Politque: le «transfugisme», une infidélité qui remonte à la période pré-indépendance

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(De g. à dr.) Sir Radhamohun Gujadhur, Suresh Moorba, Vishwanath Sajadah, Satyadev Moutia et Dayanandlall Basant Rai.

(De g. à dr.) Sir Radhamohun Gujadhur, Suresh Moorba, Vishwanath Sajadah, Satyadev Moutia et Dayanandlall Basant Rai.

L’adhésion de Kavy Ramano au Mouvement socialiste militant (MSM), en attendant celle très probable et imminente de Steven Obeegadoo, est la dernière d’une série des transfuges qui ont marqué la présente législature. Mais le «transfugisme» à Maurice est dans l’ADN des politiques. Il existe depuis plus de 50 ans.

Plusieurs élus du Mouvement militant mauricien (MMM) et du Parti mauricien social-démocrate (PMSD) ont franchi le Rubicon pour se retrouver membres du MSM du jour au lendemain. Reniant ainsi les principes qui les animaient quand ils avaient reçu l’investiture de leurs partis respectifs.

Le maître du lot demeure Joe Lesjongard. L’actuel Deputy Speaker de l’Assemblée nationale a réussi le pari d’abandonner la barque orange du MSM pour devenir militant convaincu pour ensuite retourner au bercail mine de rien. Les autres parlementaires qui ont viré leur casaque durant la présente législature sont : Zouberr Joomaye, Raffick Sorefan, Marie Claire Monty, Alain Wong et Kavy Ramano. La députée MSM Danielle Selvon avait quitté ce parti pour se joindre au MMM. Mais, plus tard, elle a démissionné du MMM pour siéger en indépendant.

Ces récentes permutations entrent dans la lignée d’une longue tradition. Le «transfugisme» date de la période pré-indépendance, quand des élus du PMSD et de l’Independent Forward Bloc (IFB) avaient abandonné leur parti pour se joindre au Parti travailliste (PTr). Deux transfuges notables de cette période sont sir Radhamohun Gujadhur (PMSD) et Dayanandlall Basant Rai (IFB). Après les élections de 1976, plusieurs parlementaires mauves devaient abandonner leur parti pour se joindre au PTr. Ils sont : Suresh Moorba, Jean Claude Augustave, Vijay Jandoosing et Vijay Venkatasamy.

Projet de République

Tous les leaders politiques ont accueilli des transfuges au sein de leur parti quand il leur fallait sauver leur majorité. Il en fut ainsi pour sir Anerood Jugnauth en 1983 et 1986 et, plus tard, en 1990, quand Vishwanath Sajadah et Satyadev Moutia avaient démissionné du PTr pour se joindre au MSM afin de soutenir le premier projet de République, en août 1990. Ces deux parlementaires avaient été hébergés dans le bungalow de l’État à l’hôtel Trou-aux-Biches et avaient bénéficié d’une protection policière 24/24.

Paul Bérenger, qui a toujours plaidé en faveur d’une loi anti-transfuge comme il en existe en Inde, a, lui aussi, accueilli deux transfuges au sein du MMM en la personne d’Ashok Jugnauth et Sekar Naidu, pour ravir le poste de leader de l’opposition à Nando Bodha, qui y avait été nommé en 2006, après la cassure entre le MSM et le MMM. Ce dernier se trouvait en visite officielle en Inde quand le président de la République l’informa qu’il n’était plus chef de l’opposition.

Côté travailliste, après la cassure de l’alliance PTr-MMM, en 1997, Navin Ramgoolam avait accueilli le Dr Rashid Beebeeejaun du MMM chez les Rouges. Entre 2005 et 2014 ce dernier sera même Premier ministre adjoint. En 2011, après le départ du MSM de son gouvernement, Navin Ramgoolam accueillera les Orange Jim Seetaram, Mireille Martin et Pratibha Bholah au PTr. Les deux premiers nommés seront faits ministres.

Plus tard, Michael Sik Yuen, en rupture avec son ancien parti, le PMSD, sera maintenu ministre dans le Cabinet et bénéficiera même d’une investiture rouge aux dernières élections à Curepipe/Midlands. Le «transfugisme» a été toléré et encouragé par tous les leaders politiques. Fussentils Ramgoolam, Duval, Bérenger ou Jugnauth. Pas étonnant que la loi anti-transfuge ne figure pas à l’agenda des réformes électorales.

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