Dr Vinesh Sewsurn: «Les patients disent être traités comme des nouilles instantanées»

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Dr Vinesh Sewsurn, président de la Medical Health Officers Association (MHOA).

Dr Vinesh Sewsurn, président de la Medical Health Officers Association (MHOA).

La décision des médecins du public, prise samedi, d’accorder dix minutes à un patient lors d’une consultation surprend. D’aucuns se demandent si ce n’est pas un type de «go slow», suite à la menace de grève de ces médecins.

Lors de l’assemblée générale de la MHOA, samedi, les médecins généralistes ont pris la résolution d’accorder dix minutes à chaque patient. Quelle est l’idée derrière cette décision ?
L’association a toujours milité pour améliorer le système de santé à Maurice. On avait même préparé un schéma en ce sens en 2017. Or, le ministère de la Santé l’avait rejeté. Des études démontrent qu’il y a plus de risques de mauvais diagnostic et de polypharmacie (donner plus de médicaments) si la consultation dure moins de cinq minutes. Quelle est la différence lorsque vous allez voir un spécialiste à l’hôpital ou à la clinique ? Sa connaissance reste la même. Ce qui change, c’est le temps qu’il consacre au patient, et ses prescriptions. Dix minutes par patient nous permettront d’avoir plus de temps pour la consultation et le conseiller. D’ailleurs, ce temps peut être limité dans certains cas. On peut l’augmenter à l’avenir.

Que fera le médecin pendant ces dix minutes, surtout dans des cas où des patients sont venus le voir avec des problèmes bénins qui ne demandent pas trop de temps ?
Ce n’est pas comme vous le pensez. Lorsque vous accordez plus de temps à la personne, vous pouvez mieux savoir comment la traiter. À ce stade, on est en train de réaliser un traitement symptomatique. Or, si vous prenez du temps avec le patient, du moment qu’il commence à faire confiance au médecin, il va divulguer des détails vitaux qui vont aider pour son traitement. À présent, deux médecins reçoivent 150 patients en trois heures lors des suivis sur rendez-vous. C’est du «kwi vidé».

La MHOA compte demander au ministère de la Santé de revoir sa planification en ce qu’il s’agit des traitements sur rendez-vous, et restructurer le système. Une lettre est en préparation en ce sens. Après s’être rendus au dispensaire, les patients s’attendent à retrouver leur santé dans les plus brefs délais. Or, lorsque cela ne se produit pas, ils se rendent à l’hôpital pendant la nuit. C’est une duplication des soins. Comme d’autres pays avancés, il nous faut introduire le système de soins primaires prodigués par le médecin généraliste, suivi du referral aux spécialistes.

Est-ce que cela ne va pas avoir une répercussion sur toute la chaîne ?
On ne fait pas cela pour paralyser le système. On fonctionne en ce moment dans un système archaïque. En une ou deux minutes, le médecin généraliste ne peut pas donner le meilleur de lui-même. Quant aux patients, ils perdent plus de temps à attendre les résultats de la radiographie. Ce n’est pas le cas chez le médecin généraliste. Il faut qu’il y ait plus de salles de consultation afin de respecter la confidentialité des patients. Ensuite, il faut faire une restructuration à tous les autres niveaux, soit au département des archives (records), les paramédicaux et du laboratoire.

L’idée d’accorder dix minutes par patient ne serait pas un type de «go-slow» ?
C’est totalement faux. On a pris cette résolution dans l’intérêt des patients. Si on a pris cette décision lors d’une assemblée générale où on a invité la presse, ce n’est pas pour faire un ‘go-slow’. Il n’y a qu’un infirmier qui a tenu ces propos dans les médias. Les autres comprennent et soutiennent notre position. Idem pour les patients. Les miens m’ont dit qu’ils estiment qu’on est en train d’oeuvrer en leur faveur. Car, ils affirment qu’on leur traite comme des nouilles instantanées, avec une consultation de deux à trois minutes.

Et si le ministère de tutelle n’agit pas en conséquence de la lettre que la MHOA compte lui envoyer ?
Qu’il vienne répondre à la population. On souhaite offrir ce que la population mérite. Et selon nous ce sera une ‘win-win situation’ et pour les médecins et les patients.

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