Sheila seebaluck: «J’ai entendu mon entraîneur crier: “Tu pars maintenant !”»

Avec le soutien de

Les JIOI de 1985 demeurent, sans conteste, la compétition qui m’a le plus marquée. Elle a été, non seulement, l’élément déclencheur de ma carrière sportive mais aussi la compétition qui a été la plus riche en émotions. J’étais devant mon public et je n’avais pas droit à l’erreur. Courir devant son public dans une compétition comme les JIOI, c’était la plus belle chose que je pouvais vivre mais aussi la chose la plus stressante. Ces Jeux me donnaient aussi l’occasion de venir confirmer ce que je valais comme sportive.

Et le plus important, je voulais offrir quelque chose à mon papa qui a toujours cru en moi et qui ne s’est épargné aucune peine pour me permettre de faire mon sport. L’apport de mes parents a été primordial dans la construction de l’athlète que je suis. Ils ont assisté à toutes mes compétitions ici.

Sheila Seebaluck soutenue par son père après sa victoire au 800 m lors des Jeux de 1985 à Réduit.

Je revois souvent ce 800m – moi, sur la ligne de départ – Jean- Gérard Théodore, mon entraîneur, avec sa chemise rouge, mon papa avec son chrono au coin, près de la ligne de départ. Après le départ, lorsqu’on s’est rabattu après 110 mètres, les Réunionnaises Merault et Songolo ont pris la tête. Le rythme était élevé. J’ai parcouru les premiers 400 mètres en 65 secondes alors que je devais passer en 68 secondes. Malgré cela, je me sentais bien.

Dans la ligne opposée, on avait le vent en face. Je suis restée derrière les deux filles qui étaient toujours en tête, puis dans le virage, alors qu’il restait deux cents derniers mètres, là où était la chambre d’appel, j’ai entendu mon entraîneur crier : «Tu pars maintenant !» J’ai attendu les 150 derniers mètres, aussitôt que j’ai senti le vent dans mon dos, j’ai donné tout ce que j’avais dans le ventre. Dans la ligne droite, j’ai entendu les cris du public et je me suis dit : «Jusqu’au bout Sheila !» Et en levant la tête, j’ai vu mon papa sur la ligne d’arrivée et j’ai couru jusqu’à lui. Et je me suis rendu compte que j’étais première. Voyant que son chrono affichait 2’10, mon papa m’a dit alors qu’il avait dû l’arrêter avant la fin de l’épreuve. Mais j’avais bel et bien fait 2’10’’14 ce jour-là. Record de Maurice et des Jeux. J’ai les larmes aux yeux à chaque fois que j’y pense. C’est un moment unique !

Je ne remercierai jamais assez ce public mauricien qui m’a soutenue jusqu’au bout. C’est grâce à lui que j’ai eu ce petit plus qu’il fallait pour aller au-delà de moi. Je n’étais pas la favorite de la course. La Malgache avait un meilleur temps que moi mais pour moi, personne ne pouvait me battre devant mon public.

Après il y a eu le relais 4x400 m, la dernière épreuve. Départ de Sheila Vyapooree qui donnait une légère avance à notre équipe. Ensuite cela a été au tour de Patricia Serret qui a accentué cette avance puis Christine Duvergé qui l’a conservée. J’étais la dernière relayeuse et j’avais comme adversaire la Malgache qui m’avait battue sur 400 m lors de ces Jeux. Et là, encore une fois, le public a été exceptionnel. Il vous pousse littéralement.

Petite anecdote : comme c’était notre stade à Réduit, nouvellement construit et livré un mois avant les JIOI de 1985, on savait que le vent était de face dans la ligne opposée et dans le dos dans le virage et les cent cinquante derniers mètres. J’ai donc dit aux filles : «Attendez ce moment pour tout donner.» C’est ce qu’elles ont fait. Dans ce virage, à hauteur de la rue, il y a un temple tamoul. Plusieurs personnes nous ont dit par la suite : «On ne sait pas pourquoi mais à l’approche du temple, vous vous êtes toutes envolées vers l’arrivée…»

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