Tourisme: la Commission diocésaine planche sur des offres de tours spirituels guidés

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De g. a dr., Pauline Roger, Monique Dinan, François Cheng et Marie Malié.

De g. a dr., Pauline Roger, Monique Dinan, François Cheng et Marie Malié.

Depuis trois ans, la Commission diocésaine du tourisme planche sur une idée émise il y a quelques années par un de ses membres, Monique Dinan, pour proposer des pèlerinages religieux et interculturels guidés aux réceptifs afin que les touristes puissent découvrir ces dimensions si présentes à Maurice. Cette commission, présidée par Marie Malié, évalue actuellement ses offres. Nous avons participé à un tour guidé interreligieux dans la capitale. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il élargit les horizons.

Port-Louis, la capitale des lieux de culte ?      

Il y a 91 lieux de culte catholiques à Maurice, qui comprennent 46 églises et 45 chapelles. Dans le district de Port-Louis, qui va de Pointeaux-Sables jusqu’après Plaine-Verte, se trouvent 11 églises. La première à avoir été érigée est la cathédrale Saint-Louis qui existe depuis 1847. D’une petite église, elle a été agrandie pour devenir la belle cathédrale que l’on connaît aujourd’hui. C’est en 1858 que l’église de l’Immaculée Conception est construite dans le Ward IV. En 1872, c’est au tour de l’église du Saint-Sacrement à Cassis, aussi connue comme la «cathédrale des pauvres», de voir le jour grâce à la généreuse contribution de la famille d’Arifat. En 1940, en raison de la Seconde Guerre mondiale et pour que les fidèles puissent implorer protection à la Vierge Marie, le monument Marie-Reine-de-la-Paix est construit.

Trois églises anglicanes

Il y a 16 églises anglicanes réparties dans l’île, dont trois à Port-Louis, soit la cathédrale Saint-James, consacrée en 1850 par l’évêque de Colombo venu du Sri Lanka ; l’église Saint-Pierre à Cassis et l’église Saint-Paul à Plaine-Verte. Appelée à expliquer pourquoi l’évêque catholique est connu comme l’évêque de Port-Louis alors que l’évêque anglican porte l’appellation d’évêque de Maurice, Monique Dinan rappelle que Maurice a longtemps été une colonie anglaise et que les Anglais sont pour la plupart des anglicans. D’où la préséance hiérarchique.

Deux églises presbytériennes au départ

Il y avait deux églises presbytériennes au départ à Port-Louis : d’abord l’église Saint-Andrews, destinée aux anglophones. Toute en pierres de taille, elle se situait là où passe l’autoroute. En 1980, elle a été démolie pour être reconstruite à Phoenix. Puis il y a l’église Saint-Jean, pour les francophones, construite en 1837 à la rue de la Poudrière.

Lieux de culte des autres religions chrétiennes

Les Témoins de Jéhovah ont 21 édifices religieux à Maurice, dont trois à Port-Louis, soit un à Port-Louis Nord, un à Port-Louis Sud et un autre à Pointe-aux-Sables. L’Assemblée de Dieu a 130 lieux de culte à Maurice, dont 15 dans la capitale. L’église orthodoxe est la plus récemment implantée et elle se trouve à Sable-Noir à Grande-Rivière-Nord-Ouest.

Temples et shivalas

Le temple le plus ancien est le Sockalingum Meenatchee Ammen dont la construction par des travailleurs indiens a démarré en 1854 et a été terminée en 1868. Le premier sanctuaire de l’Arya Samaj, le Vishnu Kchetre Mandir, s’est installé à la rue Saint-Denis en 1910. Il y a au total 247 temples hindous gérés par la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation dont le siège social est la Hindu House à Cassis.

Trente et une mosquées

Maurice compte 185 mosquées ou masjid, dont 31 se trouvent à Port-Louis.Monique Dinan explique que l’idée d’avoir une grande concentration de mosquées dans la capitale est voulue afin que lorsque les muezzins chantent, les croyants les entendent d’une mosquée à l’autre. La plus ancienne mosquée à s’implanter à Maurice est la Al Aqsa en 1805. C’est en 1852 que la Jummah Mosque ou mosquée des Arabes lui emboîte le pas. Le comité exécutif de cette mosquée a racheté les terrains autour et, en 1872, la Jummah Mosque est devenue le bel édifice que nous connaissons aujourd’hui.

