Rise & Shine

Avec le soutien de

Dans le cadre de la campagne Rise & Shine, l’Union européenne, en collaboration avec La Sentinelle, donne la parole à dix personnalités mauriciennes inspirantes que vous retrouverez au fil de cette rubrique chaque mardi. www.riseandshinemauritius.com

Noemi Alphonse: «N’ayez pas honte, développez votre handicap»

Noemi Alphonse, handisportive et porte-drapeau de l’équipe de Maurice.

Qu’est ce qui vous a motivé à pratiquer le sport ?
J’ai toujours aimé le sport. Au début, j’ai choisi de faire du judo. Mais j’ai eu à arrêter suite à une opération au pied. En ce qui concerne le handisport, je l’ai pratiqué dès l’âge de 19 ans. C’est un ami qui m’a présentée à Jean-Marie Bhaugeerothee, mon entraîneur. Je ne pensais pas que la pratique de ce sport allait à ce point changé ma vie. Je suis passée de dépendante à indépendante. Car avant, c’est  ma  maman  qui  devait  tout  faire  pour moi. Mais avec le sport, j’ai grandi. Avant, j’étais très timide ; mais à présent,j’arrive à mieux m’exprimer. En l’espace de quatre ans, j’ai beaucoup évolué. Sur le  plan  physique,  j’ai  gagné  en  masse  musculaire. J’ai même réalisé des performances depuis 2015. En ce qui concerne mon moral, je me sens plus mature et j’arrive à mieux m’exprimer.

Est-ce que c’est facile pour un handicapé de s’imposer dans le milieu sportif ?
Je pense que la discipline handisportive chez nous a vraiment percé en 2015, lors des Jeux des îles (JIOI) à La Réunion. Avec dix médailles d’or en main, tout le monde a vu le potentiel que nous avons en nous. Et progressivement, on sent que les gens ont changé  leur façon de penser. Je ne suis pas la seule qui détient  un record en Afrique. Il y a Donovan  Rabaye, recordman du saut en longueur, ou encore Ashley Telvave, détentrice du record d’Afrique au 400 m. On ressent que le regard des gens a évolué sur les personnes qui souffrent d’un handicap. On arrive à se retrouver sur le même piédestal que les valides. Pour exemple, pour les prochains JIOI, je suis le porte-drapeau. C’est vraiment tout un symbole pour la communauté des han-disportifs, car c’est une première.

Quels sont vos objectifs ?
Pour les JIOI, c’est aller à la conquête de la médaille d’or et aussi réaliser un nouveau record des Jeux. Être porte-drapeau, c’est une motivation et non une pression. Par la suite, j’espère un jour être championne du monde paralympique et, aussi, pourquoi pas championne des Jeux du Commonwealth et d’Afrique. Si je n’arrive pas à atteindre ces objectifs, j’espère décrocher une place sur le podium dans toutes ces compétitions. Sur le  plan professionnel, je  suis partagée entre mon désir de devenir journaliste et d’aider dans le social. Je veux aider les enfants qui souffrent d’un handicap. Le but, c’est d’arriver à changer la mentalité des parents.

Comment avez-vous accueilli votre nomination comme ambassadrice dans le cadre de Rise & Shine ?
J’étais en compétition en Australie quand on m’a demandé si je voulais devenir ambassadrice pour Rise & Shine. Et j’ai accepté. Les gens verront ainsi une autre facette de moi, pas uniquement la sportive. C’est vraiment un honneur, surtout quand je vois les autres personnes qui sont à mes côtés dans cette campagne. Par contre, on  est juste deux filles qui souffrent d’un handicap à y faire partie, Jane Constance et moi. C’est une fierté pour moi de faire partie de ce groupe.

Un message que vous souhaiteriez faire passer ?
Je m’adresse aux parents ; que ces derniers acceptent leurs enfants, surtout ceux qui sont nés avec un handicap. Il ne faut pas que vous, les parents, vous viviez cette situation comme un fardeau. Prenez-le plus comme un cadeau. Il faut arriver à l’accepter. Pensez à tous ceux qui essayent d’avoir un enfant et qui n’y arrivent pas. Soyez à fond derrière votre enfant, n’ayez pas honte de son handicap.  Considérez-le  comme  un  enfant  normal. Mes parents ont toujours été là pour moi. Ce n’est pas parce que nous avons un handicap que cela veut dire que nous n’avons pas d’avenir.

Si on veut que la société nous accepte tels que nous sommes, nous devons nous assumer comme nous sommes avant tout. Il ne faut pas avoir honte de son handicap, au contraire, il faut le développer.

 

Bio express

Noemi Alphonse, 23 ans, est paraplégique. Elle décide malgré tout de croquer la vie à pleines dents. Athlète professionnelle, elle représente Maurice à l’international en para-athlétisme. Elle pratique la course en fauteuil depuis quatre ans. Elle détient huit records de Maurice et un record d’Afrique.

