Rise & Shine

Avec le soutien de

Dans le cadre de la campagne Rise & Shine, l’Union européenne, en collaboration avec La Sentinelle, donne la parole à dix personnalités mauriciennes inspirantes que vous retrouverez au fil de cette rubrique chaque mardi. www.riseandshinemauritius.com

Sehenaz Hossain Saed :«C’est aux adultes de responsabiliser les enfants»

Qu’est-ce que cette nomination représente pour vous ?
C’est un honneur pour moi que le Centre d’éducation et de développement pour les enfants mauriciens (CEDEM) a été choisi par l’Union européenne. Celle-ci nous apporte son soutien à réaliser de différents projets. Le CEDEM est déjà connu pour son travail. Grâce à cette campagne, on peut travailler davantage à conscientiser toute l’île Maurice d’adhérer à la cause des enfants.

Quelles sont les différences et/ou les similitudes entre les enfants problématiques d’antan et ceux d’aujourd’hui ?
Auparavant, bien qu’il y avait toujours des enfants problématiques, ces derniers n’étaient pas exposés aux fléaux comme c’est le cas maintenant. Il n’y avait pas l’accès à l’Internet. Et il n’y avait pas tant de familles brisées. Les enfants à problèmes, de nos jours, ont besoin de plus d’attention. Il nous faut faire de la recherche pour être mieux équipé afin de s’occuper d’eux. La façon dont on leur parle doit être différente, car ces enfants ont tendance à défier l’autorité. Il faut travailler en équipe avec un panel de professionnels afin de réussir dans notre mission. Il faut aussi avoir une attitude juste envers eux. Par exemple, on ne peut pas répondre aux problèmes liés à la violence par la violence. Sans oublier le respect des droits fondamentaux des enfants. Maurice a signé des conventions en ce sens.

Différentes parties prenantes sont d’avis que l’on mette plus l’accent sur les droits et moins sur les responsabilités des enfants. Qu’en pensez-vous ?
C’est bien que les enfants connaissent leurs droits. Ces droits ne seront ainsi pas bafoués. Cela dit, qui dit droits dit aussi responsabilités. Les deux marchent de pair. Si les enfants estiment qu’ils ont plus de droits que de responsabilités, c’est la faute des adultes. Ces derniers n’ont pas réussi à faire passer le message. D’ailleurs, avoir des droits ne doit pas être un moyen de chantage. Que ce soit à la maison, dans les établissements scolaires ou les abris, les adultes doivent rester fermes. Ils doivent faire comprendre aux enfants qu’il y a des règles et des lois à respecter, et si on les défie, il y aura des sanctions. C’est aux adultes de responsabiliser les enfants.

Quelles sont les qualités requises pour devenir ‘Carer’ ?
Il ne suffit pas que d’avoir de l’amour pour les enfants. Il faut les aimer certes, mais surtout avoir cette envie de devenir ‘Carer’. Car, ces enfants sont l’avenir du pays. De ce fait, c’est le devoir de tout un chacun d’apporter sa pierre à l’édifice. Il y a des gens qui viennent pour essayer mais ils sont partis, suite au comportement des enfants. Il faut être fort moralement. Il faut également être tolérant car ces enfants sont issus de milieux différents. Et il ne faut pas les juger. D’où l’importance de la formation afin d’accompagner le Carer dans sa tâche.

Quel est votre souhait pour les enfants ?
Un enfant doit évoluer au sein d’une famille stable. Il y a encore du chemin à faire pour atteindre ce but. Les parents doivent consacrer du temps à leurs enfants, au risque de regretter plus tard. Il n’est jamais trop tard. Même un adolescent a besoin de ses parents. C’est en passant du temps avec ses enfants qu’on apprend s’ils ont des problèmes. Les choses matérielles ne peuvent pas remplacer l’attention qu’on devrait leur donner.

