Le chaland a déserté les marchés et foires de Rose-Hill

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Avant, le marché de Rose-Hill était bondé de marchands et de consommateurs. Plus depuis les travaux du métro.

Avant, le marché de Rose-Hill était bondé de marchands et de consommateurs. Plus depuis les travaux du métro.

«C’est très difficile.» Les commerçants des marchés et foires de Rose-Hill subissent depuis quelque temps les conséquences des décisions prises par les dirigeants de leur ville dans le sillage du chantier du métro. Certains exercent depuis plus de 60 ans. Ces marchands constatent tristement que leur travail périclite, suite aux travaux entrepris pour le Metro Express, causant des séquelles à leur chiffre d’affaires. Malgré cela, ils ne baissent pas les bras et continuent de travailler. Mais tous reconnaissent de concert que «Beau-Bassin–Rose-Hill népli kouma avan».

Nous sommes allés à leur rencontre mercredi 31 juillet. Au marché de Rose-Hill, Ajit Jhundoo parle en connaissance de cause. Cet homme de 49 ans est marchand de légumes depuis son enfance. «Lorsque j’avais neuf ans, tous les jours, à la sortie de l’école, je venais au marché pour aider mon père.» La plupart des commerces sont des affaires de famille.

Ajit Jhundoo se rappelle parfaitement à quoi ressemblait ce marché il y a 40 ans. La structure du bâtiment abritant le marché est restée la même. «Depuis que je fréquente ce marché, on a uniquement changé les tôles du toit car il coule énormément.» Par contre, le marché de Rose-Hill n’est plus aussi vivant. «Il y a moins de marchands. Ils ont déserté les étals. Auparavant, ce marché était bondé de commerçants… et de consommateurs.»

Quelques étals plus loin, Kumar Soorjon fait part que le marché n’est plus aussi sécurisé qu’avant. Une situation qui fait fuir les clients. «Des toxicomanes rôdent toujours dans les parages. En plus de bloquer le passage, ils volent les passants », rapporte ce maraîcher de 53 ans. Autre bémol : il n’y a plus d’aire de stationnement. «Les clients qui venaient faire leurs courses en voiture préfèrent aller ailleurs.»

Suite à ces problèmes, ces maraîchers se sont tournés vers les autorités. «La ministre (NdlR, des Collectivités locales) Fazila Jeewa-Daureeawoo nous a proposé de transférer le marché au Rose-Hill Multi-Purpose Training Complex. Nous avons été d’accord d’opérer làbas. Mais après cette rencontre, nous n’avons eu aucune nouvelle de la ministre», relate Kumar Soorjon. Il ajoute qu’il a pris connaissance d’une éventuelle relocalisation à Ébène à travers la presse.

New Arab Town fantôme

À la rue Duncan Taylor, la «New Arab Town» est presque déserte. Au cœur de la foire, certains clients sont attablés pour déguster quelques gâteaux ou un dholl puri et un jus de tamarin. Mais dans les couloirs, rien ne bouge. Certains commerçants, qui vendent vêtements, chaussettes et lingerie, connaissent une baisse de régime. Il leur arrive de rentrer bredouilles.

Le couple Kisnah et Vanida Ramiah exerce comme commerçant depuis plus de 50 ans. Kisnah Ramiah est parmi les premiers marchands de l’ancienne Arab Town. «Cette foire a débuté en 1986. J’avais 17 ans lorsque j’ai commencé à travailler en tant que commerçant. Lorsque je me suis marié, ma femme a rejoint le business», relate cet homme de 68 ans. Ce couple se souvient parfaitement de cette Arab Town où fructifiaient leurs affaires. «Nous ne manquions de rien là-bas. Nous avions la garantie de finir notre journée avec de quoi vivre aisément. L’espace était peut-être serré, mais il était constamment fréquenté.»

Au grand dam des commerçants, New Arab Town n’attire que ceux qui veulent manger ou boire quelque chose. Par manque de clients, certains plient bagage dès 16 heures. Cet isolement coûte cher à ces marchands.

Da Patten à la peine

Juste en face, Vimi Arumugum et son mari vendent des gâteaux. Leur commerce souffre également de l’isolement du marché. «Lorsque nous étions dans l’ancien marché, il était constamment bondé», relate la commerçante de 39 ans. «Les gens venaient tôt pour acheter nos gâteaux et il arrivait que nous n’ayons plus rien au milieu de la journée. Désormais, ils nous en reste énormément à la fin du jour.» De plus, une nouvelle circule que l’ancienne Arab Town sera rénovée. Les maraîchers gardent espoir d’y retourner aussitôt les travaux accomplis.

Les commerçants de la foire Da Patten subissent le même sort. Cette trentaine de commerçants de prêt-à-porter et de cosmétiques reçoivent rarement la visite de clients. Le bâtiment où ils travaillent ne facilite pas les choses. «Nou péna ler isi. Péna louvertur», se lamente Fazila Ghoorahoo. La foire Da Patten se trouvait auparavant à côté du National Badminton Centre. «De 2000 à 2005, nous étions là-bas. Nous n’étions pas bien aménagés. Malgré cela, nous étions visibles. Avec les arrêts de bus à proximité, il y avait toujours du mouvement.»

À part la radio qui joue en boucle pour distraire les commerçants, il n’y a presque aucun mouvement dans le bâtiment. «Nous demandons au maire de venir voir la dure réalité dans laquelle nous travaillons !»

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