Roshan Seetohul: «Le modèle de Maurice dans le secteur des TIC est à revoir»

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Roshan Seetohul, président de l’Outsourcing and Telecommunications Association of Mauritius (OTAM).

Roshan Seetohul, président de l’Outsourcing and Telecommunications Association of Mauritius (OTAM).

Avec un faible taux d’investissement étranger, les TIC manquent d’une stratégie à long terme pour faire face à la concurrence des pays voisins. Selon le président de l’OTAM, Maurice devra agir vite pour donner un nouveau souffle au secteur.

Comment se porte le secteur des Technologies de l’information et de la communication (TIC) ?
Le secteur des TIC nous apporte une croissance de moins de 6 % depuis quelques années. Et, hélas, cette tendance perdurera pendant les deux ou trois prochaines années. Le secteur stagne et montre des signes d’essoufflement. La situation n’est pas critique, mais elle nous indique quand même qu’il faudra que nous changions notre fusil d’épaule, en vue de reconsidérer notre stratégie et de nous adapter aux besoins du marché.

Avec Rs 1 million d’investissement étranger lors du premier trimestre de 2019, Maurice ne semble pas séduire…
Comme je vous l’ai dit, un rethinking est fortement recommandé. C’est un peu comme dans le tourisme, où d’autres pays voisins nous démontrent des croissances importantes… Et nous, nous manquons le coche. Une concurrence sérieuse posée par d’autres pays émergents de la région ne peut être ignorée. Des pays en Afrique, et même ceux qui sont à côté de nous, comme Madagascar, gagnent lentement du terrain. Il faut étudier tout cela, comprendre ce paradigm shift et venir avec des stratégies réalisables à court et moyen termes. Certes, le modèle qu’offre l’île Maurice dans le secteur des TIC est peutêtre à revoir car beaucoup de données ont changé depuis.

Le faible taux d’investissement étranger, est-ce néfaste pour le secteur des TIC ?
Je ne dirai pas que c’est néfaste, mais l’indice nous démontre beaucoup de choses et nous pourrons tirer nos propres conclusions. Cela nous demande de comprendre la situation pour venir avec des actions concrètes, voire un plan d’action. Pourquoi ne parle-t-on que d’investissement étranger ? Je pense qu’il faut aussi encourager les entrepreneurs mauriciens à investir davantage dans ce secteur.

Nous avons plusieurs sociétés étrangères à Maurice, mais pourtant un investissement direct étranger très faible. Qu’est-ce qui explique cela ?
Une rude compétition fait rage sur le marché mondial. Donc, c’est normal que les compagnies jugent bien les risques avant d’investir davantage à Maurice. Ceci dit, l’île reste quand même une destination de choix dans la région pour le secteur des TIC, mais il faudra qu’on se réaligne vite et efficacement. (…)

Ces investissements sont-ils dirigés vers des pays voisins ?
Certes, c’est une réalité aujourd’hui que d’autres destinations s’ouvrent et deviennent des opportunités d’affaires de choix pour les investisseurs. Outre les géants comme l’Inde, la Chine ou encore la Malaisie, on constate aussi d’autres pays avec une croissance. À l’instar des pays d’Amérique latine, de l’Europe de l’Est et de plus en plus d’Afrique. Alors, Maurice devra avoir des muscles pour affronter cette réalité concurrentielle. Nous devons nous concentrer sur les opérations niche et haut de gamme.

Le taux de croissance n’évolue guère année après année. Comment changer la donne ?
Il faudra agir, prendre des décisions stratégiques et donner un nouveau souffle au secteur des TIC. Les entreprises changent et adaptent leurs modèles encore plus rapidement qu’avant, notamment en réaction aux pressions du marché ainsi qu’en quête de meilleurs niveaux d’efficacité. Il est donc impératif de suivre le rythme du changement si on veut gagner cette bataille.

Les entreprises locales sont très peu enclines à s’exporter en Afrique. Comment y remédier ?
Il y a, à ma connaissance, une certaine tentative ponctuelle des autorités de s’ouvrir vers l’Afrique, mais cela n’est pas suffisant. J’ai des retours de certains à Maurice qui n’arrivent toujours pas à exporter leurs services et leur savoir-faire vers l’Afrique. Je mettrai cela sur le compte d’un manque de stratégie africaine bien rodée. Je pense qu’on se cherche toujours avec des missions ponctuelles, mais pas réellement efficaces, avec des retombées positives. Afin d’y remédier, je pense à un African Desk avec une Vision et Stratégie bien définies et ponctuées d’une bonne connectivité aérienne et maritime qui donnera plus de punch. (…)

Enfin, faire de Maurice un Artificial Intelligence, Blockchain & FinTech Hub, vous y croyez, vous ?
(…) La vision est là mais reste à savoir comment la réaliser. Pour s’adapter à une révolution numérique, il faut impérativement un mélange intelligent et adéquat entre les technologies et le contact humain. Cette transformation numérique, on le gagnera seulement si un accompagnement systématique est mis en place par les autorités compétentes. À terme, si on arrive à bien atteindre ces objectifs, nous pourrons réaliser des gains en productivité. Un travail de titan mais réalisable si on mise sur les bonnes dispositions.

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