Et si vous employiez une personne ayant un handicap intellectuel ?

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Suzette Lervese fait partie de l’équipe de formateurs d’Inclusion Mauritius.

Suzette Lervese fait partie de l’équipe de formateurs d’Inclusion Mauritius.

Chez Inclusion Mauritius, l’employabilité des personnes ayant un handicap intellectuel est primordiale : les personnes aux besoins spéciaux ont des droits, comme n’importe quel citoyen, et cela comprend le droit de travailler. Tout un programme existe au sein de cette fédération d’organisations non gouvernementales (ONG) pour permettre aux personnes ayant un handicap intellectuel d’être employables… et employées.

Suzette Lervese est formatrice depuis environ un an et demi pour Inclusion Mauritius, qui regroupe 14 ONG travaillant dans le domaine du handicap intellectuel. Depuis son arrivée, Suzette contribue beaucoup au programme de renforcement des compétences de personnes avec un handicap intellectuel mis en place par Inclusion Mauritius. «Nous identifions les besoins des jeunes que nous suivons et nous assurons qu’ils soient mentalement prêts à entrer dans le monde du travail

Dans le cadre de cette formation, au-delà des principes académiques classiques, les jeunes reçoivent également des notions de base sur l’hygiène et le grooming, le respect de soi et de l’autre, le savoir-vivre, la gestion des émotions, la sécurité lors du trajet jusqu’à son lieu de travail et son lieu de résidence, la notion des droits et des responsabilités, la capacité à faire face aux imprévus, à trouver des solutions à de petits problèmes qui peuvent survenir, à bien prendre des compliments sans qu’il n’y ait de mauvaise interprétation… «Nous avons tenté de penser à ce qui peut être pour eux un obstacle physique et mental et nous essayons de les préparer à toutes les petites choses qui peuvent arriver», explique Pooja Gopee, Coordinatrice d’Inclusion Mauritius.

Défis multiples

Au moment de l’entrée dans un univers professionnel, les défis sont multiples et plus conséquents pour un jeune porteur d’un handicap intellectuel, par rapport à un jeune sans handicap. À la gestion de ses propres craintes et autres émotions intérieures vient s’ajouter la gestion des réactions et de l’attitude des personnes sans handicap que le jeune sera amené à côtoyer. Car les employés sont rarement assez prêts pour les inclure de manière naturelle dans leurs cercles respectifs.

Pourtant, un gros travail est fait en amont par Inclusion Mauritius pour former les employeurs et le personnel qui entourera le jeune une fois qu’il aura intégré l’équipe, afin de les encourager à créer pour lui un environnement adéquat. «On prépare les employeurs et l’équipe sur ce à quoi ils doivent s’attendre, les choses à surveiller chez le jeune employé, comment les approcher, sur quel ton de voix leur parler... Et une fois le jeune lancé, nous assurons un suivi une fois par mois en nous rendant sur place pour voir comment les choses se passent. Nous restons également en contact avec les employeurs et les aidons si besoin à gérer des situations difficiles», précise Suzette.

Le travail de préparation se fait donc non seulement avec le jeune mais aussi avec l’équipe qui s’apprête à l’accueillir, sous forme de sessions de travail, de présentations ou simplement lors d’une formation. Un travail de préparation est également nécessaire avec les parents du jeune concerné. Il existe aussi parfois l’incapacité des parents à lâcher prise, car ils sont enclins soit à sous-estimer les capacités de leurs enfants, soit à les surprotéger, un réflexe développé depuis la pose officielle du diagnostic de handicap intellectuel chez leurs enfants et nourri au fil du temps.

S’accepter comme ils sont

Pour certains parents, accepter le handicap de leur enfant est difficile, et face à ce déni, l’enfant refuse lui aussi de voir qu’il est porteur de handicap. Pourtant, faire face à cette réalité est primordial pour que le jeune arrive à s’intégrer socialement, souligne Suzette. «Comment pourront-ils se faire accepter par les autres si eux-mêmes n’ont pas appris à s’accepter comme ils sont ? Chez Inclusion, nous voulons qu’ils soient bien conscients de leur handicap et qu’ils se disent que cela ne change en rien leurs droits. Ils sont d’ailleurs formés sur tout ce qui touche à l’article 27 du United Nations Convention on the Rights of Persons with Disabilities (UNCRPD).»

55 jeunes de plus de 16 ans issus des différentes écoles membres d’Inclusion sont actuellement embarqués sur la formation 2019. Le programme dure 4 à 6 semaines et comprend une recherche d’emploi, que les jeunes effectuent eux-mêmes avec le soutien des formateurs, car la manière d’approcher les employeurs fait partie des concepts travaillés avec les jeunes suivis.

Anusha, employee à «The Good Shop»

Anusha travaille à «The Good Shop», qui prend en donation des objets et vêtements et les revend à bas prix pour financer un projet social.

Anusha, 19 ans, est employée à «The Good Shop», à Calebasses, depuis plusieurs mois. Postée à l’arrière-boutique, elle est chargée du tri des vêtements, de leur classement par codes couleurs, de placer les étiquettes sur les vêtements, de déplacer quand il faut le stock de vêtements vers l’avant de la boutique et du nettoyage, quand c’est son tour. «Tous les jours, Michael, le responsable de la boutique, nous réunit et nous demande comment nous nous sentons. Ensuite, il répartit les tâches au sein de l’équipe.»