Pagodes chinoises

Il y a 14 pagodes chinoises à Maurice. La première a été bâtie à Les Salines, Port-Louis, en 1842. Les Hakkas en ont ouvert une autre dédiée à la déesse Kwan Tee, toujours à Les Salines, en 1874. En 1895, les Chinois originaires de Canton ont construit leur pagode au Champ-de-Mars.

La communauté Bahàï

La communauté Bahàï compte sept édifices religieux à Port-Louis mais son centre national est à la rue Volcy-Pougnet, non loin de l’hôpital Dr A. G. Jeetoo.

L’église Saint-François-Xavier, la plus grande de l’île

L’histoire de la paroisse Saint-François-Xavier, à PlaineVerte, commence avec l’abbé Hippolyte Déroulède, premier prêtre mauricien à encadrer les Indo-Catholiques, originaires de Pondichéry, dans le Sud de l’Inde et installés à Plaine-Verte. Si, au départ en 1833, l’église Saint-François-Xavier n’était qu’une petite chapelle construite grâce aux dons des familles, elle tombe en ruine après le décès de l’abbé Déroulède et, faute de prêtres, le terrain est vendu.

À l’arrivée des travailleurs engagés en 1861, Mgr Collier demande à deux missionnaires étrangers parlant l’hindi et le tamoul de venir encadrer les Indo-Catholiques dans la région de Plaine-Verte. Un prêtre italien, le père Pucinelli, qui maîtrisait le tamoul, et le père Roy, né au Bengale et parlant couramment l’hindi, acceptent la mission et font construire une petite chapelle dans ce qui était jusque-là le magasin de M. Gaspard, à la rue Nabob, aujourd’hui connue comme rue Saint-François-Xavier.

Les paroissiens d’origine indienne font plusieurs cotisations pour que de chapelle, le lieu de culte devienne église. Le 20 novembre 1887, la statue de Saint François Xavier est inaugurée par Lady Pope Hennessy. La première pierre de l’actuelle église est posée le 15 août 1893 sous la houlette du père Roger Dussercle, qui portait plusieurs chapeaux: il était tour à tour musicien, écrivain, dessinateur, architecte et entrepreneur. Il fit placer la statue de Saint François Xavier au milieu du terrain et aménagea une grotte dédiée à Notre-Dame-de-Lourdes à l’intérieur de l’édifice. Cette église est devenue une des gloires architecturales de Port-Louis.

Elle peut accueillir 1 200 fidèles et elle est, de ce fait, la plus grande église catholique à Maurice. Les bagarres raciales de 1968 l’ont vidée de ses paroissiens qui se sont établis ailleurs dans l’île et, valeur du jour, il ne reste que quatre familles de foi catholique dans la localité. Pour que le temps ne fasse pas son œuvre destructrice d’oubli, une stèle commémorative des victimes des bagarres raciales fut inaugurée le 4 décembre 2016 dans la cour de ce lieu de culte.

La pagode Tien Tan, réplique du temple du ciel à Beijing

La pagode Tien Tan, située sur le flanc de la Montagne-des-Signaux, regarde vers la mer. Ce temple bouddhiste, dédié à l’Empereur de Jade, comme l’explique François Cheng Foong Lan Hing Leung, le président du lieu de culte, a été construit en 1949 grâce à des dons et inauguré le 9 octobre 1951. La pagode s’ouvre sur un autel, qui est la réplique exacte d’un autre entrevu dans un rêve d’un des bailleurs de fonds de la pagode, un commerçant établi à la rue Desforges. Cet autel sur lequel les croyants bouddhistes déposent des offrandes, est surmonté de trois strates – le premier niveau étant nommé The Buddha Jewel, le second The Shanga Jewel et le troisième, le Dharma Jewel. La fumée que dégagent les bâtonnets d’encens a noirci un panneau sur la strate du Dharma Jewel et donne l’impression qu’il s’agit d’une peinture abstraite.

