Bourse: Maurice impuissant face à l’exode des investissements étrangers

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IBL, deuxième plus grand groupe après le MCB à l’échelle de l’indice Sem 10 a réalisé des revenus de Rs 29,8 Mds soit une hausse de 6% pour l’exercice se terminant au 31 mars dernier.

IBL, deuxième plus grand groupe après le MCB à l’échelle de l’indice Sem 10 a réalisé des revenus de Rs 29,8 Mds soit une hausse de 6% pour l’exercice se terminant au 31 mars dernier.

Une situation qui est loin d’affecter la progression des sociétés cotées, à l’exemple d’IBL qui, après l’acquisition de General Construction, a vu son titre bondir à Rs 59 à la séance d’hier, soit une hausse de 6,31 %.

Rs 2,9 Milliards. Ce montant représente le surplus des transactions de vente par rapport aux achats que les investisseurs étrangers ont effectuées sur le marché officiel de la Bourse de Maurice entre mai de l’année dernière et mai cette année. Ces données ont été fournies dans la dernière édition du Statistical Bulletin de la Banque centrale. C’est l’argent qui a quitté le territoire de Maurice et que s’il avait été confié à la National Housing Development Company (NHDC), compagnie chargée d’exécuter la politique de construction de logements de l’État, 713 appartements semblables à ceux qui sont proposés à la classe moyenne à 900 mètres de la plage de Cap-Malheureux et dont le prix oscille entre Rs 3,9 millions et Rs 4,4 millions auraient pu être édifiés.

En quoi consiste le phénomène ? Il s’agit de la décision de ces investisseurs étrangers de vendre les titres dont ils disposaient à la Bourse pour migrer vers d’autres destinations où il est possible d’investir dans des valeurs qui ne risquent pas de fluctuer de façon inconsidérée.

Pourquoi est-il si important de tenir compte de ce qui se passe à la Bourse ? La Bourse, c’est comme le coeur humain. Pour un état des lieux de sa situation, c’est le premier organe que l’on va ausculter lorsque l’homme est confronté à un malaise visible à l’oeil nu. C’est aussi la situation au niveau de la Bourse qui permet de jauger l’état de santé de l’économie d’un pays. Si les investisseurs étrangers achètent, c’est qu’ils ont confiance dans l’économie et dans le pays en général. S’ils sont plus intéressés à vendre qu’à acheter, il y a donc des raisons de ne pas prendre cette posture à la légère.

Dans un monde où les frontières tant financières qu’économiques ont longtemps disparu, les vagues qui peuvent bouleverser la sérénité d’une place boursière sont bien souvent associées à des évènements qui viennent de l’extérieur. Voici, ceux qu’évoque Sunil Benimadhu, Chief Executive Officer de la Stock Exchange of Mauritius.

Ce sont, entre autres, l’incertitude grandissante des possibilités de croissance des économies phares de la planète dans le sillage de la guerre commerciale à peine voilée que mènent les États-Unis d’Amérique et la République populaire de Chine, le ralentissement des activités économiques en Chine, la pression et la volatilité exercées par les marchés hautement sophistiqués sur les marchés émergents et ces plateformes également appelées marchés pré émergents dont la capitalisation et la liquidité sont relativement faibles. La liste comprend également l’appréciation des devises des marchés des pays sophistiqués vis-à-vis des marchés émergents et pré-émergents. Phénomène qui, au dire de Sunil Benimadhu, accélère le processus de migration de ces investissements vers des destinations où l’herbe est plus verte.

Des facteurs intérieurs ne sont pas étrangers à la tendance de bon nombre d’investisseurs d’aller voir ailleurs. Les spécialistes du secteur financier évoquent, entre autres, les incertitudes politiques à l’approche d’élections générales, la dégradation au niveau des arrivées touristiques, les indicateurs économiques qui sont dans le rouge, le niveau de la dette publique ou encore, plus récemment, la décision du gouvernement de décréter qu’il est normal qu’une Banque centrale quitte sa zone de gestionnaire de l’état de situation de la monnaie pour contribuer à gérer la situation économique du gouvernement.