 

BIO EXPRESS

 Âgée de 54 ans, Sehenaz Hossain Saed est la directrice du CEDEM. Elle a commencé à faire du volontariat depuis l’âge de 12 ans, auprès du St-John’s Ambulance. Elle se joint au CEDEM lorsque celui-ci ouvre ses portes en 1984, en tant qu’enseignante du pré-primaire. Douze ans plus tard, elle devient enseignante spécialisée dans le travail avec des enfants souffrant de handicaps. Elle va ensuite gravir les échelons. Sehenaz Hossain Saed est assistante directrice en 1998, manager en 2010, co-directrice en 2014 et finalement directrice depuis 2017.

Jane Constance: «Changer le regard des autres»

Jane Constance, chanteuse nommée artiste de l’Unesco pour la paix.

Cela représente quoi pour vous d’être la plus jeune ambassadrice de la campagne Rise and Shine ?
C’est un vrai honneur d’avoir été choisie. Je suis consciente du fait que les gens me voient comme un role model à 18 ans. C’est une nouvelle opportunité pour moi de faire changer les choses et je suis déterminée à y apporter ma contribution.

Quel est le plus grand obstacle d’une personne autrement capable dans le monde actuel ?
Le plus grand obstacle demeure l’accessibilité. La majorité des bâtiments à Maurice ne sont pas adaptés pour les personnes se déplaçant en fauteuil roulant. Il est impossible pour ces gens-là de monter les escaliers. En Angleterre, par exemple, il y a des points où les personnes autrement capables peuvent traverser sans problème. Est-ce que vous me voyez marcher toute seule dans les rues de Port-Louis ? C’est impossible.

Que souhaiteriez-vous accomplir à travers la campagne Rise and Shine ?
J’ai un objectif : celui de changer le regard des autres sur les personnes autrement capables. Il faut impérativement l’apport et la contribution de tout le monde, notamment ceux des instances. Je veux permettre à chaque personne de se sentir libre et de sentir qu’elle a sa place dans le monde, peu importe son handicap. On nous voit souvent comme des extraterrestres. Je rigole en disant cela, mais il y a des soucis qui vont avec, que ce soit l’ignorance ou la peur de l’inconnu. Beaucoup de gens ne savent pas s’y prendre avec un autrement capable. Il faut passer par l’éducation, la formation et l’employabilité. Je suis pour l’introduction d’une loi afin que les entreprises prennent leurs responsabilités. Ce n’est pas le cas malheureusement. Même la loi actuelle n’est pas respectée.

Que conseillez-vous, en attendant ?
La persévérance est le maître mot. Il ne faut jamais baisser les bras. Prenez l’exemple de nos athlètes en handisport et en sport adapté. Ils sont la preuve que nous sommes capables d’accomplir de belles choses. Ils nous ont fait vibrer pendant la 10e édition des Jeux des îles de l’océan Indien et le feront encore dans d’autres compétitions. C’est primordial d’avoir cette persévérance et l’envie d’aller encore plus loin.

Le mois prochain, vous mettrez le cap sur l’Angleterre pour poursuivre vos études en droit. Qu’en est-il de la musique ?
Je vais continuer à concilier mes études et la musique. Je travaille sur mon troisième album.

 

Bio Express

Jane Constance est non-voyante depuis sa naissance, en septembre 2000. Mais cela ne l’a jamais empêchée de poursuivre ses rêves. En 2015, elle remporte The Voice Kids, diffusée sur TF1. Un an plus tard, elle sort son premier album, «À travers vos yeux», puis un deuxième, «Un jour j’ai rêvé», en 2018. Avant cela, elle est nommée artiste de l’Unesco pour la paix. Le mois prochain, Jane Constance mettra le cap sur l’Angleterre pour poursuivre ses études supérieures en droit.

Nicolas Ritter:«Les jeunes ont les mêmes préjugés que les anciens»

Nicolas Ritter,directeur exécutif de PILS

Qu’est-ce que cette nomination représente à vos yeux ?
C’est un honneur. La lutte contre le sida concerne les droits humains. Des valeurs qui sont aussi prônées par l’Union européenne. Cette nomination représente aussi une opportunité pour moi de communiquer ces droits humains pour l’avancement du combat que je mène.

