Wendy Sanassee: offrir de l’énergie propre aux Haïtiens

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Wendy Sanassee, directrice des opérations – Haïti - d’EarthSpark International.

Wendy Sanassee, directrice des opérations – Haïti - d’EarthSpark International.

Nos compatriotes sont partout, y compris dans les contrées les plus éloignées. C’est le cas de Wendy Sanassee, licenciée en génie chimique et environnemental, recrutée comme volontaire à Haïti auprès d’une organisation spécialisée en énergie propre. Elle y agit désormais comme directrice des opérations dans ce pays des Grandes Antilles.

Dimanche dernier, la trentenaire Wendy Sanassee a figuré dans une émission télévisée de DirectTV, fournisseur de service de télévision satellitaire, basée à El Segundo en Californie et filiale du géant AT&T. Elle y expliquait son rôle en tant que directrice des opérations d’EarthSpark International à Haïti, société basée à Washington District of Colombia aux États-Unis, qui développe des solutions permettant aux personnes d’avoir accès à l’électricité pour améliorer leurs conditions de vie, de même qu’aux entreprises s’y trouvant afin qu’elles puissent booster l’économie du pays.

Ce sont son sens de l’aventure et son désir de ne pas exercer un métier sédentaire qui ont mené Wendy Sanassee jusqu’à ce pays pauvre des Grandes Antilles. En fait, cette jeune femme est originaire de Ste-Croix, périphérie de Port-Louis. Elle est la benjamine des trois filles Sanassee. Sa mère a fait carrière dans l’enseignement au collège MEDCO Alex Bhujoharry et son père à la State Trading Corporation. Tous deux sont aujourd’hui retraités. Wendy Sanassee a été scolarisée à l’école Notre-Dame du Bon Secours RCA et conserve toujours de bons souvenirs des moments qu’elle y a passés, notamment «les apparitions surprises du père Henri Souchon, qui était toujours jovial».

«Il faut savoir que près de 70 % d’Haïti n’est pas électrifié.»

Ses résultats de fin de cycle sont très bons et lui ouvrent les portes du Queen Elisabeth College. Elle a tellement entendu dire que cette école se concentre sur le côté académique de l’éducation qu’elle se prépare mentalement. Si l’atmosphère y est effectivement studieuse, elle réalise que les élèves qui sont en fin de parcours secondaire organisent plusieurs activités comme des levées de fonds pour financer leur fête de fin d’études. Elle n’a pas oublié les pétarades pour fêter les lauréates de l’école, les bavardages sous les arbres près de la piscine et les heures passées à la bibliothèque.

Si pour sa Form V, elle cumule l’économie, l’art, les sciences, les mathématiques, elle a du mal à se décider quant à ses trois matières principales d’études en Form VI. Finalement, elle opte pour la chimie et la physique car elle estime que ces matières entraînent des options de carrière «plus pratiques et techniques. Je ne me voyais pas, et c’est toujours le cas, dans un emploi qui me force à rester assise à un bureau au quotidien», raconte-t-elle par mél.

Son Higher School Certificate empoché, elle fait une demande d’admission auprès de l’université de Maurice. Mais que choisir ? Là encore, elle hésite entre la loi et l’ingénierie chimique et environnementale. Au final, c’est cette dernière filière qui l’emporte. Au bout de quatre ans, elle obtient sa licence et rejoint l’équipe de la Mauritius Wildlife Foundation. Elle passe sept mois dans les forêts endémiques à travailler sur le projet de conservation du pigeon des mares.

Son premier contact avec l’électricité se fait à travers une start-up d’ingénierie électrique et le courant passe bien. Après quoi, elle rejoint une firme d’ingénierie spécialisée dans les technologies de l’eau, notamment l’aménagement de piscines mais aussi la conception, la construction et l’opération des stations d’épuration dans les hôtels et les complexes résidentiels. «J’ai beaucoup appris de cette expérience qui m’a fait grandir professionnellement et personnellement.»

Elle passe un an dans une filiale mauricienne d’une firme française à analyser la responsabilité sociale des entreprises internationales et entame en parallèle une maîtrise en gestion des projets. Son existence prend un autre tournant lorsqu’elle tombe sur un avis de recrutement d’une organisation américaine, EarthSpark International, qui cherche un volontaire ayant une formation technique pour travailler dans le domaine de l’énergie à Haïti et qui maîtrise l’anglais, le français et le créole.

Étant intéressée par les pays en développement et lassée par sa routine professionnelle à Maurice, elle postule. Son profil séduit les recruteurs et après quelques entretiens, elle est prise à l’essai pour trois mois. Un essai qui s’avère concluant puisqu’elle y est depuis trois ans et demi.

