Drogue synthétique: «Mon fils est mort d’une overdose. Il n’y a plus rien à faire…»

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Ces jeunes, qui ont l’air désoeuvrés, seraient les yeux et les oreilles des gros dealers.

Ces jeunes, qui ont l’air désoeuvrés, seraient les yeux et les oreilles des gros dealers.

Comme dans de nombreuses autres bourgades à travers l’île, le trafic de drogue synthétique s’est installé à la Cité Argy. Ce qui inquiète grandement ceux qui y vivent.

Les ruelles de la cité sont calmes et désertes, comme dans une ville fantôme et l’atmosphère y est pesante. Après avoir déambulé sur quelques mètres, nous apercevons des hommes jeunes en train de poncer la carrosserie d’une voiture. Mais comme ils ne mettent aucune ardeur à la tâche, ils donnent l’impression d’être des guetteurs et informateurs des dealers. Effectivement, en nous voyant, l’un d’eux sort son téléphone et passe un coup de fil. Sans doute pour signaler la présence d’étrangers que nous sommes.

Ils ont l’air d’être en attente de quelque chose.

Nous décidons d’aller à la rencontre des habitants et de les interroger. Certains refusent tout de go de parler des drogues illicites qui circulent dans la cité par peur de représailles. Ils préfèrent rentrer dans leur maison pour éviter les ennuis. Néanmoins, l’un d’eux se laisse convaincre. Oui, il sait que la drogue synthétique y a droit de cité et selon lui, la manière dont les dealers ont tissé leur toile, «il faudra du temps pour la briser». Nous progressons dans la cité et tentons d’obtenir d’autres commentaires et impressions.

C’est avec beaucoup de difficultés que nous parvenons à gagner la confiance de certains. «C’est une zone déshéritée», raconte une maman, qui pleure à chaudes larmes car la drogue lui a pris son fils. «Mon fils est mort d’une overdose il y a des années. Il n’y a plus rien à faire. On aura beau téléphoner frénétiquement à la police pour signaler le trafic, rien ne va changer. Je ne vois pas ce qui pourrait renverser la vapeur car le pire se produit déjà ici.» Bien que le temps se soit écoulé depuis cette disparition, cette mère est encore traumatisée. Elle s’en souvient comme si c’était hier. «Comme d’habitude, je suis rentrée chez moi vers midi après mon travail. Mon fils dormait et je n’ai pas voulu le déranger, dans un premier temps. Mais, en tant que mère, je sentais que quelque chose n’allait pas bien, que mon fils avait un problème. Effectivement, il avait déjà rendu l’âme. Selon le médecin légiste qui a pratiqué l’autopsie, des traces d’insecticide ont été retrouvées dans son sang. J’ai immédiatement compris que c’était de la drogue synthétique». Cette habitante ajoute également que malgré le fait qu’elle connaissait ceux qui ont fourni la drogue à son fils, elle n’a pu porter plainte à la police contre eux car il en allait de sa sécurité.

«Ici, si vous parlez, vous subirez le harcèlement. Vous ne serez pas non plus à l’abri des agressions sexuelles et d’autres formes d’agressions. Ici, c’est le quartier de tous les dangers. Les gens vivent dans la peur. Les inconnus qui viennent là en voitures banalisées ou en taxis sont des cibles visées par ce réseau de dealers. Ils sont souvent pourchassés par ces groupes d’individus indomptés», raconte un autre interlocuteur, qui ajoute qu’avec les récentes patrouilles policières et les arrestations subséquentes, le quartier est devenu plus ou moins tranquille.

Mais les habitants ne sont pas rassurés car ils savent que ce sont les petits poissons qui ont été appréhendés et les gros bonnets sont toujours là et bien planqués. La Cité Argy n’est pas le seul quartier où toutes sortes de trafics illicites ont lieu mais les autorités doivent prendre conscience que les jeunes sont des proies faciles. Il faudrait que la police et l’Anti-Drug and Smuggling Unit y fassent des patrouilles régulières pour nettoyer l’endroit et le débarrasser de ses poisons.

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