Rond-point de Beau-Bassin: des riverains se souviennent

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À Beau-Bassin, le rond-point a laissé la place à des voies de circulation routière temporaires, le temps que le chemin de fer s’installe.

À Beau-Bassin, le rond-point a laissé la place à des voies de circulation routière temporaires, le temps que le chemin de fer s’installe.

Ce n’est plus qu’un souvenir. Le rond-point emblématique de Beau- Bassin n’est plus. En effet, dans le cadre du projet Metro Express, l’intersection a été éliminée pour faire place à des déviations routières. Néanmoins, cette artère névralgique a été témoin de grands évènements. Des commerçants, résidents et habitués de l’endroit racontent.

Là où se trouve le rond-point, à l’intersection de la route principale et de celle de Vandermeersch, quelques policiers gèrent le trafic. Et à l’heure de pointe, l’embouteillage est à son comble. Entre coups de klaxon et sons de cloche de l’église du Sacré-Coeur, ce coin de Beau-Bassin est animé. Certains commerces des alentours datent de plus de 50 ans. Iqbal Hoosainsaeb, propriétaire de la Tabagie Idriss depuis 40 ans (située en face du non moins populaire Gool), se souvient parfaitement de certains évènements marquants autour de l’ancien rond-point.

«En 1972, la reine Elizabeth II était en visite officielle à Maurice. Mes amis d’école et moi, tout comme des milliers de gens, étions présents près du rond-point, pour la saluer, lors de son passage en ville. Je me souviens toujours de cette rue qui était ornée de drapeaux britannique et mauricien», raconte le commerçant. Il se rappelle également le défilé des athlètes lors de la première édition des Jeux des îles, en 1979. «Nous étions présents pour les acclamer alors qu’ils se dirigeaient vers le gymnase Serge Alfred, et lors des élections générales aussi, cette ‘croisée’ était très animée.»

Un peu plus loin, Jean Lam, propriétaire depuis plus d’une soixantaine d’années d’une pâtisserie située à Church Road, à côté de l’église du Sacré-Coeur, se souvient parfaitement du temps du chemin de fer. Le rond-point n’y était pas, à cette époque. Il est apparu bien après. «Lorsqu’un train passait, les camions transportant la canne à sucre devaient s’arrêter aux passages à niveau. Je me souviens en avoir déjà profité pour choper quelques cannes bien juteuses», confie Jean Lam, un sourire espiègle aux lèvres, en se remémorant ce bon vieux temps.

25 sous le trajet du train

Ironie du sort, cette fois, c’est le rond-point qui cède la place au train. Originaire de Beau-Bassin, le politicien et syndicaliste Jack Bizlall a gardé des souvenirs de sa ville en mode «vintage». «Petit, je vivais à l’ère du chemin de fer. Je me frayais un chemin entre les rails pour aller à l’école, à Rose-Hill. À l’époque, mes parents me donnaient 25 sous pour me payer le trajet en train. Mais je préférais économiser cet argent pour m’acheter des livres.»

Jack Bizlall n’était pas tout à fait enchanté lorsque le gouvernement, à l’époque, avait décidé d’enlever le chemin de fer, ainsi que les trains, pour les remplacer par la route. «Ils ont enlevé les rails pour installer le rond-point. Maintenant, le gouvernement l’enlève pour y remettre les rails. Ce n’est pas logique. Le chemin de fer n’aurait pas dû disparaître la première fois. Nos décideurs réalisent qu’ils ont commis une erreur», tonne le syndicaliste. Il demande qu’un mémorial soit placé à cette intersection, afin que ce rond-point ne soit pas oublié.

Ce rond-point situé près du parvis de l’église du Sacré- Coeur était également le point de rendez-vous de nombreux politiciens. L’ancien maire de Beau-Bassin–Rose-Hill Rajesh Bhagwan, également député de l’endroit depuis 1983, témoigne des activités autour de cette intersection. «Lors des élections générales, où la counting station était à l’école Philippe Rivalland, la place était constamment conviviale. Ce rond-point est vraiment stratégique : autour il y a les commerçants, le poste de police, l’église du Sacré-Coeur et la station-service. Cela formait une belle union», se remémore Rajesh Bhagwan. Le député du no20 souligne que le train aurait pu opérer sur un système de voies surélevées et non à même le sol, afin de garder intacte la particularité de cette partie de la ville.

Toutefois, certains sont nuancés dans leur appréciation de ces développements. Jean Claude de l’Estrac, ancien homme politique et maire des villes soeurs, ne garde pas de grands souvenirs du rond-point. Toutefois, il pense que le train pourrait être un moyen de transport plus pratique pour les Mauriciens. «Il faut bien moderniser le pays. Il faut accepter le changement», dit-il. Mais il n’est pas complètement indifférent à ce qui se passe. Il se dit bien curieux de savoir à quoi ressemblera ce lieu, avec les changements en cours.

Les stations du métro à moitié construites

La pression augmente pour les ouvriers de Larsen & Toubro avec l’échéance du 30 septembre, jour où les Urbos 100 commenceront à desservir Rose-Hill et Port-Louis. Les sept stations le long du tracé devront alors être prêtes pour accueillir les passagers. Environ 50 % des travaux ont été achevés pour les stations. Leur construction se fait progressivement et en parallèle avec la pose des rails et autres travaux. «La priorité est que le chantier soit livré à temps pour que les trains puissent opérer», indique-t-on à l’Hôtel du gouvernement.

Les stations sont : Rose-Hill Interchange, Révérend Lebrun, Beau-Bassin Station, Nelson Mandela Station, Black River Station, St Louis et Victoria Station. À Rose-Hill, Duncan Taylor sera utilisé comme le terminus pour les trains, avant d’être connecté à Quatre-Bornes en 2020. Du coup, des passagers embarqueront là avant de rejoindre la gare de Rose-Hill, qui sera, elle, une station surélevée.

Un terminal urbain est également prévu à la gare de Rose-Hill. Où en est-on avec ce projet ? Interrogé par l’express, le maire des villes soeurs Ken Fong explique qu’un seul soumissionnaire a fait une proposition. L’offre du consortium, ajoute le maire, se trouve au Central Procurement Board pour une évaluation.

À Port-Louis, les trains s’arrêteront à la station qui se trouve devant le bâtiment IBL. Les passagers emprunteront par la suite une passerelle pour se rendre au terminal urbain de Victoria afin de prendre l’autobus. Si le coup d’envoi des travaux était prévu en mai, à ce jour rien n’a été fait par le consortium General Construction - IBL - Innodis- Promotion and Development - RHT Bus Services Ltd - Transinvest Construction pour cette infrastructure au coût de Rs 1,9 milliard. Pour ce projet et notamment pour réaménager la gare routière, l’expertise du professeur Stölting Volker, directeur-adjoint de l’Institute for Building Materials, Geotechnics, Transport and Water de Cologne, a été sollicitée.

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