Joe Kelly, de Huawei : «La technologie est innocente»

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 L’Irlandais Joe Kelly est vice-président de l'International media affairs corporate communications department de Huawei.

 L’Irlandais Joe Kelly est vice-président de l'International media affairs corporate communications department de Huawei.

L'express a rencontré Joe Kelly, d'origine irlandaise, au quartier général de Huawei à Shenzhen, en Chine. Ce, dans le contexte du programme Seeds for the Future auquel participent dix étudiants de l'université de Maurice. Dans la société chinoise depuis sept ans, le vice-président de l'International media affairs corporate communications department brosse un tableau des sujets épineux tels que le projet Safe City, la 5G et le conflit avec les États-Unis.

Quelle est la philosophie du programme Seeds for the Future ?
Nous voulons inspirer la prochaine génération à voir la technologie comme une option de carrière. Particulièrement les femmes. Nous savons déjà qu'il n'y en a pas assez dans le secteur informatique. Nous souhaitons attirer davantage de femmes ingénieurs vers la technologie. Nous sommes également conscients que beaucoup de personnes ont peur de la technologie. Du coup, elles ne s'en servent pas. Nous essayons donc de démythifier la technologie.

En formant les jeunes, on peut atteindre cet objectif. Huawei est une entreprise qui connaît du succès. On a le marché et nous faisons des profits. Si on veut continuer dans le long terme, on doit retourner l'ascenseur. Et c'est la technologie qu'on sait faire de mieux. Grâce à notre Corporate Social Responsibility (CSR) principale, Seeds for the future, les bénéficiaires ont un aperçu de la culture et la gastronomie chinoise, mais aussi de l'expérience au sein de notre entreprise.

Beaucoup de craintes ont été émises à Maurice, par rapport au projet Safe City. Vos commentaires.
Huawei est une firme qui crée de la technologie. On ne vous dit pas comment vous en servir. On ne fait pas de politique. Le gouvernement, à travers les lois en vigueur dans le pays concerné, doit définir comment il va se servir de la technologie. On n'a aucune influence dessus. Notre responsabilité c'est d'apporter de la technologie qui crée de la valeur. On doit pouvoir vivre en sécurité. Nous avons 700 safe and smart cities projects à travers le monde. Ils ne sont pas tous les mêmes car les pays ont des différents défis à relever.

Ne regardez pas que les appréhensions, mais aussi les bénéfices. L'année dernière, un enfant enlevé à Shenzhen a été retrouvé sain et sauf grâce au projet Safe City. Si un voleur pense qu'il peut se tirer d'affaire après avoir réalisé son coup, il va le faire. Par contre, s’il sait qu'il sera rattrapé par la police, il va s'abstenir. C'est dans la nature humaine.

La technologie est innocente. Tout est dans la manière dont on choisit de s'en servir. Sans compter que les bénéfices sont étendus. Le Kenya a fait installer des caméras en vue de la visite du pape, car les autorités voulaient assurer une sécurité maximale. Par la suite, le nombre de touristes a augmenté. Le but premier pour Maurice, c'est d'assurer la sécurité des gens, mais il y a aussi des contreparties positives. Plus de touristes s'y rendront en sachant que c'est un pays sécurisé. L'économie va en bénéficier.

Dans une récente déclaration à la presse, le Chief Executive Officer de Mauritius Telecom, Sherry Singh, a affirmé qu'il faut prendre en considération la dimension du pays ainsi que le retour sur investissement. Tout en reconnaissant que Maurice va devoir se tourner vers la 5G à l'avenir. Comment réconcilier cette situation ?
Bien sûr, il faut faire un business case. Sachez que la technologie 5G coûte moins cher que la 4G. La première est plus moderne et innovatrice. Elle consomme moins d'énergie. Si les sociétés se disent qu'avoir plus d’abonnés à leur réseau veut dire avoir davantage de clients, elles pourront offrir plus de services que ce que paient actuellement leurs clients. C'est une opportunité pour ces entreprises. D'une part, il y a l'utilisation de la 5G, d'autre part, il y a l'Internet of Things (IoT), si les entreprises veulent créer ces produits. Sans oublier que la 5G permet aussi à une industrie de créer son propre réseau.

Cela dit, tous les pays et les entreprises sont différents. Il y a plusieurs facteurs à prendre en considération. Notamment le produit intérieur brut, les industries principales, les défis. Pour une destination touristique telle que Maurice, les autorités doivent considérer le fait que si la 5G est disponible ailleurs, les touristes ne se rendront pas là où le service est indisponible.

L'avènement de l'intelligence artificielle fait aussi des vagues, surtout par rapport à l'emploi. Qu’en pensez-vous ?
C'est bien parce qu'une personne a décidé de créer ce smartphone doté d'intelligence artificielle qu'on l'a en main. La crainte de la technologie a toujours été présente, que ce soit à l'ère de l'industrialisation ou de l’informatisation. Il est vrai que l'intelligence artificielle va éliminer certains métiers au bas de l'échelle. Mais la technologie peut enlever les choses mondaines et ennuyantes que nous ne voulons pas faire. On dit que l'intelligence artificielle va tuer les emplois, alors qu'on a un manque de personnes qualifiées. A l'avenir, le monde trouvera de nouvelles industries, tout comme l'intelligence artificielle en est une. On aura toujours besoin de gens.

Tournons-nous vers les États-Unis. Comment réagit Huawei par rapport à la position du président américain, Donald Trump ?
Nous faisons du business depuis trente-deux ans et nous soutenons quotidiennement plus de trois milliards de personnes. Nous n’avons jamais compromis les données ni la sécurité de quiconque. Et il n'y a aucune preuve contre nous. Nous croyons que les États-Unis ont tort. Ils ne font que des allégations contre nous. Ils auraient dû suivre leur propre cadre juridique. Mais nous allons nous défendre comme on peut. Il y a un élément géopolitique à ce que fait le gouvernement américain qui ne nous regarde pas. Nous sommes une entreprise d'ingénieurs et des personnes d'affaires. Pas des politiciens. Nous allons laisser les politiciens agir en tant que tels alors que nous allons continuer à apporter notre soutien à nos clients, et on continuera à innover.

Les actions récentes du gouvernement américain étaient attendues depuis quelque temps et on s'était préparé pour cela.

Quelles sont les motivations américaines ?
La vérité c'est que les États-Unis ont avancé plusieurs raisons. Ils disent que nous représentons un risque pour l'avenir car nous sommes une firme chinoise. Ils ont aussi évoqué un accord commercial avec la Chine. Ou encore la protection des USA face au risque de se faire dépasser par la Chine en tant que la plus grande économie mondiale. Donc, on ne sait pas de quelle raison il s'agit mais les allégations faites à notre encontre sont fausses. Sous la constitution américaine, une personne ou une entreprise est innocente jusqu'à preuve de culpabilité. Or, il n'y a pas eu de preuves contre nous. Mais nous avons été traités comme des coupables. C'est pour cela que nous prenons des actions juridiques contre les États-Unis. Nous ne sommes pas soucieux.

Quel a été l'impact de ce conflit sur les affaires de Huawei ?
Il y a eu une baisse de la vente de nos smartphones en dehors de Chine, mais une augmentation dans le pays. Cette année, nous avons transporté cent millions de smartphone, ce qui est plus conséquent que l'an dernier. En ce qui concerne la 5G, nous continuons à signer des contrats. Nous avons acheminé plus de 20 000 PlayStation et signé quarante-six contrats commerciaux pour la 5G. Les clients qui connaissent Huawei nous font confiance. Ils veulent continuer à faire du business avec nous. Idem pour les vendeurs et les fournisseurs.

Propos recueillis par Priya Luckoo (de Chine)

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