Cimetière de l’ouest: qu’ils ne se retournent plus dans la tombe

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Le cimetière de l’Ouest s’étend sur 12 arpents et 20 perches.

Le cimetière de l’Ouest s’étend sur 12 arpents et 20 perches.

À force de recenser les cas de vandalisme au cimetière de l’Ouest, à Cassis, un collectif a décidé d’agir. Face à l’incapacité de la municipalité de Port-Louis de protéger ce pan du patrimoine, la société privée Sauvegarde du Cimetière de l’Ouest a vu le jour. Elle a récemment signé un accord avec la municipalité, pour entretenir les lieux, à ses frais.

Dérangés dans le grand sommeil. «Rien que l’année dernière, une centaine de cas de vandalisme ont été recensés au cimetière de l’Ouest», affirme Philippe La Hausse de la Louvière, défenseur du patrimoine. Alors, avec un collectif, il a créé la société privée Sauvegarde du Cimetière de l’Ouest (SCO).

Elle a signé un Memorandum of Understanding il y a une dizaine de jours avec la municipalité de PortLouis, pour assurer l’entretien de ce cimetière. Cela, à ses frais – avec le sou- tien de donateurs, dont l’ambassade de France –, souligne Philippe La Hausse de la Louvière. Le cimetière de l’Ouest est un «témoin fidèle de notre Histoire. Il contient environ 15 % des monuments classés à l’île Maurice».

La mission de la SCO : tracer des allées sablonneuses entre les diverses sections du cimetière, entretenir les murs et assurer l’élagage régulier de la végétation. Mais aussi s’occuper des tombes et caveaux dans les cas où les familles ne se manifestent plus. Il s’agit d’un projet de longue date.

En 2007, Philippe La Hausse de la Louvière avait lancé la Fondation Fort Blanc avec des fonds privés. L’objectif était déjà d’assurer la sauvegarde du cimetière de l’Ouest. Mais les grilles en fonte avaient continué à attirer les vandales. Dix ans plus tard, en 2017, avec un collectif, la SCO a vu le jour.

Le cimetière de l’Ouest s’étend sur 12 arpents et 20 perches. Une vaste «lap- lenn pares» sur laquelle veille Stenio Rosalba, l’Operations Supervisor, installé dans le bureau de la SCO, près de l’une des entrées du cimetière. À charge pour lui d’avoir l’œil sur les vandales – notamment les voleurs de plomb – qui passeraient outre les avertissements. Ils proclament que ceux trouvés coupables d’actes de vandalisme sont passibles de deux ans de prison.

Le cimetière reste un haut lieu de l’occulte. Désormais, des écriteaux proclament en rouge que la sorcellerie est interdite. Au soleil de Port-Louis, des noix de coco fendues en deux, des limons tranchés, mais aussi des canettes de bière attestent de sombres rituels. Il y a des tombes qui attirent plus que d’autres, indique Stenio Rosalba. Dans une rangée, il nous montre trois tombes ornées d’un crâne et d’os croisés, sculptés dans la pierre. De là, à ce que les imaginations débordantes inventent des histoires de pirates, ironise notre guise, il n’y a qu’un pas.

Retrouver ses ancêtres

La Sauvegarde du Cimetière de l’Ouest propose un soutien pour retrouver des parents enterrés sur place. Les registres – format papier – sont conservés dans une armoire, dans le bureau du cimetière. Bureau géré par la mairie, où les registres végètent en mauvais état. La SCO a pour objectif de réaliser un inventaire complet de toutes les inhumations ayant eu lieu au cimetière de l’Ouest.

La plus vieille tombe

La première pierre tombale du cimetière de l’Ouest est celle de Jean-Pascal Dujonc de Boisquenay, décédé le 24 février 1774. C’est le 1er janvier 1771, durant le mandat du gouverneur Desroches, que le cimetière est créé, dans la région qui s’appelle alors Fort-Blanc. Auparavant, le cimetière de l’Enfoncement se trouvait à l’emplacement actuel du jardin de la Compagnie. Mais à cause des épidémies, ce cimetière situé au centre de la ville pose problème. D’autant plus que la zone est à l’époque marécageuse. L’idée de transférer le cimetière en dehors des limites de la ville fait débat et rencontre des réticences de la part du clergé, indiquent les sources historiques. Le 15 décembre 1772, le cimetière de l’Enfoncement est fermé.

Les personnalités

Ne dit-on pas que le cimetière est rempli de gens indispensables ? Le cimetière de l’Ouest est peuplé de personnalités. Certaines dont le nom est connu, comme le révérend Jean Lebrun, sir William Newton, Rémy Ollier, Léoville L’Homme, David Charpentier de Cossigny, Lislet Geoffroy, Louis L’Échelle, le premier maire de Port-Louis et tant d’autres. D’autres noms n’évoquent plus grand-chose aujourd’hui. Pourtant, ces tombes sont protégées par la loi, car elles sont inscrites sur la liste du patrimoine national. On y compte des officiers britanniques : D’Archibald de Litchfield, Dominus Arthur Chicester, etc.

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