Une fois sur place, Wendy Sanassee a commencé par rejoindre la petite équipe d’EarthSpark International et elle a contribué à trouver des solutions pour que les Haïtiens qui n’ont jamais eu d’électricité puissent en bénéficier, de même que les entreprises qui y sont installées afin qu’elles contribuent davantage à l’économie du pays. Il faut savoir que près de 70 % d’Haïti n’est pas électrifié. Il y a certes un fournisseur national mais sa couverture en énergie électrique est limitée à Port-au-Prince, la capitale, et il y a des régions inaccessibles où l’électrification sera impossible pour lui. «Notre approche c’est l’énergie renouvelable via des panneaux photovoltaïques opérant par conséquent 24/7 et fonctionnant avec des compteurs prépayés. Nous n’exploitons que l’énergie solaire pour le moment et il n’en manque point à Haïti. Mais nous sommes ouverts à d’autres sources d’énergie verte. Notre système est autonome avec des batteries de réserve le soir et un générateur à diesel en back-up lorsqu’il fait mauvais durant plusieurs jours. Notre objectif futur est d’éliminer le diesel complètement en raison non seulement de son coût mais aussi et surtout de ses effets sur l’environnement.»

EarthSpark International s’approvisionne en compteurs intelligents d’une de ses filiales, SparkMeter, basée elle aussi aux États-Unis, qui est devenue le leader mondial dans le domaine de micro-réseaux. Et sur le terrain, l’équipe d’EarthSpark International, que Wendy Sanassee dirige désormais car elle a été nommée directrice des opérations pour Haïti, travaille de concert avec Enèji Pwòp (Energie Propre en créole haïtien). Jusqu’ici, la société qui l’emploie a installé un micro-réseau à Les Anglais où elle habite et a placé un autre à Tiburon qui donne sur la mer et pour lequel Earth Spark International attend toujours son permis d’opération.

Si à son arrivée, son rôle était de se concentrer sur l’engagement communautaire, c’est-à-dire travailler avec les habitants de Les Anglais, les représentants des collectivités locales, les ministères et entités des secteurs public et privé, elle a dû faire des plaidoyers auprès des décideurs car le cadre légal régissant les micro-réseaux y était inexistant. «Nous avons eu la chance de conseiller et d’influencer les décideurs politiques sur la formulation de ce cadre légal.» Si depuis sa nomination en tant que directrice des opérations, elle s’occupe de stratégie et gère l’équipe, il lui arrive toujours d’aller faire des installations électriques résidentielles ou d’avoir à grimper sur des poteaux pour des vérifications. «Cela ne me pose aucun problème», assure-t-elle.

Wendy Sanassee n’était pas présente à Haïti lors du tremblement de terre meurtrier de 2010. Par contre, elle a connu l’ouragan Matthew en octobre 2016 et l’œil de ce cyclone de catégorie 4 est passé sur Les Anglais. «Le lendemain, le tableau était atroce à voir. La majorité des maisons qui sont partiellement en tôle avaient essuyé des dégâts considérables. Plus de deux ans plus tard, certaines maisons ne sont toujours pas reconstruites, faute de moyens financiers de leurs propriétaires.»

Le micro-réseau d’EarthSpark International a tenu bon car cette société installe généralement son réseau dans une région où l’exposition aux vents est limitée. Sauf qu’il a eu un poteau brisé et non des moindres car c’était le plus important d’entre eux, soit celui avec le banc élévateur. «Désormais nos transformateurs élévateurs sont soit à mi-hauteur sur les poteaux soit installés au sol sur des socles en béton. Les compteurs également sont dans des boîtes protectrices sur les poteaux. Nous devons accepter que nous aurons toujours des pertes matérielles lors de cyclones et nous assurer d’avoir toujours des pièces de rechange en réserve pour que les réparations se fassent au plus vite.»

Ce que Wendy Sanassee aime avec Haïti, c’est la vie simple qu’elle y mène. «Il y a certains tabous mais ironiquement, beaucoup de liberté personnelle. Les gens jugent moins qu’à Maurice. Ensuite, les Haïtiens sont généralement courtois, serviables et n’hésitent pas à prêter une main secourable même s’ils ne vous connaissent pas. Et puis, c’est un pays magnifique avec un littoral merveilleux et des montagnes très belles.»

Cette célibataire peu pressée de constituer une famille pour l’instant mais qui possède un chien, est revenue à Maurice deux fois pour voir ses parents, ses amis et retrouver le goût de la cuisine mauricienne. Elle ignore combien de temps encore elle restera à Haïti. «Nous avons de grands projets pour les deux à trois ans à venir et cela déterminera la direction que prendra EarthSpark International. Je me plais à Haïti car l’impact des projets sur la vie des gens est visible et c’est gratifiant. Aussi longtemps que le travail est inspirant et motivant, que le service que l’on offre aux habitants des régions rurales est bon et que la situation sécuritaire n’est pas préoccupante, j’y suis, j’y reste…»

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