Ce lieu de culte est doté de huit ouvertures représentant les huit voies menant au bonheur, soit The Right View, The Right Intent, The Right Speech, The Right Action, The Right Livelihood, The Right Effort, The Right Mindfulness et The Right Concentration. Un imposant gong et une cloche que l’on sonne symboliquement neuf fois jouxtent l’autel. Si n’importe quel croyant de foi bouddhiste peut venir y prier au quotidien en allant frapper chez la gardienne qui habite non loin de là pour y avoir accès, il y a des fêtes spécifiques où les trois groupes composant la communauté des Mauriciens d’origine chinoise – les Fukiénois, Cantonnais et Hakka – se retrouvent, à savoir le 9e jour du mois lunaire, qui est la fête de l’Empereur de Jade, et le 15e jour du mois lunaire. «À part cela, les croyants viennent as and when required, quand ils ont des problèmes», raconte le président de la pagode.

Des livres en hakka sont bien gardés derrière une vitrine mais peu de gens les lisent aujourd’hui. «À l’extérieur on est jaune mais à l’intérieur on est blanc», dit philosophiquement notre guide.

Le presbytère du Père Laval où il n’a jamais habité

À l’arrière de la cure de la cathédrale Saint-Louis il y a un édifice où l’on retrouve des pans anciens et modernes à la fois. Du temps du Bienheureux Père Jacques Désiré Laval, ce lieu, comme l’explique Michael Ramsamy, coordonnateur de la cathédrale et de la gestion des bâtiments, lui avait été attribué en guise de presbytère. Il y avait une véranda où se trouvait un arbre qui a été abattu depuis, une cuisine avec ses poutres en bois ancien encore visibles et un âtre ainsi qu’une écurie transformée en salle de conférences. Le Père Laval aurait refusé d’y habiter car il croyait au dépouillement et se serait fait construire une cabane en paille avec une porte dérobée en bois toujours visible. Entrée par laquelle les anciens esclaves démunis passaient pour le consulter, se confesser, chercher du réconfort et souvent à manger.

On peut aussi sentir la présence du Bienheureux Père Laval dans une aile de la cathédrale Saint Louis où en 2012, dans le cadre d’un jumelage entre cette église et deux églises romaines, San Marcelino et San Pietro, les Italiens ont offert un buste en marbre blanc du Bienheureux Père Laval, de même qu’un crucifix sculpté dans le même matériau.

Al Aqsa, première mosquée de l’île

Notre guide de choix à la plus ancienne mosquée de l’île, l’Al Aqsa Masjid, est Ibrahim Sayed Ameer Meea, un enseignant à la retraite et secrétaire du comité de gestion de cette mosquée datant de 1805. Il raconte comment les propriétaires «lascars», mot iranien signifiant «marins», ont eu toutes les peines du monde pour acheter cette concession de 260 toises à Camp-Malabar et à y construire une mosquée. D’après les Lettres Patentes du Code Noir datant de 1723, la religion tolérée à Maurice était le catholicisme. En 1798, un groupe de propriétaires de foi islamique font une pétition pour pouvoir acheter un lot à cet endroit et y construire une masjid. Le gouverneur La Morlière rejette leur demande. En 1805, ils refont leur pétition qui est rejetée de nouveau. En 1883, une autre pétition est logée auprès du gouverneur Malartic qui enclenche les démarches pour que l’achat se fasse mais étant âgé, il décède avant d’avoir pu le faire. C’est le gouverneur Decaen qui signe le décret qui autorise le groupe de propriétaires à acheter les 260 toises pour 215 francs et cinq centimes.

La mosquée Al Aqsa est située entre deux rues, la rue Pagoda et l’ex-rue Calcutta. Passé le coin réservé aux ablutions, on pénètre dans la salle principale de prières recouverte de tapis et où tous les fidèles prient en direction de La Mecque. Le premier imam à y officier se nommait Gassy Sobdar, fils d’un commandant de marine française, Ignace Sobdar, venu à Maurice. Il tombe amoureux d’une jeune femme musulmane de la famille Goulami, qui avait financé la construction de la mosquée. Pour l’épouser, Ignace Sobdar se convertit à l’islam. Leur fils Gassy, tout comme son père, était un homme très cultivé et les Français de passage à l’époque appelaient la mosquée Al Aqsa la Grande Mosquée et ils y étaient souvent invités.

On peut encore voir les pierres de taille de l’époque. La mosquée Al Aqsa peut aujourd’hui accueillir en simultané plus de 2 000 croyants musulmans. Ce que beaucoup d’entre eux ne savent pas, c’est que dans la cour de la mosquée se trouve une tombe où est enterrée Sakina Goulami, fille du Sheik Goulami, qui était parmi ceux qui ont financé l’achat du terrain. Selon Ibrahim Sayed Ameer Meea, cette tombe est sans doute la plus ancienne à Maurice car Sakina Goulami est née en Inde en 1697 et elle est décédée à Maurice en 1809, à l’âge de 112 ans. Appelé à dire si l’on enterre généralement des personnes dans la cour d’une mosquée, Ibrahim Sayed Ameer Meea réplique que cette personne doit être avant tout un notable.

L’actuel imam, Sheik Madhani El Hussein, est d’origine pakistanaise. Notre guide trouve regrettable que la rue Calcutta ait changé de nom. «Il y avait beaucoup de noms indiens donnés aux rues de la Plaine-Verte, par exemple, les rues Delhi, Hyderabad, Bombay, Madras mais que dès que la mairie de Port-Louis doit honorer quelqu’un, elle change le nom de la rue. Aujourd’hui, une des rues où se trouve la mosquée Al Aqsa s’appelle la rue Hassen Sakir. Je trouve dommage ces changements de nom car ce faisant, on efface l’histoire.» En 2015, la mosquée Al Aqsa a été décrétée monument du patrimoine.

Le Vishnu Kchetre Mandir à la rue Saint-Denis, lieu de culte très fréquenté

Le Vishnu Kchetre Mandir à la rue Saint-Denis est un des plus anciens temples de foi hindoue à Maurice. Il a été construit grâce à un don de Manilall Doctor au mouvement Arya Samaj. Un groupe de Sanatanistes fonda une association et fit construire un petit temple. Une deuxième association constituée en 1921 remplace la première et, après un appel à la solidarité, le lieu de culte est agrandi, un mur d’enceinte est bâti et trois dômes sont placés sur le toit. Le mandir est inauguré en 1932. On y vénère des divinités telles que Vishnu, Hanuman, Ganesh, Shiva et Krishna dont les autels ont été inaugurés le 24 juillet 1933. Ce lieu de culte peut accueillir plus de 1 500 personnes, en particulier lors de la célébration de Ramnowmi, prière spéciale dédiée à la divinité Doorga. Le comité de direction du mandir a fait venir une nouvelle statue de cette déesse et des prières y sont actuellement dites avant que la statue ne soit placée à l’intérieur.

Plusieurs offres de tours spirituels possibles

La Commission diocésaine du tourisme étudie plusieurs offres pour les pèlerins locaux. Comme l’explique Marie Malié, la présidente, cela peut être des tours spirituels pour les catholiques uniquement, comme elle en a organisé l’an dernier avec Lisa et Prakash de Lisa Tours pour un groupe de Réunionnais, venus prier le Bienheureux Père Laval. Un tour spirituel interreligieux et interculturel, comme celui que l’express a fait, peut aussi être organisé sur demande. Les touristes logeant dans un hôtel peuvent aussi participer un tour interculturel et religieux guidé des lieux de culte dans le district où se trouve leur hôtel. «Plusieurs options sont possibles. L’an dernier, lorsque nous avons présenté ces idées aux réceptifs, deux d’entre eux ont d’emblée accepté. Nous formerons leurs guides en 2020 d’après un cours sur l’interculturalité conçu et animé par Jonathan Ravat, responsable des études auprès de l’Institut Cardinal Jean Margéot.» Marie Malié, qui est également formatrice à l’école hôtelière Sir Gaëtan Duval encadre son élève Pauline Roger, 21 ans, pour qu’elle devienne guide du tourisme interculturel et religieux car elle a senti que la jeune fille était une passionnée d’histoire. «La Commission diocésaine est là pour monter le produit, faire les repérages, calculer les distances, organiser le pèlerinage pour les réceptifs qui factureront les touristes à leur guise. Nous prendrons juste un consultation fee.»

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