Quelle est la situation par rapport à la stigmatisation liée au VIH/sida ?
Est-ce que les femmes en souffrent (toujours) plus comparativement aux hommes ? Que ce soit pour les hommes ou les femmes, la stigmatisation est toujours très présente. Les femmes en souffrent plus, du fait qu’on vit dans une société patriarcale. On colle des étiquettes. On juge. C’est souvent par ignorance. Ça prend beaucoup de temps à changer la mentalité. Vu que l’éducation sexuelle n’a toujours pas été introduite dans le cursus scolaire, ce n’est pas étonnant que l’évolution autour de la stigmatisation reste faible. Les gens vivent ainsi leur séropositivité dans la clandestinité.

Comment remédier à cette situation ?
À travers l’éducation. Malheureusement, dans nos écoles, je ne vois rien qui va dans le sens libre de tous préjugés. On s’en rend compte en parlant aux adolescents et jeunes adultes. Ils ont les mêmes préjugés que les gens il y a trente ans de cela. Or, à l’ère de la technologie, cette situation n’aurait pas dû exister. En s’informant, on apprend que le VIH se transmet dans des conditions spécifiques, qu’on peut vivre avec, qu’il y a des traitements et qu’on peut se protéger, entre autres. Quant aux écoles, cela fait vingt ans qu’on parle d’y introduire l’éducation sexuelle. Il y a aussi l’éducation à la maison. Mais quand le parent lui-même n’est pas outillé, il ne pourra pas faire l’éducation de l’enfant. L’école demeure ainsi la seule plateforme où l’enfant peut interagir.

Dans le monde du travail, quel regard jettent les gens sur des personnes ayant contracté le VIH/sida ?
Tout dépend de l’entourage. Par exemple, si une personne estime qu’elle a été licenciée en raison de sa séropositivité, c’est difficile de le prouver. Car on ne va pas avancer cette raison officiellement. Bien que l’Employment Rights’ Act et l’Equal Opportunities Act stipulent clairement qu’une personne ne peut être discriminée en raison de sa position sérologique, combien de personnes vont entamer un procès contre leur patron pour exclusion ? Il faut avoir les moyens financiers. Si PILS dispose des ressources humaines pour accompagner ces personnes-là, c’est aussi prendre le risque que l’affaire soit rendue publique. Les gens évitent des poursuites par peur que leur confidentialité soit brisée. On travaille avec Business Mauritius afin de voir comment le secteur privé peut être plus efficace.

Bio express

Âgé de 51 ans, Nicolas Ritter débarque chez Air Mauritius en 1989. Il fera partie du personnel naviguant de la compagnie aérienne nationale pendant 13 ans. En 1996, il va fonder PILS. Une ONG dont il est le directeur exécutif maintenant. Nicolas Ritter est également le vice-président de Coalition Plus, une organisation internationale à laquelle PILS est affiliée. Il a aussi siégé au sein du conseil d’administration de Collectif Urgence Toxida, Collectif Arc-en-Ciel, Ravane Indian Ocean Network, entre autres.   

Aline Wong: «L’entrepreneuriat permet à la femme d’exister seule»

Qu’est-ce que cela représente pour vous d’être l’une des ambassadrices de la campagne Rise and Shine ?
Je suis très contente de prêter mon énergie et d’apporter mon aide de citoyenne afin de disséminer les informations nécessaires à la population. Je veux être un modèle qui apportera sa contribution de façon agressive.

Qu’est-ce qui vous a poussée à choisir votre voie ?
Depuis mon enfance, je voulais à tout prix être autonome et financièrement indépendante. J’avais soif de liberté. À 26 ans, j’ai décidé de travailler à mon compte et d’être chef d’entreprise. Si on ne tente rien, on n’a rien et j’ai tenté ma chance pour en arriver là. Bien sûr, il faut aussi être entrepreneur de nature.

Quels sont les obstacles auxquels vous avez dû faire face et comment comptez-vous apporter votre contribution pour faciliter la tâche aux futures femmes entrepreneures ?
Il y a plusieurs étapes. Il faut d’abord connaître la loi du marché. Le métier est régi par cette loi. Souvent on veut se lancer mais le marché n’existe pas. Ensuite, il est primordial de renforcer les compétences que nous avons et celles que nous pouvons acquérir. C’est là où j’entre en jeu, en apportant l’aide et la sensibilisation afin que les femmes entrepreneures ne se sentent pas isolées. Je veux être capable d’éveiller les consciences. Ensemble, les femmes entrepreneures pourront s’envoler.

