Jonathan Ravat: «Le social nous renvoie à chacun de nous et à tous»

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Jonathan Ravat, chef des études sociales, économiques et politiques à l’Institut Cardinal Jean Margéot (ICJM).

Jonathan Ravat, chef des études sociales, économiques et politiques à l’Institut Cardinal Jean Margéot (ICJM).

L’ICJM lance à partir du 18 septembre un cours sur le leadership social que vous animerez. Quelle est la nécessité d’un tel cours puisque jusqu’ici, ce domaine ne s’enseignait pas mais se pratiquait avec succès sur le terrain ?
Votre question me permet de poser deux points fondamentaux. D’abord, il est impératif de définir ce qu’est le «social» car c’est ainsi que l’on peut comprendre une bonne fois pour toutes pourquoi il faut, justement, précisément, offrir des formations dans ce qu’on appelle le «social» : dans son étymologie, «social» veut simultanément impliquer «socius», c’est-à-dire mon rapport à l’autre, au compagnon, au prochain, et «socialis», c’est-à-dire ma participation au sein de la société. Et ce, je le redis : cela, en même temps, il y a donc une superposition, une double réalité. 

Quand on retourne au vrai sens du mot «social», on comprend que tout est social, que le social englobe tout : si nous utilisions un «Venn Diagram», comme en mathématiques, nous comprendrions alors que le social, c’est tout le cadre ; l’univers, et l’économie, la finance, le loisir, etc., sont tous des cercles, «subsets» au sein du cadre – et si je veux aller encore plus loin, je pourrais ajouter qu’il y a corrélation directe entre «social» et «écologie» : ils sont synonymes puisque parlant de la même chose, posant le même horizon : le cadre global au sein duquel nous nous retrouvons tous ! C’est ainsi qu’il ne faut surtout pas – et plus ! – confondre «social» et «bénévolat» ou «volontariat»

Il peut y avoir différentes acceptions mais si l’on suit l’ONU, le «volontariat» se réfère à un engagement gratuit, sans rémunération, sur une fréquence régulière (par exemple, hebdomadaire, ou mensuelle), auprès de populations-cibles précises (personnes en situation de pauvreté, de handicap, de vulnérabilité, etc.) ; le «bénévolat», c’est comme le «volontariat» sauf que c’est sur une fréquence moins régulière (c’est-à-dire : trois fois par an). Mais le «social», ce n’est pas ça, du moins ce n’est pas que ça ! 

Il faut absolument briser nos moules mentaux, déprogrammer nos schémas cognitifs et casser nos œillères, parce que le «social», c’est beaucoup plus large, plus englobant, et nous renvoie non seulement à chacun et à tous, mais aussi à notre responsabilité politique de citoyen et de terrien ! Il faut donc combattre cette mentalité qui nous fait spontanément nous dire : «ayo, sosial sa ! Pa pou mwa sa ! C’est pour les organisations non gouvernementales, l’Église, les religions, les syndicats – ou les retraités ! Mais pas pour moi, parce que moi, je travaille, je n’ai pas le temps !» Non ! Il faut refuser ce genre de compartimentation, de clivage, de relégation qui arrange le système, et réaliser que le social c’est chacun et nous tous, c’est tout simplement la question de l’Humain et du vivre-ensemble politique et planétaire, et parce que c’est cette question, c’est capital. 

Il convient donc de se «pauser» et de se «poser», de prendre du temps pour s’arrêter, s’interroger, s’informer, se former, se remettre en question pour comprendre ce qui se cache derrière ce mot et ce qu’il nous présente comme problèmes, comme enjeux, comme challenges. Et puis, poser la question de ma place au sein de la société et ma responsabilité au monde ; émerge alors toute la réflexion autour de l’engagement citoyen qu’il convient d’encourager. Et ça, c’est notre mission à l’Institut. Notre responsabilité de citoyen de Maurice et du monde est trop importante pour juste faire comme on pense, comme on croit savoir ou comme on a toujours fait ! 

Même dans un domaine qui semble aussi facile et direct que le social «parski nou krwar nou nek bizin rann enn servis», nous devons nous laisser être formés, nous munissant des techniques modernes, nous enracinant dans des principes intemporels, nous nourrissant des textes fondamentaux. Le tout simultanément. Toujours. Et là, encore il convient de se demander quelle formation. 

C’est mon second point : vous remarquerez que nous ne lançons pas de cours de «Social Work» mais un parcours de «Social Leadership». Comme je viens de le dire pour le mot «social», il ne faut surtout pas sous-estimer ou se laisser prendre par ce que l’on croit savoir du mot «leadership»… Et qui plus est des deux mots mis ensemble de «Social Leadership». Mais ça, je ne vous en dirai pas plus et inviterai les intéressés à se laisser porter, à me faire confiance, à venir et à voir… Car plus qu’un cours, c’est un parcours, une aventure intellectuelle, un cheminement humain.

Combien de modules sont-ils compris dans ce cours et quelle est sa durée ?
Sans dévoiler le contenu du parcours, outre l’indispensable question du leadership moderne, nous aborderons les thématiques de la pauvreté, de l’exclusion, des droits de l’homme, de l’éthique, de la politique, des religions présentes à Maurice ainsi que les «social work», «project writing», etc., Mais most importantly, il ne s’agit pas d’une course en longue ligne droite, comme si, une fois que nous avons commencé, nous ne revenons plus en arrière et nous ne faisons qu’avancer vers la ligne d’arrivée. Non, il s’agit plutôt d’une grande toile d’araignée où tout est lié, et rien n’est laissé au hasard…

À qui s’adresse ce cours ?
Brassant large, il est destiné à toute personne, dans le secteur corporate (ressources humaines, relations publiques, CSR Department, Sustainability Management, etc.), dans le secteur des organisations non gouvernementales, mais aussi dans des postes à responsabilité dans les institutions religieuses, etc., se voulant avoir une vision holistique de l’Humain dans un monde du XXIe siècle, à l’ère du numérique, et de son rôle comme citoyen de Maurice et du monde. 

Nous accueillons jeunes et seniors, salariés et retraités, des personnes en situation de pauvreté et d’autres de milieux socioéconomiques plus fortunés, des personnes n’étant pas très à l’aise à écrire, lire ou compter et d’autres ayant complété des études universitaires ou supérieures, des Mauriciens de tous horizons culturels et religieux, croyants, agnostiques et athées, etc. Bref, chacun est invité. 

La spécificité de ce parcours réside dans le fait d’offrir, comme on dit couramment chez nous, «un pot-pourri de connaissances provenant d’un pot-pourri de sources à tout un éventail de personnes, toutes organisations non gouvernementales, tous milieux socioprofessionnels et toutes religions confondus.»

Combien de participants attendez-vous ?
J’espère 40, ou plus.

Ce cours comprend-il un stage pratique auprès des acteurs du social ?
Oui, mais je ne peux en dire plus.

Quel est son coût ?
Rs 9 600 pour toute l’année, ce qui inclut des rafraîchissements, des manuels, des hand-outs, etc. Aussi, parce qu’à l’Institut, nous favorisons l’humain et son développement intégral, nous essayons d’offrir des facilités de paiement à ceux qui, pour des raisons personnelles, ne peuvent pas payer l’intégralité de cette somme tout de suite. Pour conclure, je donne  rendez-vous aux intéressés demain (18 septembre), à 9 heures, à l’ICJM.

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