Entrée en stage fin janvier après avoir suivi la formation avec Inclusion Mauritius, elle a été employée trois mois après par la boutique. Auparavant, sa scolarité avait été entreprise à l’école spécialisée Anou Grandi, située à Rivière-du-Rempart et affiliée à Inclusion (voir hors-texte). L’évolution d’Anusha dans l’univers professionnel s’est faite en plusieurs phases, incluant celle où elle apprend à prendre le bus d’elle-même pour se rendre sur son lieu de travail. Inquiets au départ, ses parents sont désormais ravis de la voir se débrouiller d’elle-même dans cette nouvelle étape, souligne-t-elle.

Pour Isabelle, employée à «The Good Shop» depuis seulement un mois, Anusha est parfaitement intégrée à l’équipe et c’est même vers elle qu’elle se tournait les premiers jours pour arriver à mieux comprendre le fonctionnement des tâches qui lui étaient attribuées.

Anusha, pour sa part, ne se voit pas travailler nulle part ailleurs. Il s’agit de son premier emploi et elle est épanouie au sein de l’équipe et se plaît dans son travail. À tel point qu’elle s’est mise à adopter certains gestes du boulot dans son quotidien à la maison, notamment le classement des vêtements par codes couleurs, souligne Michael, le responsable de la boutique !

Un projet en plusieurs étapes

En tant que coordinatrice d’Inclusion Mauritius, Pooja Gopee soutient et accompagne des personnes ayant un handicap intellectuel en les sensibilisant sur leurs droits.

En 2015, Pooja Gopee, Coordinatrice du réseau Inclusion Mauritius, réalise qu’il y a énormément de choses à faire dans le domaine de l’employabilité des personnes avec un handicap intellectuel. Le programme Self Advocates déjà bien lancé chez Inclusion lui avait préalablement permis d’identifier des besoins et des pistes à explorer dans ce secteur. (NdlR : Les Self Advocates sont des jeunes porteurs de handicap intellectuel, formés par Inclusion Mauritius pour faire eux-mêmes entendre leurs voix dans les médias ou dans des manifestations publiques ou des conférences internationales).

En termes d’emploi, il existait en effet pas mal d’options pour des personnes porteuses de handicaps physique et sensoriel mais rien de concret pour des personnes ayant un handicap intellectuel. «Nous avons commencé à travailler avec le Training and Employment of Disabled Persons Board (TEDPB) à qui nous avons suggéré une liste de personnes employables, et la collaboration avec Winners a commencé», explique Pooja Gopee.

En 2017, la coordinatrice du réseau soumet un projet officiel au NCSRF d’alors : le «Sensitization and skilling for young adults with intellectual disabilities». Un projet qui comprend alors un gros volet de sensibilisation du public et des employeurs par rapport aux compétences des personnes ayant un handicap intellectuel, ainsi qu’une formation de base afin de les permettre d’intégrer le monde de l’emploi. Pour faire suite à ce premier volet, un nouveau projet débute en 2019, visant à la fois les jeunes qui ont réussi à être embauchés et ceux qui n’ont pas eu de succès en ce sens : «Supported employment and technical training for young adults with intellectual disabilities».

Mais avant de débuter chaque session, une équipe composée de conseillers, de formateurs et de la coordinatrice a fait une évaluation des capacités des jeunes pour savoir s’ils sont prêts à franchir cette étape. La démarche sert à évaluer, entre autres, le niveau académique, le degré d’autonomie, la capacité d’adaptation aux différentes techniques pédagogiques qui seront utilisées… L’objectif étant d’offrir une formation adaptée en considérant à la fois les besoins des jeunes et ceux des employeurs.

Tout un programme pour permettre aux jeunes suivis par les différentes ONG sous Inclusion Mauritius d’accéder à une certaine autonomie et de se lancer dans la vie active en profitant pleinement de leurs droits, comme n’importe quel autre citoyen. «Au-delà de l’investissement financier, ce projet nous tient beaucoup à cœur car nous croyons vraiment dans les capacités de ces jeunes. Nous voulons briser les préjugés qui les entourent et leur permettre, surtout, d’être fiers de ce qu’ils sont. Tous nos projets vont d’ailleurs dans ce sens», affirme Pooja Gopee. La collaboration des différents responsables d’ONG-membres du réseau Inclusion est indéniable et Pooja tient à saluer ces directeurs/managers d’écoles pour leur confiance dans le programme et leur soutien pour les différentes choses mises en place.

À propos d’Inclusion Mauritius

Fondée en 2003, Inclusion (Mauritius) regroupe les ONG suivantes :

Amour Sans Frontières, Mauritius Mental Health Association (MMHA), APRIM, Anou Grandi, CEPEH, EWAD, Rêve et Espoir, SENS, Centre Joie de Vivre, APEIM, Autisme Maurice, Southern Handicapped Association (SHA), Fondation Georges Charles, La Courte Échelle du Nord.

Inclusion (Mauritius) est affiliée à Inclusion International, qui représente 200 fédérations dans 115 pays, dont le Moyen-Orient, l’Europe, l’Afrique, les Amériques et l’Asie pacifique.

Activités :

Campagne de sensibilisation sur les droits des personnes ayant une déficience intellectuelle

Projets sur l’éducation, la formation et l’employabilité pour les personnes ayant une déficience intellectuelle

Évaluation nationale sur les statistiques des personnes ayant une déficience intellectuelle

Pour contacter Inclusion Mauritius : 467-1711

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