Gaëtan Siew: «L’optique de pays riches de l’Unesco bloque les projets à Port-Louis»

Avec le soutien de
Les mécontents de la zone tampon ne sont pas qu’à Chinatown.

Les mécontents de la zone tampon ne sont pas qu’à Chinatown.

Gaëtan Siew, président de la Port-Louis Development Initiative (PLDI) était à l’Unesco à Paris, début avril. Il y a défendu le projet d’Urban Terminal Immigration Square. Face aux règlements en vigueur dans la zone tampon de l’Aapravasi Ghat, qui affectent quatre projets de l’État, l’architecte déplore leur «application trop rigide».

Il n’y a pas qu’à Chinatown qu’il y a des propriétaires mécontents. Si le jeudi 29 août, une plateforme réunissant plusieurs propriétaires terriens de ce quartier de Port-Louis, a publiquement affirmé que leurs projets de développement sont bloqués à cause des règles en vigueur dans la zone tampon de l’Aapravasi Ghat, tout indique que l’État se retrouve dans la même situation.

Il y a quatre projets publics dans la zone de protection tracée autour du patrimoine mondial : l’Urban Terminal Immigration Square, le musée intercontinental de l’esclavage prévu dans l’ex-Hôpital Militaire, l’«art district» annoncé au Grenier et la rénovation de la section boucherie et poissons du Marché central. Des projets qui sont «bloqués», affirme Gaëtan Siew, architecte et président du Port-Louis Development Initiative (PLDI). «L’État a mis en place des mesures qui freinent ses propres projets».

Pour l’affirmer, il s’appuie sur une très récente expérience. À la mi-avril de cette année, Gaëtan Siew s’est rendu à l’Unesco à Paris, pour y défendre le projet d’Urban Terminal Immigration Square.

Optique de pays riches

C’est aussi ce qu’avait indiqué Nando Bodha, ministre des Infrastructures publiques, au Parlement (sans citer le nom de Gaëtan Siew). En réponse à une question sur l’état d’avancement des travaux de différents Urban terminals, le 16 juillet dernier, le ministre avait déclaré que le design de la nouvelle gare de l’Immigration avait été présenté à l’Unesco, le 12 avril dernier. Ses experts ont par la suite recommandé que l’État mauricien soumette un Heritage Impact Assessment ainsi qu’un Visual Impact Assessment, avant d’aller de l’avant avec l’Urban Terminal Immigration Square.

Pour Gaëtan Siew, les divers règlements et plans de gestion de l’Unesco sont conçus, «dans une optique de pays riches du Nord». Ce qui n’est pas applicable à Maurice. «L’Unesco a une méconnaissance des réalités locales. Les experts sont dans leur bulle à Paris ou à Rotterdam. Ils ne font qu’appliquer les mêmes règlements que dans le Nord. It does not work». En attendant, la dégradation des vieux bâtiments dans la zone tampon se poursuit. Quand ils ne sont pas remplacés par des parkings.

L’architecte va plus loin. Il pointe du doigt les autorités régulatrices locales. Celles chargées de la protection du patrimoine, donc d’appliquer les règlements de la zone tampon. Il s’insurge contre leur «intransigeance et leur inflexibilité dans l’interprétation des règlements. Elles les appliquent à la lettre». Selon lui, un peu plus de «souplesse» serait la bienvenue. «Car au final, tout le monde souhaite préserver le patrimoine, que ce soit l’Aapravasi Ghat, Chinatown, la Jummah Mosque etc.».

Zone tampon, zone géante

La zone tampon fait «43% du centre commercial de Port-Louis», souligne Gaëtan Siew, président du Port-Louis Development Initiative (PLDI). Cette zone de protection autour de l’Aapravasi Ghat s’étend de la rue Sun Yat Sen (ex-Arsenal) à la rue Duke of Edinburgh. Elle comprend aussi une partie du port. L’Unesco aurait tout récemment recommandé d’agrandir la zone tampon.

13 ans après. Aapravasi Ghat, quels résultats ?

L’Aapravasi Ghat est classé patrimoine mondial depuis 2006. Treize ans plus tard, quels résultats ? Premier constat de Gaëtan Siew : «sur Google, l’Aapravasi Ghat n’est pas dans le Top 10 des endroits à visiter à Maurice».

Il cite des chiffres donnés lors du consultative committee organisé par l’Aapravasi Ghat Trust Fund (réunion annuelle des propriétaires terriens et autres stakeholders de la zone tampon), qui s’est tenu le vendredi 23 août dernier, à la mairie de Port-Louis. «Ils reçoivent 50 000 visiteurs par an, dont 30 000 écoliers». Alors que d’autres attractions touristiques enregistrent des passages autrement plus conséquents surtout en termes touristiques : «600 000 visiteurs pour Casela, 700 000 visiteurs pour Bagatelle Shopping Mall». Gaëtan Siew ajoute que le projet d’IBL de construire un aquarium au Caudan, «a fait des prévisions de l’ordre de 400 000 visiteurs par an».

Une conclusion s’impose : «les Mauriciens ne visitent pas l’Aapravasi Ghat et le Beekrumsing Ramlallah Interpretation Centre». Le calcul est vite fait. «À ce rythme, il faudrait 24 ans pour que tous les Mauriciens visitent ce site».

Relevé official: 300 Bâtiments répertoriés

Un relevé des 300 bâtiments existants dans la zone tampon a été réalisé par l’Aapravasi Ghat Trust Fund. Ces structures ont été classées selon leur valeur historique. «Des 300 bâtiments répertoriés, 136 sont classés et 110 sont considérés comme étant ‘hors normes’». Ce qui signifie, souligne Gaëtan Siew que, «la moitié des bâtiments est déjà perdue. Il faudrait donner une chance à l’autre».

National Regeneration Programme: ces encouragements méconnus

Dans le Budget l’an dernier, l’État a annoncé la création du National Regeneration Programme (NRP) pour encourager le renouveau des centre-villes et des artères principales des grands villages. Le NRP, géré par l’Economic Development Board (EDB) prévoit des «incentives » sur le modèle de ce qui est accordé aux smart cities, explique Gaëtan Siew. Parmi, le remboursement de la tva, l’exemption d’impôt sur les revenus lié à un «smart parking», entre autres. «Souvent les propriétaires ne sont pas au courant de l’existence de ces mesures». Le président de PLDI explique que selon des calculs, «aménager un parking rapporte plus d’argent que de rénover, incentive compris».

Port-Louis Development Initiative: son projet de «District culturel»

Le projet de la Port-Louis Development Initiative (PLDI) est de transformer la zone tampon de l’Aapravasi Ghat en «district culturel». Son président indique que ce projet, «a le soutien de la Banque Africaine de Développement, de Mastercard International». Il précise que l’Economic Development Board a donné son feu vert. Et que la Mauritius Commercial Bank s’est montrée «intéressée». «Mais les règlements de la zone tampon nous bloquent».

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires