Meurtres: des enfants témoins malgré eux

Avec le soutien de
[Photo d'illustration] Plusieurs enfants ont été témoins d’horribles crimes, impliquant souvent leurs proches.  

[Photo d'illustration] Plusieurs enfants ont été témoins d’horribles crimes, impliquant souvent leurs proches.  

Terrible drame à Citron-Donis, Rodrigues, le mardi 20 août. Chansela Perrine, 22 ans, a été mortellement agressée par son ex-concubin. Sous les yeux innocents de ses trois enfants âgés de cinq, trois et un an. Un cas qui n’est pas sans rappeler d’autres, où des petits ont vécu ce type d’atrocité commis sur leurs proches. Comment les forces de l’ordre procèdent-elles dans des cas pareils ? Quid de l’impact psychologique ?

Tushal Rughoobin, celui qui a essayé de sauver sa soeur en vain

Cette affaire remonte au vendredi 26 février 2016. Un double meurtre a lieu à Camp-de-Masque-Pavé. Reshma Rughoobin, 54 ans, et sa petite fille Yeshna, 14 ans, se font tuer par un voisin. L’assassin âgé de 17 ans seulement, avait d’abord infligé 13 coups de cutter – six au cou et sept au dos de Reshma Rughoobin. Yeshna a ensuite été attaquée à son tour. Le jeune homme a asséné huit coups de cutter au cou de la jeune collégienne. Tushal Rughoobin, frère de Yeshna, rentrait chez lui après les heures de classe lorsqu’il a surpris le meurtrier. Voyant sa grand-mère dans une mare de sang, il aurait tenté de porter secours à sa soeur Yeshna, qui s’était effondrée devant lui. Il a également été agressé. Grièvement blessé, il a réussi à s’enfuir et donner l’alerte. Il a par la suite été admis à l’unité des soins intensifs de l’hôpital de Flacq. C’est un mois après les faits qu’on lui a appris que sa grande soeur et sa grand- mère ne s’en sont pas sorties vivantes. Tushal Rughoobin a été profondément traumatisé par les évènements.

Janice Farman, agressée et tuée sous les yeux de son fils de 10 ans

Dans la nuit du jeudi 6 juillet 2017, trois hommes encagoulés, Ravish Rao Fakhoo, Kamlesh Mansingh et Harish Sonnea, pénètrent le domicile de l’Écossaise Janice Farman. Son fils adoptif, autiste et âgé de 10 ans seulement est réveillé par le bruit. Ce dernier court dans la chambre de sa maman et surprend trois hommes dans la pièce. Deux d’entre eux fouillaient les tiroirs alors que le dernier maîtrisait Janice Farman et lui assénait des coups de poing au visage sous le regard impuissant de l’enfant. Interrogé, trois jours après le drame celui-ci se rappelle que le malfrat qui attaquait sa maman a par la suite étouffé cette dernière à l’aide d’un oreiller. C’est ce même enfant qui a constaté que Janice Farman, qui portait des traces de sang à la bouche, était morte après le départ des trois hommes. Et c’est lui qui a appelé au téléphone Lorna, l’amie de sa mère, qui s’est précipitée sur les lieux. Elle devait constater à son tour que Janice ne respirait plus et a aussitôt alerté la police de la localité. Le garçonnet a aussi été celui qui a fait avancer l’enquête. Avec courage, il a expliqué aux policiers que trois individus avaient l’habitude de se rendre chez sa mère. Le petit aurait reconnu la voix de l’un d’entre eux le jour du drame. Et huit jours après, le meurtre a été élucidé.

Chansela Perrine poignardée en en plein coeur…

Elle a rampé avec son plus jeune enfant dans les bras avant de s’effondrer aux pieds de sa mère. Chansela Perrine, âgée de 22 ans est morte devant les petits yeux innocents de ses trois enfants. L’agresseur présumé n’est autre que le père des enfants âgés de cinq ans, trois ans et un an. Cela s’est passé le mardi 20 août, dans le village de Citron-Donis, à Rodrigues. Alors que Chansela Perrine revenait de la sortie des classes avec ses enfants, son ex-concubin, un certain Jean Maurice Collet, âgé d’une trentaine d’années, l’attendait dans un buisson. À quelques mètres de son domicile, Chansela Perrine se fait poignarder en plein coeur. Sans se soucier de ses enfants, qui ont été témoin de cette scène horrible, Jean Maurice Collet prend la fuite. À l’heure où nous mettions sous presse, il était toujours recherché. Même si les rumeurs veulent qu’il se soit donné la mort.

Victimes aussi avant tout

Être le principal témoin d’un meurtre, d’un crime, et perdre un proche est un lourd fardeau à porter fardeau. Encore plus quand on a toujours l’âme innocente et le coeur fragile d’un enfant. Pour des cas comme cela, la police prend l’affaire avec des pincettes. Ces derniers ont conscience du fait que ces enfants sont avant tout des victimes aussi avant d’être des témoins. «Avant d’aller sur place, nous faisons appel à la Child Development Unit (CDU) pour qu’ils nous accompagnent sur les lieux. C’est elle et son équipe qui prennent les petits en main. Quelques fois nous faisons appelle à la brigade des mineurs si les enfants sont turbulents. Cela dépend des cas», explique un haut cadre de la police. Dans ce genre de cas, la police n’interroge pas les enfants tant que les officiers de la CDU n’ont pas donné leur aval.

Du côté de la CDU, on affirme que l’approche est délicate. C’est avec psychologue que les officiers se rendent sur les lieux. «Pas n’importe lequel, nous y allons avec ceux qui sont vraiment expérimentés. C’est très délicat ce genre de cas», explique un officier.

Pour faire le suivi avec un enfant qui a connu ce genre de traumatisme, les officiers emmènent l’enfant dans un endroit où il se sentira à la fois libre de parler et qui ne lui rappelle pas le lieu du crime. «Ça doit être un endroit totalement différent. Nous effectuons ensuite un suivi constant, nous les encadrons sans que l’enfant ne se sente traqué. On doit se rappeler que l’enfant n’a pas seulement connu un seul choc. Il a vu le crime qui lui a coûté un parent et porte la tristesse de ne plus revoir cette personne. Sans parler des images atroces qui ont du mal à s’estomper…»

Par ailleurs, l’enfant ne subit pas de «pression» pour parler de ce qu’il a vu. Tout se fait par étapes et quand les professionnels estiment que l’enfant est prêt, c’est accompagné d’un proche, s’il en a, et en leur présence que la police l’interroge. «Fodé pa li dan enn léta kot koumadir kan pé dir li rouz par exanp li pé dir disan. Fodé li pékapav exprim li.» D’ajouter que la CDU offre un suivi psychologique ou psychiatrique à l’enfant. «Ce, jusqu’à ses 18 ans. Et si même après cela, le jeune pense qu’il en a encore besoin, il peut revenir vers nous.»

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires