Gilles Joomun: un moyen d’être au service de l’Église de Maurice

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Gilles Joomun, chef de chœur de la messe papale.

Gilles Joomun, chef de chœur de la messe papale.

Si la visite éclair du pape François à Maurice revêt une grande importance au niveau spirituel pour cet homme qui fêtera ses 45 ans deux jours avant l’arrivée du Saint-Père, la direction de la chorale papale constitue tout d’abord pour lui «un très beau cadeau d’anniversaire», confie-t-il. Ce Quatrebornais, enseignant de sociologie au collège Notre-Dame, à Curepipe, est issu d’une famille très pieuse. Depuis son enfance, il assiste régulièrement aux messes, fréquente des mouvements d’église comme le Groupe 40 et suit le programme Youth Encounter Spirit. Un engagement qui approfondit sa foi. Si bien qu’à 16 ans, il rejoint la chorale de Notre-Dame du Rosaire, qui anime la messe de 6 h 30 le dimanche.

Une telle démarche pourrait susciter des railleries de ses pairs. Or, lui n’a pas connu ça. «Quoi que vous fassiez, il y a toujours des personnes pour critiquer et railler. Mais je n’ai pas vraiment eu droit aux railleries de mes proches, même si peu d’hommes chantent généralement dans les chorales. J’ai eu la chance d’intégrer une chorale d’hommes dans laquelle ne chantait qu’une seule femme. D’ailleurs, le père Roger Marie Verbruggen se moquait gentiment de nous et nous appelait la chorale de Dorothée et les Musclés», raconte-t-il. Et même s’il a festoyé le samedi, il se fait un devoir d’être présent à la messe de 6 h 30.

En grandissant, il fréquente Siloë, qui chante dans la chorale de la même paroisse mais à la messe de 10 heures et bien évidemment, après leur mariage, il rejoint cette chorale d’une dizaine de personnes. L’ensemble répète en semaine entre 19 heures et 20 h 30. Gilles Joomun ne fait pas que chanter. Il joue aussi de la guitare. Une aptitude qui est de famille puisque son père est musicien, maîtrisant plusieurs instruments, et son frère joue à la guitare comme lui.

«Être chef de chœur pour la messe papale est une grande grâce…»

«Mêler musique et chant permet de faire grandir sa foi. Et la musique m’aide dans mon rôle d’enseignant car cela me rapproche de mes élèves.» Il est très rare que Gilles Joomun rate une messe. Ce fut pourtant le cas dans le passé lorsqu’il était pendant deux mois à Cape Town, en Afrique du Sud. «C’était problématique de trouver une église catholique là où je me trouvais. Lorsqu’on rate la messe, on ressent un manque. Cela ne m’a pas empêché de prier, de garder contact. Mais c’est mieux de pouvoir prier en communauté.»

Gilles Joomun ne sait pas vraiment comment il a été choisi pour être chef de chœur de la messe papale. Il est vrai qu’il connaît de longue date les frères Gérald et Clifford Grenade, fondateurs du groupe Witness et complices musicaux du père Gérard Sullivan, un des chefs d’orchestre de la visite papale. Les frères Grenade et Geneviève, l’épouse de Clifford Grenade, font partie de la chorale de Notre-Dame du Rosaire comme lui. «Mais j’ignore qui m’a choisi. J’ai été chef de chœur lors de la messe d’action de grâces pour le cardinal Piat en novembre 2016 et il se peut que j’y ai fait bonne impression.»

Il a failli ne pas occuper cette fonction. Lorsque le père Jean-Claude Veder, responsable de la préparation de la messe papale, le contacte pour lui demander d’être chef de chœur pour l’occasion, il refuse car il craint que cela n’interfère avec son emploi du temps chargé. Puis, il se ravise et accepte, sans savoir qu’il va diriger une chorale comprenant des éléments de neuf différentes paroisses de Port-Louis, à savoir Pointe-aux-Sables, Pailles, Cassis, l’Immaculée Conception, la Cathédrale St.-Louis, St.-François Xavier, Ste.-Croix, Roche-Bois et Baie-du-Tombeau.

«Patrick Payet, qui coordonne le sous-comité choral, a eu la responsabilité de demander à chaque paroisse de déléguer 20 membres de leur chorale, ce qui fait 180 personnes.» Ainsi, depuis le 2 juin, cette chorale répète tous les dimanches entre 13 h 30 et 16 heures au centre Ming Tek, à Port-Louis, exception faite du dimanche 28 juillet, jour de la finale de football entre La Réunion et Maurice lors des derniers Jeux des îles de l’océan Indien.

Avant de prendre la direction de cette chorale, Gilles Joomun était appréhensif, non pas par rapport au nombre de personnes à diriger car pour la messe du cardinal Piat en 2016, la chorale comprenait 200 personnes. «Là, nous sommes à peu près 110 femmes et 70 hommes. L’idéal aurait été 80 hommes et 100 femmes pour avoir un équilibre vocal, surtout lorsque l’on chante à quatre voix et où il est plus important d’avoir un ratio d’à peu près 50 sopranes et le reste des alti, basses et ténors. Là, grosso modo, le ratio est de 60 sopranes, 40 alti et le reste des ténors et basses. Ma crainte était qu’on entende davantage la voix des femmes.» Or, précise-t-il, lors de la répétition de dimanche dernier, il y avait non seulement les chœurs mais aussi l’orchestre au complet. «Il n’y a eu qu’un petit déséquilibre qui se règle facilement avec la sonorisation et la balance des micros.»

Avant de commencer les répétitions, il craignait d’avoir du mal à se faire accepter des choristes qu’il n’avait jamais dirigés. «Mais dès le début, c’est passé comme une lettre à la poste. Il m’est arrivé d’avoir à faire preuve d’un peu d’autorité et de faire comprendre que nous n’animons pas cette messe pour notre gloire personnelle. On pourrait penser que nous sommes privilégiés de chanter devant le Souverain Pontife. Or, il faut se rappeler que nous sommes là pour être au service de notre Église.» Les cantiques ont été choisis par le comité liturgique qui travaille sur le programme depuis avril. Une partie est en créole et une autre en français.

Pour le créole, des compositions des pères Laurent Rivet et Jocelyn Grégoire ainsi que Gérald Grenade, Jean-Claude Jance, Jean-Paul Zéphire, Roland Jean et Georges Jean-Louis ont été privilégiées. Les cantiques en français sont régulièrement chantés aux messes et sont donc très connus des Mauriciens de foi catholique. Le psaume sera multilingue, soit en français, créole, espagnol et tamoul.

La chorale, qui sera placée près de la crypte du monument Marie-Reine de la Paix, fera deux répétitions sur place avant l’arrivée du pape François, soit durant les week-ends du 31 août1er septembre et du 7-8 septembre. Il est prévu que les choristes revêtent du jaune et du blanc, couleurs du Vatican, et un couvre-chef. Bien qu’il reste encore un mois avant cet événement marquant, la chorale est prête à 90 %, affirme Gilles Joomun. «C’est une très bonne chorale et les choristes chantent très bien. Ils ont appris vite et cela a fait avancer les choses. J’ai mis l’accent sur le respect des auteurs, c’est-à-dire que nous répétons sur les partitions originales ou sur les versions audio arrangées par les auteurs afin de préserver leur authenticité et interpréter leurs compositions comme ils les chantent.»

Pour que les Mauriciens présents au monument Marie-Reine de la Paix puissent reprendre les cantiques en chœur avec la chorale, un programme spécial contenant les textes des chants sera proposé. Pour avoir dirigé la chorale lors de la messe d’action de grâces du Cardinal Piat, Gilles Joomun sait que l’acoustique au monument Marie-Reine de la Paix est excellente. «Lors de la messe d’action de grâces pour le Cardinal Piat, la chorale avait interprété l’Alléluia de Haendel et tout Port-Louis avait pu l’entendre. C’était magnifique. Nous n’avons pas de souci à nous faire de ce côté-là. Je dois d’ailleurs remercier l’équipe avec laquelle je travaille, soit Geneviève Grenade, Cyril Gopal, Françoise Li, Patrick Payet et toute l’équipe de Witness, qui sont d’un grand soutien.»

Le seul élément sur lequel personne n’a de contrôle, c’est le temps qu’il fera le 9 septembre à Port-Louis. Le système de sonorisation sera protégé mais rien n’est moins sûr pour les choristes. «Nous nous adapterons. Être chef de chœur pour la messe d’action de grâces du Cardinal Piat était déjà un grand honneur et une grande grâce pour moi car d’autres chefs de chœur auraient pu le faire aussi bien que moi. Être chef de chœur pour la messe papale est également un grand honneur et une grande grâce mais je le fais en toute humilité, pas pour la gloire. C’est pour être au service de mon église à Maurice.»

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