«Les Bourses du continent, y compris celle de Maurice, ne sont pas sorties indemnes de l’ampleur du phénomène de désinvestissement. Une situation qui reflète la décision stratégique des investisseurs étrangers à réduire l’effet des risques qu’ils encourent sur les marchés émergents et pré-émergents. Ce qui ne veut nullement dire que ce désinvestissement est associé à la performance de ces marchés financiers.»

Pour Neeraj Umanee, Manager chez Swan Securities, le chiffre de Rs 2,9 milliards est effrayant. «Il s’agit d’un désinvestissement net. Ce qui signifie un exode du capital investi à la Bourse mais aussi du pays. Si on refait l’exercice entre mai 2014 et mai 2019, l’hémorragie s’accentue alors et le montant du désinvestissement net atteint un sommet vertigineux de plus de Rs.44 milliards.»

Moment idéal pour investir

Pour le manager de Swan Securities, les titres qui ont le plus fait les frais de ce processus sont ceux du groupe MCB. «Sur les Rs 2,9 milliards de la période courante, le titre qui a subi le plus lourd désinvestissement étranger net est celui du groupe MCB. Le montant net se chiffre à plus de Rs 1,1 milliard. Une situation qui se manifeste au moment même où le groupe bancaire avait le vent en poupe et avait engrangé des profits plus qu’honorables sur la période se terminant au 30 juin 2018.»

«Il est donc très déconcertant d’assister à cette migration du capital qui pourrait être interprétée comme une prise de profit qui ne correspond pas aux critères d’investissement d’un opérateur qui, au bout du compte, finit par se dire qu’il vaut mieux aller vers d’autres juridictions.»

Neeraj Umanee est pessimiste. «On s’attend malheureusement encore à une année de désinvestissement étranger net en cette période préélectorale.» Qu’à cela ne tienne, il serait fastidieux de cantonner l’évolution de la Bourse de Maurice uniquement à la seule posture des investisseurs étrangers qui font tout pour minimiser les risques d’une perte de valeur toujours possible. Les transactions de vente des étrangers ont trouvé preneur sur le marché mauricien. Sur la dizaine d’investisseurs qui, chaque jour, évoluent sur la plateforme boursière locale, sept sont Mauriciens. L’achat des titres dont les étrangers veulent disposer démontre leur confiance dans l’économie mauricienne et la certitude que les choses pourront changer.

Un observateur qui n’a pas voulu révéler son identité explique que la situation aurait été catastrophique si les géants de l’économie étaient dans le rouge. Pour lui, c’est le moment d’acheter les titres boursiers. «La valeur de ces titres ne sera pas plus bas qu’elle ne l’est aujourd’hui et c’est le moment d’en faire l’acquisition avant qu’elle ne prenne l’ascenseur.»

Les sociétés faisant partie du SEM-10 sont les véritables phares de l’économie mauricienne. La plupart compensent les limites de l’économie intérieure à favoriser plus de croissance ailleurs, dont en Afrique. Ce sont des sociétés qui se restructurent, se diversifient et se renforcent dans le souci d’être plus performantes. Le dernier exemple est l’initiative du groupe IBL de faire l’acquisition de General Construction, une référence dans le secteur de la construction. Le marché n’a pas tardé à réagir à cette bonne nouvelle. IBL a enregistré la meilleure performance lors de la séance d’hier en consolidant sa valeur d’un apport de 6,31 % passant de Rs 55,50 à Rs 59. «Les capitaux étrangers partent et reviennent. Ils reviendront dès que les conditions qu’ils souhaitent se présenteront.»

Cette capacité des secteurs économiques émergents mauriciens à se dépasser, voire à se surpasser, face à des phénomènes dont ils n’ont pas toujours le contrôle se manifeste aussi au niveau du secteur des services financiers après la douche froide provoquée par la décision du gouvernement indien de renégocier l’accord de non-double imposition. «S’il est vrai, concernant les Management companies, qu’il n’y a pas le même niveau d’activités pour le marché indien, on constate un regain d’intérêt des opérateurs potentiels qui désirent passer par la juridiction mauricienne pour orienter leur projet d’investissement en Afrique. Pas seulement pour les gros projets d’infrastructures impliquant d’énormes montants mais pour des montants modestes de $ 100 000 par exemple», témoigne Arvin Halkhoree, Senior Associate-Barrister au sein du cabinet Juristconsult International Legal Services.

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