Armoogum Parsuramen: «Les handicapés n’ont pas choisi de l’être»

Armoogum Parsuramen, Fondateur - président, Global Rainbow Foundation.

Qu’est-ce qui vous a motivé à fonder la Global Rainbow Foundation (GRF) ?
J’ai été toujours actif sur le plan social. À la retraite, je devais trouver quelque chose de valable à faire. J’y ai réfléchi pendant un an. Suivant cette réflexion et des rencontres que j’ai faites, j’ai eu un déclic. Comparant d’où je viens et où je suis arrivé, il était temps pour moi de rendre l’ascenseur. Le 11 novembre 2011, j’ai mis sur pied la GRF en vue d’aider les personnes handicapées à Maurice d’abord et ailleurs ensuite.

Pourquoi votre choix s’est-il porté sur des handicapés ?
Les handicapés sont stigmatisés et exclus, alors qu’ils n’ont pas choisi cette situation. Si on ne fait rien pour eux, ils ne pourront pas s’en sortir. Ils ont beaucoup de potentiel, mais ils ont besoin d’accompagnement. On doit regarder leur ability et non leur disability. Je me suis aussi inspiré de Mère Teresa, que j’ai rencontrée en 1994, alors que j’étais ministre.

Avez-vous atteint vos objectifs ?
Dans ma vie, il y a des cycles de quatorze ans. Si l’on fait abstraction des quatre premières années, j’ai passé quatorze ans à poursuivre des études, avant d’enseigner, pour la même période. Puis, il y a d’autres cycles de quatorze ans en tant que directeur et Advisor respectivement, à l’UNESCO et à la Banque mondiale. À chaque fois que je complète un cycle, je dois bouger. J’en suis à ma huitième année, pour la GRF. Je ne vais pas m’arrêter là. Toutes les années que Dieu m’accordera seront dédiées au service de l’humanité. Je suis à une phase de la vie où je me sens plus heureux que jamais. Des rumeurs courent que je serai candidat aux prochaines législatives. C’est faux. Ce n’est pas uniquement à travers la politique qu’on peut venir en aide aux gens. 

Comment avez-vous accueilli votre nomination comme ambassadeur dans le cadre de Rise & Shine ?
J’ai beaucoup apprécié le fait que l’Union européenne (UE) m’ait trouvé et choisi. Cette reconnaissance me touche et double mon enthousiasme à m’investir et aller plus loin dans mon engagement. D’ailleurs, la GRF a aussi obtenu un projet de l’UE. Celui-ci est en phase d’être mis en oeuvre. Sans compter qu’on sollicite aussi l’expérience internationale au sujet des personnes handicapées, et qu’on recommande que la politique de l’UE soit suivie à Maurice.

Un message que vous souhaiteriez faire passer…
On doit mettre un terme à la stigmatisation des handicapés. Tout le monde a les mêmes droits. Si on pouvait chacun accompagner un handicapé… Mais il ne suffit pas que seules des ONG et des citoyens fassent des efforts. Le gouvernement doit s’engager aussi. On n’a pas de loi compréhensive concernant les handicapés. Je prépare un mémorandum qui sera envoyé à tous les partis politiques en marge des prochaines législatives. Qui dit nation arc-en-ciel, dit aussi une nation où prévalent les droits de tous.


Bio express

Âgé de 68 ans, Armoogum Parsuramen est le fondateur et le président de la Global Rainbow Foundation. Il a été ministre de l’Éducation, des Arts et de la Culture de 1983 à 1991. Et de 1991 à 1995, il a été ministre de l’Éducation et de la science. Il a occupé le poste de «senior advisor» à la Banque mondiale, pour la région Afrique. Ensuite, de 1998 à 2011, Armoogum Parsuramen devient directeur à l’UNESCO. Une fonction qui nécessitera des déplacements en France, au Sénégal et en Inde.

 

Anushka Virahsawmy: «Le plus grand obstacle demeure le manque de volonté politique»

Anushka Virahsawmy, directrice de Gender Links Mauritius.

Comment vous décririez-vous ?
Je suis une Mauricienne, activiste et humaniste. Une personne qui veut à tout prix se dévouer à son pays par amour et par passion. Je souhaite apporter ma contribution, ma connaissance au service de Maurice avant de léguer un héritage riche.

Qu’est-ce qui vous a motivée à vous associer avec Gender Links ?
Il y a un déclencheur, un déclic pour toute chose. J’ai personnellement connu la violence émotionnelle avec mon exmari. Je ne blâme personne pour cela, ni même mon ex-époux. Mais pour sortir de cet enfer, il faut du courage et j’ai réussi. D’autres personnes n’y arrivent pas. C’est grâce à mon vécu que je souhaite aider à trouver des solutions pour d’autres femmes ou, même, les hommes, victimes de violence domestique.