Quel est votre objectif principal à travers cette collaboration avec l’Union européenne ?
J’espère qu’on arrive à faire bouger les décideurs politiques. Il faut qu’ils fassent le poids pour faire avancer les choses. C’est à travers eux que nous allons pouvoir atteindre les gens que nous ciblons et faire comprendre à ces derniers que le soleil brille pour tout le monde. Je travaille en collaboration avec les autres ambassadeurs afin d’atteindre cet objectif.

Comment voyez-vous l’avenir de la femme entrepreneure à Maurice ?
Dès qu’on évoque la femme, on pense à une famille derrière, au pilier de la société. De nombreuses femmes subissent des violences domestiques car elles ne sont pas autonomes. L’entrepreneuriat leur permet d’avoir la force d’exister seules et d’avoir des réponses à leurs interrogations. La femme entrepreneure se sent désormais plus forte et plus digne et c’est très encourageant pour l’avenir, car un réseau solide est en voie d’être formé. «Seules nous sommes invisibles mais ensemble nous sommes invincibles.»

Bio express

Âgée de 55 ans, Aline Wong est la directrice de la compagnie l’Inattendu et créatrice de la marque l’IN. Depuis 2004, elle est la commissaire de l’Association des femmes chefs d’entreprises sur le plan mondial. Elle n’a jamais caché le fait qu’elle a comme idole Mère Teresa et elle encourage les femmes à persévérer afin de réaliser leurs rêves. Elle est d’ailleurs connue pour son travail sur le terrain. Aline Wong est une adepte de golf. Elle est mariée et est l’heureuse Pressé de questions, Johan Gel-maman de deux fils.

Bruneau Woomed : «La prétendue domination de l’homme n’est pas réelle»

Bruneau Woomed, féministe et directeur exécutif de Business Magic Ltd.

Comment avez-vous réagi en apprenant que vous avez été choisi comme l’un des ambassadeurs de la campagne «Rise & Shine» ? 
Je me suis demandé ce que cela représente pour moi. La première chose qui m’est venue en tête, c’est qu’il s’agit d’un service pour une cause, soit la lutte contre la violence à l’égard des femmes, ou tout simplement basée sur le genre. Une cause pour laquelle j’ai beaucoup milité. J’ai aussi voulu savoir ce que ma femme en pensait. Et il se trouve qu’elle partage mon opinion.

Quels sont les commentaires auxquels vous avez eu droit en tant que féministe ? 
Il y aura toujours des personnes qui vont faire des remarques. Par exemple, on m’a dit que je me suis joint à la cause pour être entouré de femmes. D’autres personnes étaient intriguées. Ki pé ariv twa ? Des fois, l’on pense qu’être féministe, c’est de prendre position publiquement. Or, cela se reflète dans notre comportement dans la vie quotidienne. Une fois, ma femme avait pris position en public sur un sujet. Un homme m’a dit: «Comment peux-tu laisser ta femme dire des choses tranchantes en société ?» En d’autres mots, j’aurais dû contrôler mon épouse. J’ai demandé à l’homme où était son problème. Cela ne me diminuait aucunement. 

Des fois, je fais la vaisselle quand nous allons dîner chez quelqu’un. Les femmes me demandent pourquoi je viens donner un coup de main. La meilleure façon d’être un féministe, c’est en faisant des actes simples, même si cela choque des gens. Par exemple, je déteste qu’on me serve à manger. Je n’ai pas besoin d’être pris en charge. Je peux le faire moi-même. On me dit alors: «To pé pran travay madam.» 

Comment faire pour changer cette situation ?
Le problème, c’est que souvent les femmes elles-mêmes sont complices de cette situation. Certaines vont, par exemple, dire qu’elles doivent vite rentrer à la maison pour servir à manger à leur époux. La femme ne se rend pas compte qu’elle est «fière» de la dépendance de son époux sur elle. Alors que c’est, en fait, une façon d’exercer un contrôle sur elle, voire même de créer de la peur. Il n’y a pas d’égalité dans une relation où l’une des deux parties est dépendante. 

Et comment motiver un homme pour qu’il traite la femme comme son égal ?
Tout comme l’homme, la femme aussi est un être humain. Elle a des aspirations, des envies de liberté et d’épanouissement. De quel droit un homme peut-il essayer d’enchaîner une femme ? La société dit que l’homme est le plus fort des deux sexes. Or, si l’on réfléchit bien, c’est un pouvoir que l’homme s’est donné.

C’est une prétendue domination que l’homme s’est attribuée et elle n’est pas réelle. À l’avenir, on dégagera beaucoup plus de potentiel si l’on accorde plus de liberté aux deux sexes. C’est bien notre rôle de libérer nos potentiels.

«I think women are foolish to pretend they are equal to men. They are far superior and always have been», disait l’auteur britannique William Golding. Qu’en pensez-vous ?
Je comprends le sens de ses dires. Des fois, la femme se restreint. Or, l’homme et la femme sont complémentaires. Il faut accepter le fait qu’ils ne sont pas en compétition. Il y a des différences biologiques, certes, et aussi dans la façon de penser et de réagir. Mais lorsque les deux compléments se rencontrent, ça crée quelque chose de superbe.

Bio express

Bruneau Woomed, 61 ans, est un méta-coach et un formateur en management et en neuro-sémantique. Il a été actif au niveau d’ONG telles que JCI Maurice et WIN, où il a été le Head Trainer d’initiatives comme le Women Leadership Programme, Women in Politics et Men Against Violence. Même si ces deux dernières initiatives ont été discontinuées, il intervient régulièrement pour des sessions de «gender awareness» ou de «domestic violence awareness». Pour lui, éduquer les hommes et les femmes est un des moyens pour arriver à une société plus égalitaire

Noemi Alphonse: «N’ayez pas honte, développez votre handicap»

Noemi Alphonse, handisportive et porte-drapeau de l’équipe de Maurice.

Qu’est ce qui vous a motivé à pratiquer le sport ?
J’ai toujours aimé le sport. Au début, j’ai choisi de faire du judo. Mais j’ai eu à arrêter suite à une opération au pied. En ce qui concerne le handisport, je l’ai pratiqué dès l’âge de 19 ans. C’est un ami qui m’a présentée à Jean-Marie Bhaugeerothee, mon entraîneur. Je ne pensais pas que la pratique de ce sport allait à ce point changé ma vie. Je suis passée de dépendante à indépendante. Car avant, c’est  ma  maman  qui  devait  tout  faire  pour moi. Mais avec le sport, j’ai grandi. Avant, j’étais très timide ; mais à présent,j’arrive à mieux m’exprimer. En l’espace de quatre ans, j’ai beaucoup évolué. Sur le  plan  physique,  j’ai  gagné  en  masse  musculaire. J’ai même réalisé des performances depuis 2015. En ce qui concerne mon moral, je me sens plus mature et j’arrive à mieux m’exprimer.

Est-ce que c’est facile pour un handicapé de s’imposer dans le milieu sportif ?
Je pense que la discipline handisportive chez nous a vraiment percé en 2015, lors des Jeux des îles (JIOI) à La Réunion. Avec dix médailles d’or en main, tout le monde a vu le potentiel que nous avons en nous. Et progressivement, on sent que les gens ont changé  leur façon de penser. Je ne suis pas la seule qui détient  un record en Afrique. Il y a Donovan  Rabaye, recordman du saut en longueur, ou encore Ashley Telvave, détentrice du record d’Afrique au 400 m. On ressent que le regard des gens a évolué sur les personnes qui souffrent d’un handicap. On arrive à se retrouver sur le même piédestal que les valides. Pour exemple, pour les prochains JIOI, je suis le porte-drapeau. C’est vraiment tout un symbole pour la communauté des han-disportifs, car c’est une première.

