Zone tampon de l’Aapravasi Ghat: ces propriétaires de terrains à Chinatown qui se disent «bloqués»

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Les propriétaires à Chinatown ne peuvent adapter leurs commerces historiques aux besoins modernes.

Les propriétaires à Chinatown ne peuvent adapter leurs commerces historiques aux besoins modernes.

Ils en ont ras-le-bol. De nombreux propriétaires de terrains situés dans la zone tampon de l’Aapravasi Ghat s’élèvent contre les règlements qui leur sont imposés. Notamment l’interdiction de construire plus d’un étage ou encore le fait de respecter un recul «d’au moins neuf mètres» par rapport à la rue.

Combien de projets de développement sont «bloqués» à Chinatown ? Des agrandissements de bâtiments existants «paralysés» – termes utilisés par Kwang Poon, animateur d’un regroupement de propriétaires terriens – par les règlements de l’Unesco en vigueur dans la zone tampon du patrimoine mondial qu’est l’Aapravasi Ghat. S’il dit ne pas avoir de chiffre exact, il estime leur nombre à «une centaine». Avant-hier, ce regroupement de propriétaires terriens a donné une conférence de presse pour exprimer son «ras-le-bol».

Lui-même voulait s’associer à quatre-cinq propriétaires pour «démorceler» un terrain allant de la rue Royale à la rue David et de la rue Jummah Mosque à la rue Emmanuel Anquetil. Mais le respect du patrimoine interdit de construire plus d’un étage. Au-delà, il faut respecter un recul «d’au moins neuf mètres» par rapport à la rue. Deux cas de figure se dessinent. Celui des nouveaux propriétaires, dont les espoirs sont à l’eau. Et ceux des propriétaires historiques qui veulent ajouter des étages au bâtiment existant.

Dans la première catégorie, figure Azad Parouty. En 2016, il achète environ 300 toises à la rue Louis Pasteur. «Sur les fondations du bâtiment, on peut construire six à sept étages.» Il compte y installer son business de décoration et louer le reste. Mais au moment d’acheter, «rien ni personne ne [lui] a dit qu’il y a des restrictions». Il s’est porté acquéreur, «sans savoir qu’il y a tous ces règlements à respecter concernant l’Aapravasi Ghat». Il est d’avis que «les autorités auraient dû en aviser les notaires pour qu’ils informent leurs clients».

Du côté des familles qui sont là de longue date, on retrouve par exemple Deva Kanaksabee. Impossible à l’heure actuelle d’ajouter trois étages au bâtiment en pierres taillées vieux de «185 ans», rue Arsenal. Il y a aussi Omar Bahemia, propriétaire de l’immeuble qui abrite le restaurant Chinatown Deli, à l’angle des rues Royale et Emmanuel Anquetil. À quelques mètres de là, la quincaillerie de la rue Royale qui a brûlé le 15 juillet lui appartient aussi.

Omar Bahemia estime que ses projets ont «longtemps été bloqués» par ses locataires, dont certains sont là «depuis plus de 50 ans». Ce qui avait réduit ses ambitions à «des travaux cosmétiques». Ce propriétaire s’exclame : «Comment faire des développements avec un loyer de Rs 900 ?» Suite à l’incendie, il a fait servir des mises en demeure aux locataires, leur demandant de quitter les lieux. Mais c’est avec appréhension qu’il a appris que «si on veut construire plus d’un étage, il faut que le toit soit en bardeaux».

Anwar Joonas est au no 10 rue Pasteur. «On veut préserver le cachet du bâtiment qui existe depuis 1885. On n’envisage pas de le démolir, mais il n’est pas adapté aux besoins modernes. Sauf que je ne peux pas construire plus d’un étage.» Pour sa part, Danapal Sunassee est le représentant de la société Lampotang, qui est au no 40 de la rue Royale. Depuis 2009, elle souhaite construire six étages, juste en face. «Le deuxième étage doit être en retrait de neuf mètres. Mais le terrain fait 11 mètres. Ki pou resté ? Les autorités doivent revoir les règles de la zone tampon».

Mieux comprendre où se trouve la zone tampon de l’Aapravasi Ghat ?

La zone tampon est une zone de protection autour du patrimoine mondial. L’Unesco y a établi une série de règles à respecter. Les permis de construction ne sont pas visés uniquement par la mairie de Port-Louis, mais aussi par le National Heritage Fund et l’Aapravasi Ghat Trust Fund, entre autres. La zone tampon s’étend de la rue Sun Yat Sen (ex-Arsenal) à la rue Duke of Edinburgh, en passant par les rues Emmanuel Anquetil, Joseph Rivière, Corderie, sir William Newton. Elle s’étend jusque dans le port.

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