Je réalise l’importance d’aller à la source du problème et d’essayer de comprendre pourquoi une certaine mentalité règne toujours parmi les gens. Je comprends que ce n’est pas qu’à travers les campagnes de sensibilisation dans les écoles que nous arriverons à résoudre le problème. Je veux justement aider à trouver des solutions non seulement à Maurice mais également à Rodrigues et pourquoi pas à Agalega, dans un futur proche. Combattre l’inégalité ou encore la violence conjugale est imprégné dans mon ADN et je tiens ce combat à coeur.

Quel est le plus grand obstacle avant d’atteindre votre objectif ?
L’obstacle existe sur le plan global. Mais si je parle dans un contexte mauricien, je ciblerai notamment la loi. Il ne faut pas changer la loi de façon fragmentaire et se contenter d’un Protection Order ou d’autres Quick Fix. Oui, c’est un début, certes, mais il ne faut pas s’arrêter là. Par exemple, la Protection Against Domestic Violence Act a été amendée en 2016 mais le viol conjugal n’y était pas inclus. À l’heure où je vous parle, le Children’s Bill n’est toujours pas une réalité. Le plus grand obstacle demeure le manque de volonté politique, de support. L’une ne va pas sans l’autre.

Qu’est-ce que cela représente d’être ambassadrice de l’Union européenne pour la campagne Rise and Shine ?
Je me sens privilégiée et très contente de figurer sur cette liste. Dès le début j’ai demandé s’il s’agissait uniquement d’une campagne «fer zoli». Sinon, j’aurai refusé. On m’a rassurée que ce n’était pas uniquement pour faire des photos. Cette campagne a un vrai objectif et il y a des problèmes graves à Maurice. Nous allons contribuer ensemble, avec les autres ambassadeurs, à trouver des solutions à long terme. «Pa zis koz kozé apré fini.»


Bio express

Anushka Virahsawmy, 47 ans, est la directrice de Gender Links Mauritius depuis août 2013. Elle est la mère comblée d’une fille âgée d’une vingtaine d’années. Elle détient un Master en l’éducation et un diplôme en communication. Cette ancienne élève du Queen Elizabeth College a suivi des études supérieures en Angleterre. En 2014, elle a reçu le prix de la femme la plus influente d’Afrique dans les affaires.

 

Shirin Aumeeruddy-Cziffra: «Le bullying dans les écoles est plus présent qu’on ne le pense»

Shirin Aumeeruddy-Cziffra, ambassadrice de la campagne Rise and Shine
de l’Union européenne (UE).

De tous les postes que vous avez occupés, lequel avez-vous préféré ?
À Beau-Bassin – Rose-Hill, j’ai pu travailler dans la proximité avec les gens et surtout les plus défavorisés. En tant qu’ambassadrice en Europe et, surtout, en tant que présidente du conseil permanent de la Francophonie, j’ai pu jouer un rôle de premier plan pour mon pays. Mais je garde toujours dans mon coeur mon expérience que je qualifie d’incroyable en tant qu’Ombudsperson for Children.

Justement, par rapport à ce dernier poste, comment, malgré tout le travail que vous avez abattu, ainsi que vos successeurs, les enfants sont toujours victimes d’abus ?
C’est un travail de longue haleine, touchant les fondements même de la société et des relations intrafamiliales. Malgré tous nos efforts de sensibilisation, même à l’école, la violence exercée à l’encontre des enfants, y compris par des enfants eux-mêmes, n’est pas suffisamment considérée par tous les responsables des écoles. Le bullying est plus présent qu’on ne le pense. 

Il est du devoir légal de chaque enseignant et directeur d’école de signaler tout cas au ministère de l’Égalité du genre, qui a la responsabilité de protéger les enfants partout où ils se trouvent. Cette même violence va se démultiplier à l’âge adulte. Ce sont les enfants victimes de violences et d’humiliations qui, plus tard, exerceront eux-mêmes la violence, y compris dans leur couple.

Vous êtes une des ambassadrices de la campagne Rise and Shine de l’UE. Que pensez-vous de celle-ci?
J’ai accepté d’être une des ambassadrices parce que cette campagne concerne les combats que j’ai menés depuis 40 ans : droits humains, égalité du genre, lutte contre la violence faite aux femmes, pour leur autonomisation économique et sociale. J’ai pensé que si l’UE s’intéresse à ces questions, au-delà de son engagement en matière de coopération et de développement, il faut l’encourager. Étant donné son poids dans le monde et à Maurice, elle donne une plus grande visibilité à ces problématiques qui concernent tout le monde. J’espère que d’ici fin 2019, à travers les médias, nous aurons atteint suffisamment de gens qui pourront à leur tour s’engager dans ces combats.


Bio express

Avocate, féministe, Shirin Aumeeruddy-Cziffra a été ministre de la Justice et de la Femme et maire des villes soeurs. Elle a aussi été ambassadrice de Maurice à Paris, Rome, Madrid et Lisbonne et à l’Unesco. Elle a été présidente de la MBC, présidente du conseil permanent de la Francophonie. Fondatrice de plusieurs organisations non gouvernementales sur les droits humains à Maurice et à l’étranger, elle occupe actuellement la présidence du Public Bodies Appeal Tribunal.

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