Culture: la Mauritius International Art Fair aspire à devenir le prochain Christie’s

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Le Caudan Arts Centre accueillera dès ce soir la foire de l’art, qui prendra fin dimanche.

Le Caudan Arts Centre accueillera dès ce soir la foire de l’art, qui prendra fin dimanche.

Vieille question, nouvelles réponses. Comment faire de l’art un moteur du tourisme ? Le sujet sera discuté en ouverture de la première édition de la Mauritius International Art Fair (MIAF), qui s’ouvre ce soir. Cette foire, qui aura lieu au Caudan Arts Centre, durera jusqu’à dimanche.

La première activité de la MIAF – organisée par ZeeArts, qui se spécialise dans l’événementiel et le service-conseil artistique –, est prévue demain matin. Il s’agira d’une table ronde ayant pour thème : Modeling the art and cultural ecosystem in Mauritius. Pour Zaahirah Muthy, la responsable, le futur du secteur artistique viendra de la diaspora mauricienne. «Ce sont des ressources qu’il faut rassembler et utiliser », indique la plasticienne et commissaire d’exposition mauricienne, installée à Dubaï depuis neuf ans.

Pour la présente édition, la MIAF a obtenu le financement du déplacement de deux Mauriciens vivant à Paris : Didier Wong Chi Man, détenteur d’un doctorat en Beaux-Arts et science de l’art, et Christopher Babet, chercheur doctorant. Collabore également à la manifestation : Zia Gopee, Art historian, qui a une expérience dans la médiation culturelle au Louvre Abu Dhabi.

Qui dit écosystème dit aussi rôle de l’État. Zaahirah Muthy affirme que cette table ronde, destinée aux professionnels, a pour but de «sensibiliser les décideurs. Tous ne voient pas encore l’impact que ce projet peut avoir». Pourtant, il pourrait déboucher sur une plateforme de ventes aux enchères des oeuvres d’art. «Pour mettre en place l’équivalent de Christie’s à Maurice, il faut commencer par sensibiliser la population à l’investissement dans l’art. Si on organise une foire et qu’il n’y a pas d’acheteurs, les artistes ne reviendront pas. Il faut parler de l’art comme d’une valeur refuge», faitelle ressortir. La MIAF regroupe cette fois des artistes de 36 pays.

Immersion culturelle

La plasticienne et organisatrice d’événements s’inspire de sa propre expérience. «À Maurice, je n’aurais jamais eu le même prix auquel je vends mes oeuvres à Dubaï. Aujourd’hui, de chez vous vous pouvez vendre des oeuvres». La clé est de «positionner Maurice dans le monde artistique».

Nanda Narrainen, Head, Film and Creative Industries à l’Economic Development Board, – un des partenaires de la MIAF –, rappelle que les arts et la culture comptent pour «3,5 % du produit intérieur brut». Pour augmenter ce taux, il faut s’appuyer sur l’arsenal d’accords d’échange culturel, les conventions de l’Unesco dont Maurice est signataire, la Copyright Act et les autres lois assurant la protection des artistes, etc. C’est ce qui permettra d’imaginer une nouvelle offre de tourisme culturel, dit-il. Pas nécessairement en encourageant les 1,5 million de touristes par an à dépenser plus, précise-t-il, mais en attirant d’autres types de voyageurs : ceux qui se déplacent pour visiter les musées ou vivre une immersion culturelle et qui «ne viennent pas juste pour bronzer».

Nanda Narrainen va plus loin, estimant que «ce ne serait pas difficile» de lancer une plateforme de vente aux enchères. Le principal étant de ne pas «seulement» vendre des tableaux mais de créer une plateforme durable. Il souligne toutefois que ce projet doit tenir compte du facteur d’inclusion sociale, notamment à travers la démocratisation de l’accès à l’art et la culture. «Sinon cela ne marche pas.»

Les milléniaux veulent plus

La réflexion de demain autour du thème Modeling the art and cultural ecosystem in Mauritius aura pour modérateur Sen Ramasamy. Ancien directeur de la Tourism Authority, il est aujourd’hui responsable de la Tourism Business Intelligence. «On a toujours vendu le soleil et la plage. Les milléniaux veulent plus que ça.» Il s’agit de capitaliser sur la moyenne de «10 nuitées» que les touristes passent à Maurice. Attirer vers «l’intérieur du pays» ces visiteurs qui «n’ont rien d’autre à faire que d’aller au jardin de Pamplemousses et au marché de Port-Louis». Le calcul est vite fait, explique-t-il. «Prenez un ticket d’entrée à Rs 100. Si cela attire 20 % des 1,5 million de touristes que nous avons par an, c’est 300 000 visiteurs. Donc Rs 30 millions rien qu’en entrées par an.»

Le moment est venu pour les artistes de se prendre en main, exhorte Sen Ramsamy. Selon lui, il n’est «pas normal que la Mauritius Society of Authors ne s’occupe que des musiciens et chanteurs et pas des plasticiens ». Avant de conclure que «le gouvernement doit gouverner et laisser l’art aux professionnels. On ne peut pas faire dans l’à-peu-près».

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