National Art Gallery: quand l’immobilisme n’amuse plus la galerie

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Trois membres du board –Riaz Auladin, Pierre Argo, Emmanuel Richon – ont démissionné de la National Art Gallery (NAG). Jeudi, ils ont longuement expliqué les raisons de ce départ. En toile de fond : 20 ans après sa création, la NAG n’a pas de galerie, ni de politique d’acquisition des oeuvres d’art, encore moins une «collection d’État». Le nombre et le niveau de ses activités laissent aussi à desirer.

Les reproches des démissionnaires

Jeudi, trois démissionnaires de la National Art Gallery (NAG) – l’artiste peintre Riaz Auladin, le peintre et photographe Pierre Argo et Emmanuel Richon, conservateur du Blue Penny Museum – ont donné une longue conférence de presse pour expliquer les raisons de leur départ. Des griefs accumulés sur plusieurs plans depuis leur nomination en octobre 2017.

D’abord, des problèmes d’ordre relationnels. Les critiques se cristallisent autour du directeur de la NAG, Thivy Naiken, suspendu de son poste pendant huit ans, puis réintégré en 2016. Selon Riaz Auladin, ce relationnel tendu se traduit aussi par «des lettres d’appels au secours des employés», envoyées au board.

Autre contentieux, le cas d’un employé en poste à la NAG «depuis quatre ans, qui attend toujours d’être confirmé». Riaz Auladin a déploré les tactiques dilatoires utilisées pour faire traîner le dossier. «Il fallait simplement vérifier s’il y a quelque chose à reprocher à cet employé. C’était il y a un an. La situation est toujours inchangée.»

Goutte d’eau qui a fait déborder le vase : l’embauche d’un art curator malgré l’avis défavorable des démissionnaires. Pierre Argo explique : «Nous n’étions pas d’accord avec ce recrutement. Comme la NAG n’a pas de collection, c’est un gaspillage de fonds publics d’embaucher quelqu’un pour les gérer.» Selon les démissionnaires, «on a attendu que nous soyons absents du board pour approuver ce recrutement». Un jeune homme a été embauché fin avril.

Il y a aussi la question du budget d’acquisition d’oeuvres d’art, initialement de Rs 25 000 par an. «Parfois ce n’est pas assez pour acheter un seul tableau, c’est ridicule», ironise Emmanuel Richon. «En l’espace de 20 ans, on n’a rien acheté. On n’a pas constitué de collection.»

Une première démission du board, celle de Ritesh Motah a eu lieu l’an dernier. «Nous l’avons appris par des tierces personnes», indique Pierre Argo.

Le cas d’Angèle Angoh

Les démissionnaires citent le nom d’Angèle Angoh, autre membre du board, comme faisant partie des leurs. Sauf qu’une source officielle au ministère des Arts et de la culture indique qu’elle n’a pas démissionné. La principale concernée est actuellement indisponible pour un commentaire, était actuellement en déplacement en Russie. Angèle Angoh est également la présidente du Malcolm de Chazal Trust Fund, autre institution relevant du ministère des Arts et de la culture.

Pas de remplacement

De source officielle au ministère des Arts et de la culture, nous apprenons que le remplacement des quatre démissionnaires (Ritesh Motah, Riaz Auladin, Pierre Argo, Emmanuel Richon) ne serait pas à l’ordre du jour. Le quorum pour les réunions du board existe toujour s. Le Budget 2016/2017 prévoyait la fusion de la NAG avec le Mauritius Museums Council (MMC). Une mesure qui, de source officielle, serait toujours «on». Cette annonce avait provoqué la démission du président du MMC, Bernard Li Kwong Ken. Le dernier Budget prévoyait de transférer les bureaux de la NAG à l’ancien Borstal.

Le «soutien» de Dorine Kim Soo

L’ex présidente de la NAG, Dorine Kim Soo, nominée bleu de 2015 à 2016, était à la même table que les démissionnaires, jeudi. Elle en a profité pour étaler ce que la NAG lui «doit». C’est-à-dire Rs 24 000 de frais de téléphone, toujours impayés. Un paiement qui aurait, selon elle, été approuvé par le board. Mais Darmarajen Veerasamy, actuel président de la NAG estime que «ce n’est pas de la bonne gouvernance que de payer des frais pour quelqu’un qui n’est plus là».

La parole au president

Darmarajen Veerasamy a été nommé président de la NAG en septembre 2017. Selon lui, les frustrations de certains membres du board viendraient de leur désir de participer à des expositions de la NAG. «Nous avons demandé l’avis du State Law Office, qui a trouvé qu’il y a conflit d’intérêts.»

Pour ce qui est du recrutement de l’art curator, il estime que «les membres n’ont pas compris son rôle. Son travail est d’organiser des expositions, pas de gérer une collection. De toute façon, que les tableaux que nous possédons soient d’artistes émergents ou confirmés, ils ont de la valeur. Je ne dénigre le travail d’aucun d’artiste».

Le président affirme que durant son mandat, le budget d’acquisition d’oeuvres d’art est passé de «Rs 25 000 à Rs 100 000». Mais les critères «ne sont pas encore été définis. On y travaille». Darmarajen Veerasamy maintient que le salon d’art contemporain pour tous, «c’est mon idée. Mo anvi fer lar pou tou dimounn». C’est pour des questions d’espace que le salon a été renvoyé. Et qu’il aura lieu «d’ici août».

Enfin, au sujet de doter la NAG d’une galerie, il y voit «le challenge d’organiser des expositions un peu partout. Il faut voir l’aspect positif».

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