Quels sont vos objectifs ?
Pour les JIOI, c’est aller à la conquête de la médaille d’or et aussi réaliser un nouveau record des Jeux. Être porte-drapeau, c’est une motivation et non une pression. Par la suite, j’espère un jour être championne du monde paralympique et, aussi, pourquoi pas championne des Jeux du Commonwealth et d’Afrique. Si je n’arrive pas à atteindre ces objectifs, j’espère décrocher une place sur le podium dans toutes ces compétitions. Sur le  plan professionnel, je  suis partagée entre mon désir de devenir journaliste et d’aider dans le social. Je veux aider les enfants qui souffrent d’un handicap. Le but, c’est d’arriver à changer la mentalité des parents.

Comment avez-vous accueilli votre nomination comme ambassadrice dans le cadre de Rise & Shine ?
J’étais en compétition en Australie quand on m’a demandé si je voulais devenir ambassadrice pour Rise & Shine. Et j’ai accepté. Les gens verront ainsi une autre facette de moi, pas uniquement la sportive. C’est vraiment un honneur, surtout quand je vois les autres personnes qui sont à mes côtés dans cette campagne. Par contre, on  est juste deux filles qui souffrent d’un handicap à y faire partie, Jane Constance et moi. C’est une fierté pour moi de faire partie de ce groupe.

Un message que vous souhaiteriez faire passer ?
Je m’adresse aux parents ; que ces derniers acceptent leurs enfants, surtout ceux qui sont nés avec un handicap. Il ne faut pas que vous, les parents, vous viviez cette situation comme un fardeau. Prenez-le plus comme un cadeau. Il faut arriver à l’accepter. Pensez à tous ceux qui essayent d’avoir un enfant et qui n’y arrivent pas. Soyez à fond derrière votre enfant, n’ayez pas honte de son handicap.  Considérez-le  comme  un  enfant  normal. Mes parents ont toujours été là pour moi. Ce n’est pas parce que nous avons un handicap que cela veut dire que nous n’avons pas d’avenir.

Si on veut que la société nous accepte tels que nous sommes, nous devons nous assumer comme nous sommes avant tout. Il ne faut pas avoir honte de son handicap, au contraire, il faut le développer.

 

Bio express

Noemi Alphonse, 23 ans, est paraplégique. Elle décide malgré tout de croquer la vie à pleines dents. Athlète professionnelle, elle représente Maurice à l’international en para-athlétisme. Elle pratique la course en fauteuil depuis quatre ans. Elle détient huit records de Maurice et un record d’Afrique.

Armoogum Parsuramen: «Les handicapés n’ont pas choisi de l’être»

Armoogum Parsuramen, Fondateur - président, Global Rainbow Foundation.

Qu’est-ce qui vous a motivé à fonder la Global Rainbow Foundation (GRF) ?
J’ai été toujours actif sur le plan social. À la retraite, je devais trouver quelque chose de valable à faire. J’y ai réfléchi pendant un an. Suivant cette réflexion et des rencontres que j’ai faites, j’ai eu un déclic. Comparant d’où je viens et où je suis arrivé, il était temps pour moi de rendre l’ascenseur. Le 11 novembre 2011, j’ai mis sur pied la GRF en vue d’aider les personnes handicapées à Maurice d’abord et ailleurs ensuite.

Pourquoi votre choix s’est-il porté sur des handicapés ?
Les handicapés sont stigmatisés et exclus, alors qu’ils n’ont pas choisi cette situation. Si on ne fait rien pour eux, ils ne pourront pas s’en sortir. Ils ont beaucoup de potentiel, mais ils ont besoin d’accompagnement. On doit regarder leur ability et non leur disability. Je me suis aussi inspiré de Mère Teresa, que j’ai rencontrée en 1994, alors que j’étais ministre.

Avez-vous atteint vos objectifs ?
Dans ma vie, il y a des cycles de quatorze ans. Si l’on fait abstraction des quatre premières années, j’ai passé quatorze ans à poursuivre des études, avant d’enseigner, pour la même période. Puis, il y a d’autres cycles de quatorze ans en tant que directeur et Advisor respectivement, à l’UNESCO et à la Banque mondiale. À chaque fois que je complète un cycle, je dois bouger. J’en suis à ma huitième année, pour la GRF. Je ne vais pas m’arrêter là. Toutes les années que Dieu m’accordera seront dédiées au service de l’humanité. Je suis à une phase de la vie où je me sens plus heureux que jamais. Des rumeurs courent que je serai candidat aux prochaines législatives. C’est faux. Ce n’est pas uniquement à travers la politique qu’on peut venir en aide aux gens. 

Comment avez-vous accueilli votre nomination comme ambassadeur dans le cadre de Rise & Shine ?
J’ai beaucoup apprécié le fait que l’Union européenne (UE) m’ait trouvé et choisi. Cette reconnaissance me touche et double mon enthousiasme à m’investir et aller plus loin dans mon engagement. D’ailleurs, la GRF a aussi obtenu un projet de l’UE. Celui-ci est en phase d’être mis en oeuvre. Sans compter qu’on sollicite aussi l’expérience internationale au sujet des personnes handicapées, et qu’on recommande que la politique de l’UE soit suivie à Maurice.

Un message que vous souhaiteriez faire passer…
On doit mettre un terme à la stigmatisation des handicapés. Tout le monde a les mêmes droits. Si on pouvait chacun accompagner un handicapé… Mais il ne suffit pas que seules des ONG et des citoyens fassent des efforts. Le gouvernement doit s’engager aussi. On n’a pas de loi compréhensive concernant les handicapés. Je prépare un mémorandum qui sera envoyé à tous les partis politiques en marge des prochaines législatives. Qui dit nation arc-en-ciel, dit aussi une nation où prévalent les droits de tous.


Bio express

Âgé de 68 ans, Armoogum Parsuramen est le fondateur et le président de la Global Rainbow Foundation. Il a été ministre de l’Éducation, des Arts et de la Culture de 1983 à 1991. Et de 1991 à 1995, il a été ministre de l’Éducation et de la science. Il a occupé le poste de «senior advisor» à la Banque mondiale, pour la région Afrique. Ensuite, de 1998 à 2011, Armoogum Parsuramen devient directeur à l’UNESCO. Une fonction qui nécessitera des déplacements en France, au Sénégal et en Inde.

 

Anushka Virahsawmy: «Le plus grand obstacle demeure le manque de volonté politique»

Anushka Virahsawmy, directrice de Gender Links Mauritius.

Comment vous décririez-vous ?
Je suis une Mauricienne, activiste et humaniste. Une personne qui veut à tout prix se dévouer à son pays par amour et par passion. Je souhaite apporter ma contribution, ma connaissance au service de Maurice avant de léguer un héritage riche.

Qu’est-ce qui vous a motivée à vous associer avec Gender Links ?
Il y a un déclencheur, un déclic pour toute chose. J’ai personnellement connu la violence émotionnelle avec mon exmari. Je ne blâme personne pour cela, ni même mon ex-époux. Mais pour sortir de cet enfer, il faut du courage et j’ai réussi. D’autres personnes n’y arrivent pas. C’est grâce à mon vécu que je souhaite aider à trouver des solutions pour d’autres femmes ou, même, les hommes, victimes de violence domestique.

Je réalise l’importance d’aller à la source du problème et d’essayer de comprendre pourquoi une certaine mentalité règne toujours parmi les gens. Je comprends que ce n’est pas qu’à travers les campagnes de sensibilisation dans les écoles que nous arriverons à résoudre le problème. Je veux justement aider à trouver des solutions non seulement à Maurice mais également à Rodrigues et pourquoi pas à Agalega, dans un futur proche. Combattre l’inégalité ou encore la violence conjugale est imprégné dans mon ADN et je tiens ce combat à coeur.

Quel est le plus grand obstacle avant d’atteindre votre objectif ?
L’obstacle existe sur le plan global. Mais si je parle dans un contexte mauricien, je ciblerai notamment la loi. Il ne faut pas changer la loi de façon fragmentaire et se contenter d’un Protection Order ou d’autres Quick Fix. Oui, c’est un début, certes, mais il ne faut pas s’arrêter là. Par exemple, la Protection Against Domestic Violence Act a été amendée en 2016 mais le viol conjugal n’y était pas inclus. À l’heure où je vous parle, le Children’s Bill n’est toujours pas une réalité. Le plus grand obstacle demeure le manque de volonté politique, de support. L’une ne va pas sans l’autre.

