Environnement: la population d’abeilles gravement réduite

Avec le soutien de
Étienne de Senneville, apiculteur, en compagnie de ses abeilles.

Étienne de Senneville, apiculteur, en compagnie de ses abeilles.

Tous les insecticides sont toxiques pour les abeilles mais  ceux qu’on qualifie de nicotinoïdes le sont encore plus. Le nombre d’abeilles a diminué et la production nationale de miel est passée de 35 tonnes en 2013 à 25 tonnes en 2018. Des lois ont été promulguées pour que les agriculteurs respectent le taux de pesticides mais aucun règlement n’interdit l’utilisation des nicotinoïdes sur le territoire mauricien.

«À Maurice, la situation n’est pas critique mais il y a eu une certaine réduction. Il y a eu la grande déforestation des années 50 due au développement, un facteur qui a réduit le nombre d’abeilles en général», déclare Étienne de Senneville, apiculteur et directeur de Bee Works Ltd. Les pesticides, surtout pour des légumes comme le giraumon et le pâtisson, et pour les fruits comme la tomate et le melon, entre autres, nuisent au bon développement des abeilles.

De plus, il y a les parasites. L’apiculteur explique que ces derniers réduisent la population d’abeilles. Le coléoptère pond dans le pain de miel et les larves se nourrissent du miel et de la cire. Ces larves secrètent de l’eau – des excréments – qui va créer une fermentation dans tout le pain et émettre une mauvaise odeur qui fait fuir les abeilles. D’autre part, le varoa pond dans le couvain (où la reine pond ses œufs) et les larves du varoa se nourrissent de la larve de l’abeille, causant une malformation chez ces insectes.

La varoa se pose sur l’abeille puis pond dans leur pain.

En 2013, la production de miel était de 35 tonnes. Entre 2014 et 2015, deux parasites, le varoa et le coléoptère, vont causer une baisse drastique de 50 % du nombre d’abeilles. En 2016, la production de miel baisse à 15 tonnes, alors qu’on peut avoir deux récoltes par an, explique Sookar Preeanduth, Principal Scientific Officer du département d’entomologie du ministère de l’Agro-industrie. Depuis 2015, cinq réserves apicoles ont été créées à Bras-d’Eau, Petit-Sable, La Ferme, Le Morne et Dauguet, avec l’appui du service forestier et du département d’entomologie. D’autres réserves apicoles sont en cours de création sur la rivière Takamaka (La-Marie) et à Palma, pour stimuler la production locale de miel. De plus, Petit-Sable possède un grand potentiel de production, avec la présence d’arbres mellifères, qui attirent les abeilles.

En 2018, les chiffres démontrent une hausse de la production de miel à 25 tonnes mais elle est toujours inférieure à celle de 2013, alors que la consommation de miel à Maurice est d’environ 200 tonnes par an. Des lois ont été promulguées en juillet 2018, après l’Use of Pesticide Bill de mai 2018, pour réduire l’utilisation des pesticides et assurer la production d’aliments sûrs.

À Maurice, deux nicotinoïdes, le confidor, et l’actara, ont été bannis. Cependant, aucune loi spécifique n’interdit leur utilisation, souligne Sookar Preeanduth.

Les nicotinoïdes

Il explique que «c’est le Dangerous Chemical Control Board, sous le ministère de la Santé, qui n’autorise pas l’importation de ces produits». Il ajoute que l’acetamiprid est toujours utilisé pour les arbres fruitiers car il n’y a pas d’autre alternative. Il est, cependant, recommandé de l’utiliser avec précaution. «C’est le seul produit systémique qui peut pénétrer à l’intérieur des plantes pour contrôler les parasites.» Le nicotinoïde attaque le système nerveux central des insectes et, en particulier, celui des abeilles. Celles-ci sont, de ce fait, désorientées et n’arrivent plus à retourner à leur ruche.

Normalement, le Pesticide Regulatory Office prend régulièrement des échantillons des produits récoltés chez les agriculteurs, et à l’auction market de Vacoas, Flacq et Port-Louis, entre autres, pour les analyser. Des échantillons des produits importés sont également analysés par le Food Technology Laboratory du ministère à Réduit.

«Si les tests démontrent que la quantité de pesticides dépasse la limite maximale de résidus, l’utilisateur reçoit une notification d’amélioration qui indique les mesures à prendre. Après 14 jours, une deuxième analyse est effectuée. Si les résultats démontrent la même tendance, des mesures de correction sont prises, dépendant du délit», explique Sookar Preeanduth . Soit une amende ne dépassant pas Rs 50 000 et une peine de prison maximale d’un an.

Les larves du coléoptère envahissant le pain de la reine.

Selon les dernières données du Pesticide Residue Analysis, publiées en mars, sur 70 échantillons analysés, dix contenaient des résidus de pesticides non recommandés et dans deux échantillons, les résidus de pesticides dépassaient la limite. Selon l’Use of Pesticide Act 2018, différents types de pesticides sont utilisés pour différents produits agricoles et chacun a une limite maximale de résidus respective. «En outre, on conseille aux apiculteurs d’éviter de placer leurs ruches dans des endroits où on utilise des pesticides et on demande aux planteurs d’éviter l’épandage de pesticides pendant la floraison des plantes. Nous recommandons l’utilisation du thym et du basilic pour combattre les nuisibles», déclare le Principal Scientific Officer. Sookar Preeanduth ajoute que les apiculteurs reçoivent aussi des produits pour contrôler les nuisibles comme le thymogel, ainsi qu’un aliment, honey bee seed, qui aide au bon développement des abeilles.

Une abeille peut vivre jusqu’à 40 mois

À Maurice, il existe deux types d’abeilles : l’africaine, espèce la plus répandue dans les endroits sauvages, et l’italienne, qui produit plus de miel et est moins agressive. La durée de vie de cette espèce est de 35 à 40 mois. Le gordon, le mâle, peut vivre jusqu’à trois mois et demi et la reine de trois ans et demi à quatre ans. La reine peut produire environ 1 000 œufs par jour et la production d’œufs est quotidienne. Si la reine meurt ou quitte la ruche, les abeilles nourrissent une larve de gelée royale pour qu’elle se développe en reine et que sa cellule s’élargisse.

Une production saisonnière

La production de miel est plus propice en été, quand il y a davantage de fleurs. L’apiculteur explique que le miel peut être différent en goût et en couleur, dépendant de la floraison de l’arbre. À Maurice, différents miels peuvent être récoltés selon chaque floraison : celui de campêche en août ou mi-septembre ; d’eucalyptus en novembre ; de terminalia à la fin de l’année et de baies roses en mars. Il y a également le miel de letchi, qui est très rare, soutient Étienne de Senneville. Il explique qu’une ruche contient deux boîtes avec dix cadres par boîte. Les cadres sont faits au millimètre, afin de produire le miel comme dans la nature. La boîte du bas sert à la reproduction ; les larves et les œufs ainsi que pour la reine. Les abeilles vont ensuite en haut pour stocker leur miel à travers le pain qui contient des alvéoles. Le miel remplit l’alvéole et la ferme.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires