des bruits de bombe avec sa bouche et vivra dans un monde de fantaisie dans lequel il sera le héros qui tue les méchants. Les adultes qui l’entourent lui apprendront à réprimer ce monde et lui mettront sous les yeux de bons exemples à suivre. Les tueurs en série sont soit abandonnés par leur père ou maltraités par lui. Ils n’ont pas de role model.

C’est aussi le cas d’enfants issus de mères célibataires ?
Pas tout à fait car, autour d’elles, il y a toujours des oncles, des enseignants, des hommes bons pour encadrer l’enfant. Les tueurs en série n’ont pas eu de role model. Ils sont souvent des enfants négligés, qui commencent par torturer et tuer des animaux, par extrapoler des plans de kidnapping dans leur tête avant de passer à l’acte. Dans leur esprit, leur crime est parfait. Mais, dans la réalité, un crime ne l’est jamais. Lorsqu’ils le réalisent, ils recommencent à tuer en pensant pouvoir commettre ce crime parfait. Lorsqu’une personne tue une autre, elle a le sentiment d’être Dieu et d’avoir le pouvoir de vie ou de mort sur les autres. Les tueurs en série savent très bien qu’ils font mal, mais ils n’en ont cure. Ce ne sont pas des personnes mentalement dérangées. En fait, très peu de tueurs en série souffrent de troubles mentaux. Ce sont des gens comme vous et moi, à l’apparence normale.

Quel est le cas de tueur en série le plus marquant sur lequel vous avez travaillé ?
C’était mon premier cas. Il y avait un tueur en série surnommé le Station Strangler, à Cape Town. Il avait tué et sodomisé plus de 20 enfants de 10 à 12 ans. Il les enterrait dans des dunes de sable. La police de Pretoria a voulu que je fasse le forensic profiling du tueur. J’ai regardé les photos de toutes les scènes de crime et j’ai été sur place. Les enfants ne s’étant pas débattus, je me disais qu’ils suivaient docilement leur assassin et qu’il devait être un enseignant. J’ai établi son profil et demandé à ce qu’il soit publié tel quel car les tueurs en série lisent les journaux. Il y avait des pièges là-dedans pour lui. Quelques jours après sa parution, une clinique a appelé la police pour dire qu’un de leurs patients, qui entrait et sortait de l’établissement à sa guise, correspondait au profil. Arrêté, il est passé aux aveux. C’était effectivement un enseignant. J’avais eu raison à 96 %.

Pourquoi avoir choisi de vous installer à Maurice ?
Mes services ont été retenus comme consultante par une firme d’avocats et de comptables, Europlaw Group Africa Ltd, qui attend son permis du board de la Financial Services Commission. Avec eux, je vais faire de la gestion de stress, appliquer des techniques pour identifier les psychopathes au bureau, établir des profils d’employés et des politiques pour éviter la violence au bureau. J’ai rencontré le Dr Satish Boolell, ancien chef de la médecine légale, ainsi que Corine Faustin-Thérèse, détentrice d’un doctorat en psychologie. Nous avons décidé de mettre en commun notre expertise et de concevoir un cours universitaire destiné aux policiers et détectives privés de Maurice et d’ailleurs pour les aider à établir des forensic and pathological profiles.

Comme je porte plusieurs casquettes, je ferai du consulting en gestion du stress auprès des directeurs de compagnie, en recommandant des exercices très pratiques et la psycho-diététique, un domaine nouveau consistant à recommander des aliments qui facilitent les échanges entre neurotransmetteurs du cerveau. Je suis en négociation avec un groupe hôtelier à cet effet. Dans le passé, j’ai élaboré un programme pour enseignants d’adolescents d’un groupe d’écoles privées en Grande-Bretagne. Je sais quels exercices utiliser pour stimuler le cerveau des enfants, les faire aimer aller à l’école et rester loin des drogues et de la criminalité. Je peux les mettre en œuvre.

Mauritius wants to be a knowledge hub. I am here to bring my intellectual equity, experience and knowledge.

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