Qu’est-ce que cela représente d’être ambassadrice de l’Union européenne pour la campagne Rise and Shine ?
Je me sens privilégiée et très contente de figurer sur cette liste. Dès le début j’ai demandé s’il s’agissait uniquement d’une campagne «fer zoli». Sinon, j’aurai refusé. On m’a rassurée que ce n’était pas uniquement pour faire des photos. Cette campagne a un vrai objectif et il y a des problèmes graves à Maurice. Nous allons contribuer ensemble, avec les autres ambassadeurs, à trouver des solutions à long terme. «Pa zis koz kozé apré fini.»


Bio express

Anushka Virahsawmy, 47 ans, est la directrice de Gender Links Mauritius depuis août 2013. Elle est la mère comblée d’une fille âgée d’une vingtaine d’années. Elle détient un Master en l’éducation et un diplôme en communication. Cette ancienne élève du Queen Elizabeth College a suivi des études supérieures en Angleterre. En 2014, elle a reçu le prix de la femme la plus influente d’Afrique dans les affaires.

 

Shirin Aumeeruddy-Cziffra: «Le bullying dans les écoles est plus présent qu’on ne le pense»

Shirin Aumeeruddy-Cziffra, ambassadrice de la campagne Rise and Shine
de l’Union européenne (UE).

De tous les postes que vous avez occupés, lequel avez-vous préféré ?
À Beau-Bassin – Rose-Hill, j’ai pu travailler dans la proximité avec les gens et surtout les plus défavorisés. En tant qu’ambassadrice en Europe et, surtout, en tant que présidente du conseil permanent de la Francophonie, j’ai pu jouer un rôle de premier plan pour mon pays. Mais je garde toujours dans mon coeur mon expérience que je qualifie d’incroyable en tant qu’Ombudsperson for Children.

Justement, par rapport à ce dernier poste, comment, malgré tout le travail que vous avez abattu, ainsi que vos successeurs, les enfants sont toujours victimes d’abus ?
C’est un travail de longue haleine, touchant les fondements même de la société et des relations intrafamiliales. Malgré tous nos efforts de sensibilisation, même à l’école, la violence exercée à l’encontre des enfants, y compris par des enfants eux-mêmes, n’est pas suffisamment considérée par tous les responsables des écoles. Le bullying est plus présent qu’on ne le pense. 

Il est du devoir légal de chaque enseignant et directeur d’école de signaler tout cas au ministère de l’Égalité du genre, qui a la responsabilité de protéger les enfants partout où ils se trouvent. Cette même violence va se démultiplier à l’âge adulte. Ce sont les enfants victimes de violences et d’humiliations qui, plus tard, exerceront eux-mêmes la violence, y compris dans leur couple.

Vous êtes une des ambassadrices de la campagne Rise and Shine de l’UE. Que pensez-vous de celle-ci?
J’ai accepté d’être une des ambassadrices parce que cette campagne concerne les combats que j’ai menés depuis 40 ans : droits humains, égalité du genre, lutte contre la violence faite aux femmes, pour leur autonomisation économique et sociale. J’ai pensé que si l’UE s’intéresse à ces questions, au-delà de son engagement en matière de coopération et de développement, il faut l’encourager. Étant donné son poids dans le monde et à Maurice, elle donne une plus grande visibilité à ces problématiques qui concernent tout le monde. J’espère que d’ici fin 2019, à travers les médias, nous aurons atteint suffisamment de gens qui pourront à leur tour s’engager dans ces combats.


Bio express

Avocate, féministe, Shirin Aumeeruddy-Cziffra a été ministre de la Justice et de la Femme et maire des villes soeurs. Elle a aussi été ambassadrice de Maurice à Paris, Rome, Madrid et Lisbonne et à l’Unesco. Elle a été présidente de la MBC, présidente du conseil permanent de la Francophonie. Fondatrice de plusieurs organisations non gouvernementales sur les droits humains à Maurice et à l’étranger, elle occupe actuellement la présidence du Public Bodies Appeal Tribunal.

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